ART DRAMATIQUE
suspendait des oiseaux, des lapins et des fruits, le tout très piltoresqueraent disposé. Dans ce lieu, le peuple accourait après son dîner. Les acteurs apparaissaient soudain et représentaient des scènes bouffonnes. Ils teignaient d'être sourds, boiteux, aveugles, enrhumés, et demandaient leur guérison aux idoles. Les sourds répondaient à ceux qui leur parlaient par des coq-à-l'âne, les boiteux en se contorsionnant, et tous ces acteurs, par l'exposition de leurs maux, excitaient les rires du public.
« A ces bouffons en succédaient d'autres chargés de représenter des animaux. L'un était travesti en scarabée, un autre en crapaud, un troisième en crocodile, etc., etc. Ces bêtes discouraient entre elles, expliquaient leurs rôles sur la terre, et chacune d'elles s'attribuait le premier. On applaudissait beaucoup ces acteurs, très habiles à reproduire les allures des animaux qu'ils imitaient. Venaient ensuite des élèves des séminaires, pourvus d'ailes de papillons ou d'oiseaux aux couleurs variées. Ces enfants s'élançaient sur des arbres disposés à cet effet, et des prêtres les criblaient de boules de terre à l'aide de sarbacanes, en leur adressant des admonestations comiques. Un ballet, oii figuraient tous les acteurs, terminait la représentation. » Voilà, en somme, tout ce que l'on sait du théâtre mexicain, et, il faut en convenir, la description du père Acostafait plutôt songer aux tréteaux de Thespis qu'à l'art d'Eschyle.
La musique, chez les Aztèques, était indigne d'un peuple déjà aussi cultivé. Ils ne connaissaient pas les instruments à cordes, et ceux dont ils faisaient usage se réduisaient au huéJméllé, au téponastlé, aux trompettes, aux conques marines et à des flûtes, assez ordinairement en terre cuite, qui produisaient des sons aigus. Le huéhuétlé était un cylindre en bois, haut de trois pieds, sculpté, orné de peintures et couvert, à sa partie supérieure, par une peau de cerf que l'on pouvait tendre ou relâcher à volonté.
selon que l'on voulait obtenir des sons plus graves ou plus sourds. On jouait de ce tambour en frottant les doigts sur la peau, ce qui demandait une certaine dextérité.
Le téponastlé, encore en usage dans quelques hameaux, est un cylindre creux, en bois, sans autres ouvertures que deux raies longitudinales, parallèles, et peu distantes l'une de l'autre. On frappe entre ces raies avec deux baguettes semblables à celles de nos tambours, mais recouvertes de caoutchouc, pour rendre le son plus doux. Les dimensions du téponastlé variaient beaucoup ; il y en avait de petits, que le musicien suspendait à son cou, et d'autres dont la longueur atteignait un mètre et demi. Pour en faire usage, on les posait sur un piédestal qui, assez souvent, représentait un homme accroupi, un tigre ou un singe. Le bruit produit par ce tambour, que nous avons plusieurs fois entendu résonner, a quelque chose de mélancolique et s'étend à plusieurs kilomètres.
Devons-nous, au nombre des instruments de musique aztèques, l'anger les os de cerf, et même parfois humains, que l'on plaçait, le jour de leurs funérailles, entre les mains des morts de qualité? Ces os, couverts d'entailles dans le sens de leur longueur, se frottaient soit l'un contre l'autre, soit contre un coquillage. On devine le son qu'ils produisaient, et qui certes manquait d'harmonie. Enfin, citons encore Vaxacaxtli, sorte de calebasse percée de trous que l'on remplissait de petites pierres. Ces énormes grelots, secoués de façon à suivre la mesure des autres instruments, faisaient office de castagnettes.
Les tambours, les flûtes, voire les conques, accompagnaient de leur bruit les hymnes chantés dans les temples, hymnes psalmodiés sur un ton rude, monotone, fatigant pour des oreilles européennes. Mais les Aztèques y prenaient tant de plaisir, qu'ils chantaient parfois durant des journées entières. Malgré ce goût.
