‹ Les Aztèques; histoire, mœurs, coutumesChapitre 19 sur 57 · PRÊTRES ET PRÊTRESSES. J · texte numérisé non relu

PRÊTRES ET PRÊTRESSES. J

Imacan. Torquémada, dans son Histoire des monarchies indiennes^ estime à quarante mille le nombre des temples construits sur la superficie de TAnabuac, et cela sans tenir compte des autels établis sur la cime des montagnes, au sein des forêts ou sur les cbemins, dans le but d'exciter la dévotion des voyageurs et d'honorer les dieux champêtres.

Les revenus du grand temple de Mexico et ceux des autres temples de l'empire étaient considérables; chacun d'eux possédait des terres et des serfs chargés de les cultiver. Le produit de ces terres servait à l'entretien des prêtres, et l'on en tirait le bois qui se consumait en si grande quantité dans les sacrifices. Des majordomes, prêtres eux-mêmes, visitaient souvent ces domaines, et ceux qui les cultivaient, loin de se plaindre de leur servage, se considéraient comme heureux de contribuer par leurs fatigues au service des dieux et au bien-être de leurs ministres. Aux ressources déjà citées venaient s'ajouter les prémices des récoltas offertes pour obtenir de la pluie ou du beau temps, et les présents spontanés des villes. Il existait près de chaque temple des magasins destinés à garder les comestibles donnés aux prêtres. L'excédent de ces provisions était distribué aux pauvres.

La multiplicité des dieux mexicains exigeait un grand nombre de prêtres, qui étaient presque aussi vénérés que la divinité qu'ils servaient. Si l'on songe que le grand temple de Mexico en abrilait au moins cinq mille, que quatre cents étaient affectés au culte de Tezcatzoncatl, le Bacchus aztèque, on peut admettre que les historiens ne se trompent guère en évaluant leur chiffre total à un million. Les honneurs que l'on rendait aux prêtres, le respect que l'on avait pour eux contribuaient à attirer les jeunes gens vers les fonctions sacerdotales. Les nobles, pour un temps déterminé, se plaisaient à consacrer leurs enfants au culte des dieux, exemple suivi par la petite noblesse qui acceptait les emplois

i06 LES AZTÈQUES.

subalternes. Servir les dieux, c'était, parmi les Aztèques, honorer sa caste et conquérir un signe de distinction.

Plusieurs degrés hiérarchiques séparaient les prêtres les uns des autres. Le premier des pontifes suprêmes — ils étaient deux — portait le titre de Téoteuctli {seigneur divin) ^^i le second celui de Huéitéopixqui {grand prêtre). Ces deux dignités ne se conféraient qu'à des personnes illustres par leur naissance, leur probité ou leur connaissance des cérémonies religieuses.

Les grands prêtres étaient des oracles que les rois consultaient dans les circonstances critiques, et jamais on n'entreprenait de guerre sans leur consentement. Ce sont eux qui sacraient les rois, qui arrachaient le cœur des victimes humaines dans les sacrifices. Le grand prêtre de Mexico était chef de la religion dans tout l'empire; mais les nations soumises par les Aztèques, aussi habiles politiques sur ce point que les Romains, conservaient le libre exercice de leur culte.

La dignité de pontife se conférait par élection; toutefois, on ignore si les électeurs étaient des prêtres ou les nobles chargés d'élire les rois. A Mexico, l'insigne de cette dignité consistait en un gland de coton suspendu sur la poitrine. Dans les fêtes, sur les vêtements luxueux du grand prêtre, se voyaient les attributs de la divinité que l'on honorait ce jour-là.

Après les deux hautes dignités sacerdotales dont nous venons de parler, la plus élevée était celle de Mexitlitéohuatzin, que le grand prêtre conférait. La tâche de ce ministre consistait à veiller, dans les fêtes religieuses, sur l'observation des rites et l'ordre des cérémonies. En même temps, il surveillait la conduite des prêtres placés à la tête des séminaires, afin de châtier ceux qui manquaient à leurs devoirs. En raison de ses fonctions compliquées, il était secondé par deux aides, sorte de vicaires dont l'un faisait office de supérieur général des séminaires. Comme insigne,

Qoo^i

PRÊTRES ET PRÊTRESSES. i07

le premier de ces vicaires portait sans cesse sur lui un sac d'encens.

