COMMERCE
corde, ou à Taide d'un expédient pratiqué, dit-on, parles Égyptiens pour capturer les crocodiles du Nil. Le chasseur marchait avec hardiesse au-devant du reptile, portant à la main un court bâton dont les extrémités étaient taillées en pointe. Lorsque l'animal ouvrait la gueule, on lui plaçait le bâton entre les mâchoires, et il se les transperçait en les refermant. On laissait alors le reptile s'épuiser par la perte de son sang, puis on l'achevait. Les pêcheurs de perles des côtes de la Californie employaient, paraîtil, le même stratagème pour combattre les requins; ce sont là des faits que nous rapportons sans oser les affirmer.
La pêche, la chasse et les arts qu'ils cultivaient firent naître chez les Aztèques plusieurs branches de commerce. Dès qu'ils furent établis sur le lac de Texcoco, ils commencèrent à trafiquer, vendant à leurs voisins le poisson qu'ils péchaient et les nattes de jonc qu'ils tressaient. En échange, ils achetaient le maïs, le coton, les pierres, la chaux, le bois, qui leur manquaient. A mesure qu'ils agrandirent leur territoire par la force des armes, ils augmentèrent leurs transactions, qui bientôt s'étendirent jusqu'aux provinces les plus reculées de leur empire.
Très entreprenants et très hai-dis, les négociants aztèques jouèrent un rôle important dans leur pays, et leurs puissantes corporations préparèrent presque toutes ses conquêtes. Ils étaient, dans leurs entreprises à l'étranger, moralement et matériellement soutenus par leurs souverains, qui ne leur marchandaient ni les privilèges, ni les récompenses pécuniaires, ni les honneurs, ni au besoin leur appui ostensible. Les trafiquants, véritables colonisateurs, cheminaient toujours en nombre. Ils allaient s'établir dans les contrées lointaines, et là, grâce à leurs richesses, à leur finesse, à leur astuce, ils se rendaient peu à peu maîtres de tout le commerce. Un beau jour, sous des prétextes qu'ils excellaient à faire naître, ces émigrés se déclaraient lésés dans leurs intérêts ou en
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danger, et une armée de leurs compatriotes accourait aussitôt pour les protéger. Ils devenaient ses éclaireurs, la guidaient, la renseignaient, l'instruisaient des forces de l'ennemi, et une province nouvelle s'ajoutait bientôt à celles de l'empire. Cet ingénieux procédé de conquête a été celui des Carthaginois ; c'est lui qui a donné aux Anglais la tutelle de la moitié du monde, et n'a-t-il pas de nos jours — rien de nouveau sous le soleil — édifié le moderne empire d'Allemagne?
Dans tous les centres de population aztèques il y avait des marchés en permanence, et, de cinq en cinq jours, il s'en tenait un général. Une entente s'établissait entre les villes pour choisir des dates différentes, afin de ne pas se causer de préjudice. Les grands marchés de Mexico étaient célèbres et avaient lieu chaque semaine.
Jusqu'au règne d'Axayacatl, sixième roi du Mexique, le marché se tint sur la place située en face du palais du roi. Mais, après la conquête de Tlatélolco, on le transporta dans ce faubourg, sur une place qui, au dire de Cortez, était deux fois aussi vaste que celle de Salamanque. De forme carrée, cette place était entourée de portiques sous lesquels s'abritaient les vendeurs. Là, chaque espèce de marchandise s'étalait sur un point désigné par « les juges de commerce ». Les bijoux, les étoffes de coton, les mosaïques de plumes, etc., etc., ne pouvaient se vendre qu'à l'endroit qui leur était assigné. Comme,. en dépit de ses dimensions, la place n'eût pu contenir toutes les marchandises qu'on y apportait et que la circulation eût été gênée, on laissait sur le canal, ou dans les rues voisines, les pierres, les poutres, la chaux ; en un mot, les matériaux encombrants.
