ARCHITECTURE
elles ont la forme et l'épaisseur. Un des principaux soutiens de ces maisons était souvent un arbre de moyenne taille, qui, outre l'ombrage qu'il procurait, évitait des frais de construction. Ces maisons ne possédaient qu'un rez-de-chaussée, où se trouvaient le foyer, les meubles, les outils, et qu'habitaient en commun la famille et les animaux domestiques. Si le propriétaire était à son aise, la maison s'enrichissait de deux ou trois pièces, d'un oratoire, d'un témascalli et d'un grenier.
Les demeures des nobles et des gens fortunés se construisaient en pierres. Elles possédaient deux étages, des pièces bien distribuées, et leur toit, en charpente ouvragée, était plat et servait de terrasse. Les murs, blanchis et polis avec soin, reluisaient de telle façon que les premiers Espagnols qui arrivèrent devant Mexico crurent qu'ils étaient en argent. Le sol de ces maisons s'exécutait en maçonnerie, et parfois elles étaient couronnées de créneaux ou de tours. Elles possédaient, en général, un jardin et un bassin alimenté d'eau courante.
Les demeures principales de Mexico avaient deux entrées, l'une donnant sur la rue et l'autre sur un canal. Ces ouvertures étaient sans portes : les Mexicains se considérant comme suffisamment protégés contre les voleurs par la sévérité de leurs lois. Mais, pour échapper à la curiosité des passants, ils voilaient ces ouvertures par des rideaux, auxquels ils suspendaient un objet qui résonnait lorsqu'on les soulevait, bruit qui annonçait la présence d'un visiteur. Lorsque la nécessité, la politesse, ou le degré de parenté n'obligeait pas à faire entrer la personne qui se présentait, on la recevait simplement sur le seuil. Du reste, il n'était pas permis de pénétrer dans une maison sans l'assentiment du propriétaire.
Les Aztèques savaient employer la voûte, ainsi que le prouvent leurs peintures, et mieux encore leurs bains et les ruines du
palais de Texcoco. Ils ornaient leurs édifices de corniches, et ils en encadraient volontiers les ouvertures d'arabesques. Dans certains palais, on voit ramper, sur la façade, un serpent prêt à se mordre la queue, après avoir entouré toutes les fenêtres de ses anneaux. Les murs qu'élevaient les maçons mexicains étaient droits, bien perpendiculaires, mais on ignore de quels outils et de quels moyens ils faisaient usage. On croit que, dans les constructions importantes, ils suppléaient à nos échafaudages en amoncelant de la terre de chaque côté des murs qu'ils construisaient. Les Mistèques employèrent certainement cet artifice; toutefois, rien ne démontre qu'il ait été mis en œuvre par les Mexicains.
Les colonnes à l'aide desquelles ils soutenaient leurs constructions étaient cylindriques ou carrées, sans bases ni chapiteaux. Ils les taillaient toujours d'un seul bloc et les ornaient de bas-reliefs. A. Mexico, vu le peu de solidité du sol, ils donnaient pour assises à leurs édifices des pilotis en bois de cèdre. En général, c'était à la même famille d'arbres qu'ils empruntaient les charpentes de leurs toits, et les colonnes à l'aide desquelles ils les soutenaient étaient de pierre pour les maisons ordinaires, de marbre ou d'albâtre pour les palais. Jusqu'au règne d'Ahuizotl, ils se servirent de pierres ordinaires, mais ayant découvert près du lac des carrières d'une substance dure, poreuse, légère, facile à unir par le mortier, ils l'employèrent exclusivement. Cette pierre, nommée tétzontli [amijgdaloïde poreuse), sert encore aux modernes architectes du Mexique. Le pavé des temples et des palais se composait de larges dalles en marbre de différentes couleurs.
Bien que l'architecture aztèque n'ait pas enfanté les merveilles qui placent l'Europe au premier rang, il est certain que les Espagnols furent si surpris de la beauté des palais de Mexico que Cortez^ dans ses lettres à Charles-Quint, ne trouve pas d'expressions assez fortes pour les vanter. « Le roi Moteuczoma,
AQUEDUCS. 2o3
écrit-il, possède à Mexico des maisons si vastes et si merveilleuses que je ne puis en mieux faire comprendre la beauté qu'en déclarant qu'il n'y en a pas de pareilles en Espagne. » Le Conquérant anonyme manifeste la même admiration dans son intéressant opuscule, aussi bien que Bernai Diaz del Castillo dans son Histoire. Devons-nous croire que tant de témoins oculaires aient mal vu?
Les Mexicains, pour le bien-être des habitants de leurs villes, construisirent de nombreux aqueducs. Ceux qui amenaient à la capitale les eaux de Chapultépec, distantes de deux milles, étaient en pierre et mesuraient cinq pieds de haut et deux pas de large. L'eau arrivait jusqu'aux portes de la ville et se divisait pour aller alimenter les fontaines et les bassins. Deux aqueducs existaient, mais un seul fonctionnait à la fois, car on les nettoyait sans cesse, afin que l'eau arrivât toujours limpide. A Técutzinco, lieu de plaisance des rois de Texcoco, on voit encore l'aqueduc qui amenait l'eau dans le palais.
Le double aqueduc de Chapultépec suivait une route qui, de même que les chaussées construites sur le lac, sont d'irrécusables témoins de l'industrie des Mexicains. Mais c'est à Mexico même que brille le plus l'intelligence et le savoir de leurs architectes, car ils eurent à former, à consolider le terrain sur lequel ils devaient bâtir, en réunissant plusieurs îles. Outre cette tâche, il leur fallut édifier des digues et des murailles sur différents points de la vallée, afin de mettre la ville à l'abri des inondations qui, chaque année, menaçaient de l'anéantir.
On a prétendu que les Aztèques ne connaissaient pas la chaux ; cette assertion est démentie par leurs peintures, par les matricules encore existantes des tributs que les provinces devaient payer, et, mieux encore, par un simple regard jeté sur les édifices qu'ils ont construits et dont on peut admirer les ruines.
2o4 LÉS AZTEQUES.
Me voici au boul de ma tâche. Ce que je viens de rappoiicr sur l'histoire, la religion, le gouvernement, l'industrie cl les mœurs des Aztèques, est, à ma connaissance, tout ce que l'on sait pertinemment sur ce peuple que Cortez vint réduire à une servitude qui, moralement, dure encore. Fils d'Espagnols et d'Aztèques, les créoles, bien à tort, font ti de la race autrefois si orgueilleuse dont ils sont issus en partie. Ils lui ont pris son nom de Mexicains, lui laissant celui d'Indiens, dont ils se servent comme d'une qualification injurieuse. Et cependant, sur les dix millions d'hommes qui peuplent aujourd'hui le Mexique, deux tiers environ appartiennent à ces Nahoas que j'ai voulu taire revivre et qui semblent enfin se réveiller.
Loin de partager l'injuste dédain qui, hier encore, taisait de lui un paria, j'ai pendant vingt ans vécu côte à côte avec l'Indien, vers lequel m'attirait, à la grande surprise des créoles, une vive sympathie. Dès la première heure, je rêvai d'écrire l'histoire de son passé, qu'il ne sait plus lui-même. En somme, l'édifice existait, à demi écroulé il est vrai, couvert de lierre et de mousses, voilé, comme toutes les choses oubliées. Les matériaux étaient là, il s'agissait plus encore de déblayer et de réunir que de construire : c'est fait.