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CHORÉGRAPHIE

la célébration de la messe, il n'est pas rare de voir un Indien se lever à l'improviste et se mettre à danser. La gravité avec laquelle il accomplit cette action et la sobriété de ses pas rachètent un peu ce que cette fantaisie a d'étrange, étant données nos mœurs qui ont enlevé à la danse son antique caractère sacré.

Le théâtre et la chorégraphie ne constituaient pas les seuls divertissements des Mexicains, ils avaient institué des jeux publics pour égayer certaines solennités, et possédaient aussi des jeux particuliers. Dans la première catégorie, il faut ranger les courses à pied et les simulacres de bataille. C'étaient là des jeux utiles, car, outre le plaisir qu'ils procuraient à la foule, ils offraient aux soldats des occasions d'exercer leur agilité et de s'aguerrir aux périls qu'ils devaient affronter.

Un divertissement moins utile, mais plus célèbre, était le jeu nommé par les Espagnols volador, mot qui ne peut guère se rendre en français que par celui à'homme volant. Pour ce jeu, on se procurait un arbre d'une grande hauteur, fort et droit, et, après l'avoir dépouillé de son écorce, on le plantait au milieu d'une place. A son sommet, on plaçait un cylindre de bois, duquel pendaient quatre cordes destinées à soutenir un châssis de forme carrée. Entre le cylindre et le châssis, on attachait quatre nouvelles cordes, on les enroulait d'autant de tours que, réglementairement, devaient en décrire les hommes volants, puis on les faisait passer au travers de trous pratiqués aux angles du châssis. Alors des Indiens, affublés de façon à simuler des aigles ou d'autres oiseaux, montaient avec agilité jusqu'au cylindre. Après avoir dansé sur son étroite plate-forme pour divertir la foule, ils s'attachaient chacun à une des cordes, puis, étendant leurs ailes, ils se lançaient dans l'espace. L'impulsion de leur élan faisait tourner à la fois le cylindre et le châssis. Le premier, dans son mouvement, déroulait les cordes auxquelles les hommes

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volants étaient attachés et, à chaque évolution, leui" faisait décrire une courbe plus grande. Pendant cette descente, un Indien, debout sur le cylindre mouvant, agitait une bannière ou frappait sur un tambour, sans s'inquiéter de sa position périlleuse. En même temps, d'autres Indiens dansaient sur le châssis, et lorsque les hommes volants étaient prêts à toucher le sol, ces hardis acrobates se laissaient glisser le long des cordes qui les soutenaient, de façon à toucher la terre en même temps qu'eux. Dans leur descente, ces hommes passaient souvent d'une corde à l'autre avec intrépidité.

Un des points importants de ce jeu consistait à proportionner avec exactitude la longueur des cordes à la hauteur du mât, afin que les hommes volants touchassent terre au treizième tour, chiffre qui représentait le quart du siècle aztèque. Ce jeu dangereux, prohibé par les Espagnols, est néanmoins un des divertissements favoris des modernes Aztèques, mais les idées religieuses qui le réglaient autrefois sont maintenant oubliées.

Parmi les jeux, peut-être faut-il placer en première ligne celui de la balle. Le lieu où l'on se livrait à ce divertissement, d'après Torquémada, avait la forme d'un immense quadrilatère, clos de murs plus épais à leur base qu'à leur sommet, et moins élevés aux extrémités du champ que sur ses côtés. Ces murs, blanchis à la chaux, étaient lisses et couronnés de créneaux. Deux idoles, probablement celles d'Omécatl, dieu de la joie, étaient amenées de nuit et placées au pied des petits murs, avec des pratiques superstitieuses.

La balle dont se servaient les joueurs, faite de gomme élastique, rebondissait à de grandes hauteurs. Les joueurs luttaient deux contre deux ou trois contre trois, et, de leurs vêtements, ne gardaient que la ceinture. La règle du jeu voulait que la balle, lancée d'une extrémité du champ, allât, soit d'un seul trait, soit

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en rebondissant, frapper le mur opposé. Mais on ne devait la toucher qu'avec le poignet, le genou ou le coude, sous peine de perdre un point.

Le peuple, à ce jeu, perdait en paris des épis de maïs, des habits, et parfois sa liberté ; les riches, des bijoux d'or, d'argent, ou des plumes. Au milieu de l'enceinte, deux pierres, semblables aux meules de nos moulins, et percées à leur centre d'un trou un peu plus large que la grosseur de la balle, étaient placées debout. Le joueur dont la balle traversait un de ces trous — fait très rare — gagnait non seulement la partie, mais les vêtements de toutes les personnes présentes. Du reste, un pareil coup se célébrait comme une action d'éclat.

On peut juger combien ce jeu devait être populaire chez les nations qui peuplaient l'Anahuac, par le tribut de balles que les villes payaient au roi. Or Tochtépec et Otatitlan, pour leur part, en envoyaient jusqu'à seize mille au trésorier royal. Aujourd'hui, les Indiens ignorent jusqu'au nom de ce jeu qui passionna leurs ancêtres.

Un jeu plus intime, nommé patolli, consistait à dessiner sur une fine natte de palmier un carré, coupé de deux lignes diagonales et de deux transversales. On jetait en guise de dés de gros haricots marqués de points, et, selon le chiffre atteint, l'on retirait ou l'on posait de petites pierres aux angles formés par les lignes. Celui qui le premier rangeait ses pierres en trois files gagnait la partie.

Bernai Diaz mentionne un jeu avec lequel Moteuczoma, pendant sa captivité, se divertissait avec Cortez. Ce jeu, qui d'après lui se nommait toloqiié, consistait à lancer de petites boules d'or contre une plaque de même métal, servant de but. Celui qui touchait cinq fois la plaque d'or gagnait un bijou.

Il y avait, parmi les Aztèques, des acrobates d'une agilité ex-

traordinaire. Ainsi, un d'eux se couchait sur le sol et, levant les jambes, soutenait une poutre en équilibre sur ses pieds, puis la faisait sauter, danser, tourner avec vélocité, sans, jamais la laisser choir. Parfois deux hommes se plaçaient à califourchon aux deux extrémités de cette poutre, et suivaient ses évolutions. D'autres s'appuyaient une perche sur l'épaule et un de leurs compagnons, grimpant jusqu'à l'extrémité de ce màt, s'y tenait en équilibre. Il est à remarquer que ces tours ont été de mode parmi nos acrobates il y a quelque vingt ans. En avaient-ils, par hasard, pris l'idée dans les peintures aztèques?

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