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la musique est pourtant le seul art demeuré en enfance parriii eux.
Mauvais musiciens, les Mexicains, en revanche, étaient très habiles dans l'art chorégraphique et s'y exerçaient dès leur jeunesse sous la direction des prêtres. Leurs danses, assez variées, portaient différents noms. Ils dansaient soit en rond, soit disposés par files entre lesquelles un danseur exécutait des pas de fantaisie, et souvent les femmes prenaient part au divertissement. Les nobles, pour cette récréation, revêtaient leurs habits les plus luxueux et se paraient de bijoux d'or, d'argent ou de plumes. Ils portaient un léger bouclier d'une main, et, de l'autre, ils s'armaient d'une des gourdes remplies de pierres dont nous avons parlé. En exécutant leurs pas, ils agitaient ce grelot de façon à suivre la cadence des airs joués par les musiciens. Quant aux plébéiens, ils s'affublaient, pour danser, de déguisements en papyrus, en peaux ou en plumes, simulant des animaux.
Les danses ordinaires, c'est-à-dire celles qui avaient pour but de divertir les nobles dans leurs palais ; celles auxquelles on se livrait dans les temples, par dévotion, ou encore celles qui s'exécutaient dans les maisons à l'occasion d'une fête domestique, ne réclamaient qu'un nombre limité de partenaires. Ceux-ci formaient alors deux lignes parallèles et dansaient côte à côte, ou en se faisant face. Parfois les deux lignes se croisaient, ou bien un danseur renommé se plaçait entre elles et dansait seul.
Aux grands ballets commémoratifs, qui avaient lieu soit sur les places des marchés, soit sur l'assise supérieure des temples, prenaient part plusieurs centaines de personnes. Les musiciens se plaçaient au centre de la place, et les nobles, se tenant près d'eux, formaient plusieurs cercles concentriques qui se mettaient à tourner. Chaque danseur, tout en exécutant ses pas, devait conserver son rang. Le dernier cercle, ayant plus d'espace à parcourir
que les autres, était par cela même plus animé. A peu de distance de ceux des nobles, les plébéiens organisaient d'autres cercles, puis d'autres étaient formés par les jeunes gens.
Des chants accompagnaient presque toujours les danses ; ils étaient graves au début ; mais, lorsque les musiciens et les danseurs s'animaient, le chant s'accélérait pour conserver la mesure. D'ordinaire, un danseur entonnait un vers, et tous les assistants lui répondaient. Entre les lignes des cercles, des bouffons s'ingéniaient pour amuser la foule par des pas grotesques. Lorsqu'un cercle était fatigué, un autre se formait aussitôt pour le remplacer.
Tel était l'ordre consacré des ballets ordinaires ; cependant d'autres danses, par leur caractère, se rattachaient à l'art dramatique, car elles figuraient un épisode de la vie des dieux, une action héroïque, des scènes de guerre ou de chasse.
Non seulement les prêtres, les nobles et les élèves des deux sexes renfermés dans les séminaires se livraient à la danse, mais le roi lui-même, dans les cérémonies religieuses ou comme récréation, prenait part à ce divertissement. Seulement, il dansait toujours à l'écart, par respect pour sa dignité.
Une danse singulière, très en honneur dans le Yucatan, nous a été décrite par les historiens. On plantait un mat, haut de quinze ou vingt pieds, à l'extrémité supérieure duquel on attachait de nombreux cordons de couleurs variées et d'une grande longueur. Des danseurs saisissaient chacun un de ces cordons, puis, au son des instruments, ils se croisaient, se mêlaient et formaient peu à peu autour du raàt une tresse aux dessins symétriques. Lorsque les cordons devenaient trop courts, ils défaisaient la tresse en exécutant de nouveaux pas.
La danse n'est plus guère de mode parmi les descendants des Aztèques ; toutefois, dans les villages éloignés des villes, pendant