Venaient ensuite, dans Tordre hiérarchique, le Tlatquimilolleuctli ou économe du sanctuaire, puis le compositeur des hymnes chantés dans les fêtes, TOmétochtli. Les prêtres ordinaires se désignaient par le nom de Téopixqui {ministre de dieu\ qui sert aujourd'hui à qualifier les prêtres catholiques. Dans chaque quartier de Mexico, un prêtre principal dirigeait les fêtes et les actes religieux.

Parmi les prêtres, on distinguait encore les sacrificateurs, les devins, les chanteurs; de ces derniers, les uns étaient de service le jour et les autres la nuit. Puis venaient ceux qui s'occupaient de la propreté du temple, de l'ornement des autels, de l'instruction de la jeunesse, de Tordonnance du calendrier et enfin des peintures mythologiques.

Quatre fois par jour, le matin, à midi, le soir et à minuit, les prêtres devaient encenser les autels. A cette dernière heure, les ministres les plus importants du temple venaient assister celui qui se trouvait de garde. On encensait le soleil quatre fois dans la journée et cinq fois durant la nuit. Les parfums employés étaient le styrax liquide {Liqtiidambar styraciflua) et la résine de copal {Bhus copalUna). Dans certaines fêtes on se servait de chapopotliy sorte de bitume qui se recueille sur le rivage du golfe du Mexique et qui semble provenir de volcans sous-marins. Les encensoirs étaient en terre, parfois en or et, pourvus d'un manche, ils rappelaient la forme de nos poêlons. Chaque matin, les prêtres se peignaient le corps à l'aide de noir de fumée et, sur cette peinture, ils traçaient des dessins à l'aide d'ocre rouge ou jaune. Le soir venu, tous se baignaient dans les étangs renfermés dans l'enceinte des temples.

Le vêtement ordinaire des prêtres aztèques ressemblait à celui

Googh

108 LRS AZTÈQUES.

des autres citoyens, sauf un bonnet en coton, teint de noir, dont ils se coiffaient. Dans les cérémonies, ils portaient le largouti ou la mante. Ils laissaient croître leurs cheveux, qui parfois leur descendaient jusqu'aux pieds; ils les tressaient alors avec des rubans ou les laissaient ébouriffés et les enduisaient de couleurs, ce qui leur donnait un aspect hideux.

Outre les peintures à l'ocre, ils en préparaient d'autres pour les sacrifices qui avaient lieu sur la cime des monts ou dans les grottes ténébreuses. Prenant des scorpions, des araignées, des vers, de petites couleuvres et d'autres animaux répugnants ou venimeux, ils les brûlaient sur les foyers du temple, délayaient les cendres produites, puis les mélangaient de noir de fumée, de tabac et d'insectes vivants. Après avoir présenté ce mélange à leurs dieux, ils s'en barbouillaient le corps. Ainsi enduits, ils affrontaient tous les périls, persuadés qu'ils étaient devenus invulnérables, qu'ils pouvaient braver la dent des fauves et les morsures des serpents. Cette mixture se nommait Téopatli {médecine divine)^ et passait pour curative de toutes les maladies. Les élèves des séminaires étaient chargés de récolter les animaux nécessaires à la confection de cet étrange Uniment, encore en usage parmi les Indiens. Le téopatli servait aussi aux enchantements et, dans l'esprit populaire, il a, jusqu'à aujourd'hui, conservé ses vertus surnaturelles.

Les prêtres mexicains menaient une vie très dure et jeûnaient sans cesse. Ils buvaient rarement des boissons fermentées et ne se grisaient jamais. Les trois cent trois ministres de Tezcatzoncatl, après avoir terminé le chant par lequel ils l'invoquaient, plaçaient dans l'immense jarre posée devant son image et maintenue pleine de vin d'agave par des dévots, trois cent trois roseaux dont un seul était percé jusqu'à son extrémité. Le prêtre auquel ce roseau tombait en partage avait seul le droit de boire la liqueur fermentée, puisque seul il pouvait l'aspirer.

Googh

Page 1