Le nombre des vendeurs qui se pressaient chaque jour au marché dépassait, selon Cortez, le chiffre de cinquante mille; toutefois, d'après le Conquérant anonyme, ce n'était que chaque
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cinquième jour de la semaine qu'une pareille affluence se produisait, et vingt ou vingt-cinq mille marchands approvisionnaient les marchés ordinaires. La quantité et la variété des denrées qui se vendaient ou se troquaient à Mexico étaient si considérables que les historiens, après d'interminables énumérations, déclarent renoncer à les nommer toutes. Au résumé, apparaissaient dans ces halles non seulement les productions de Tempire, mais celles des États voisins, soit qu'elles eussent pour objet les nécessités premières de la vie ou ses commodités, soit qu'elles fussent destinées à flatter le goût, la curiosité ou la vanité des acheteurs. On voyait là nombre d'animaux vivants ou morts, tous les comestibles en usage, tous les métaux exploités, toutes les espèces de pierres fines. Les plantes, gommes, résines, terres minérales, onguents, huiles, emplâtres dont faisait usage la médecine aztèque, avaient leur emplacement, ainsi que les tissus d'agave, de coton, de palmiers, de plumes ou de poils d'animaux. On vendait là des esclaves, puis des barques pleines de fumier humain, employé pour la préparation des peaux d'animaux ; en un mot, tout ce qui pouvait se troquer ou s'acheter se donnait rendez-vous en ce lieu, car, dans l'intérieur de la ville, il n'existait d'autres boutiques que celles où l'on s'approvisionnait de comestibles. C'était au grand marché de Mexico que les joailliei*s de Gholula, les argentiers d'Azcapotzalco, les pehitres de Texcoco, les cordonniers de Ténayucan, les chasseurs de Xilotépec, les pêcheurs de Cuitlahuac, les jardiniers des Terres chaudes et les horticulteurs de Xochimilco apportaient leurs produits renommés.
Les transactions ne se réduisaient pas à de simples échanges, comme ceux que les Indiens font souvent de nos jours ; on achetait et l'on vendait réellement. Il y avait, dans l'empire, quatre sortes de monnaie courante, mais aucune frappée. La première consistait en grains de cacao, différents de c.eux qui
servaient à préparer le chocolat, et ces grains passaient de main en main, comme la monnaie de billon parmi nous. On comptait ce cacao par mesure de huit mille grains, et, pour les marchandises de haut prix, par sacs de vingt-quatre mille. Il y a trentecinq ans, le cacao était encore une monnaie courante à Mexico et à Téhuantépec, et j'ai vu des pains de savon, des œufs et môme des chandelles, remplir le même office dans plusieurs villes de la province de Veracruz.
La deuxième espèce de monnaie consistait en petits carrés d'étofîe de coton ; elle servait aux menus achats du ménage. La troisième se composait de pépites d'or renfermées dans des tuyaux de plumes de canards, tuyaux dont la transparence permettait de voir le précieux métal et d'estimer sa valeur. La quatrième, mentionnée par Cortez, qui a négligé de la décrire, était en étain et se rapprochait de nos pièces monnayées. Au nombre des monnaies aztèques, on a, jusque dans ces derniers temps, rangé des morceaux de cuivre ayant la forme d'un T, dont plusieui's spécimens sont conservés dans le musée de Mexico. D'après Orozco et M. J. Sanchez, ces prétendues monnaies sont des instruments agricoles.
Les marchandises se vendaient au nombre ou à la mesure, fiien que les balances fussent connues de plusieurs peuples d'Amérique, les Aztèques n'en faisaient pas usage. Ils les dédaignaient, parait-il, à cause de la facilité avec laquelle on pouvait altérer les poids.
Pour empêcher les fraudes et les désordres, des commissaires parcouraient sans cesse les halles, observant tout ce qui s'y passait. Un tribunal, composé de deux juges, siégeait en permanence dans une maison voisine, tranchait les différends et punissait sur l'heure les délits.
Chaque denrée payait un droit au roi, lequel, en échange, ga-
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