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mort on leur en suspendait une à la lèvre inférieure afin qu'elle leur servît de cœur dans l'autre monde.
Une quantité considérable de ces pierres fut envoyée en Europe dans les années qui suivirent la conquête, et Cortez, lors de son premier voyage en Espagne, en emporta plusieurs dont cinq devinrent célèbres. D'après Gomara, qui eut occasion de les voir, une de ces pierres avait la forme d'une rose, une autre celle d'un cor, une troisième représentait un poisson dont les yeux étaient d'or, et la quatrième une clochette à laquelle une perle servait de battant. Enfin, la plus précieuse, pour laquelle des marchands génois offrirent jusqu'à 40 000 ducats, était taillée en forme de coupe et ornée de quatre fines chaînes d'or rattachées à une perle. Ces émeraudes, travaillées, sur l'ordre de Cortez, par les joailliers de Mexico, devinrent la propriété de sa seconde femme, dona Juana Ramirez de Arellano y Zuniga. De nos jours, non seulement les Indiens ne savent plus tailler les pierres fines, mais ils ignorent où sont situés les gisements si productifs autrefois.
La pyrite de cuivre, à l'éclat métallique, était souvent utilisée pour la fabrication des miroirs. Quant au cristal de roche, il servait à la confection des tentetl (pierre de bouche) dont les nobles paraient leurs lèvres, et à figurer des objets de fantaisie. Enfin, les agates, les marbres, les jades, servaient aux joailliers aztèques de matériaux ordinaires.
Chez les Aztèques, comme aujourd'hui chez leurs descendants, tous les ustensiles de ménage se fabriquaient en terre; aussi les potiers de l'Anahuac étaient-ils très habiles. Outre les objets destinés aux usages domestiques, ils modelaient des images de dieux, des pantins, des animaux, des sifflets, des flageolets. Près de leurs vases tripodes, forme caractéristique en Amérique, et plus particulièrement au Mexique, on en trouve d'aspect tout européen. Ces vases, curieux par le travail, l'étaient aussi par les
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peintures dont on les décorait. Les poteries les plus renommées venaient de Cholula, qui avait conservé les traditions de la céramique loltèque; aucune n'était vernissée, mais on les engobait et lissait avec soin.
Les ouvriers tisseurs étaient nombreux dans l'empire de Moteuczoma, et ils suppléaient à la laine par le coton, à la soie avec les plumes et les poils du lapin, au chanvre et au lin avec les fibres de plusieurs palmiers. Pour le filage, ils se servaient de fuseaux en terre cuite (fig. 19). Avec les fils de coton, ils tissaient des étoffes aussi fines que la toile de Hollande, étoffes qu'ils savaient teindre et orner de dessins de différentes couleurs. Avec la plume unie au coton, ils confectionnaient un tissu aussi doux au loucher qu'agréable à la vue, tissu qui servait pour les manteaux et les couvertures. FiG. 19. -Fuseau, ^^ç^^^ ^^ ^^^^ espèccs d'agavés, dont ils faisaient
macérer les feuilles, ils tiraient des fils d'une grande solidité.
Sur les autres métiers exercés par les Aztèques, on ne sait que fort peu de chose. Leurs tanneurs, par un procédé inconnu, préparaient la peau des quadrupèdes et des oiseaux sans dommage pour les poils ni les plumes. Avec les joncs et les feuilles des palmiers, teints de différentes couleurs, leurs vanniei^ tressaient des corbeilles et des nattes d'une finesse extrême, qu'ils savaient orner de dessins. C'est là un art encore vivant parmi les Mistèques, dont les ouvrages en sparterie sont de véritables curiosités artistiques.
Les menuisiers et les charpentiers aztèques, dont les Espagnols ont vanté la dextérité, se servaient d'outils en pierre et en bronze, dont quelques-uns nous ont été conservés. Du reste, nous l'avons dit, les musées sont remplis de brunissoirs^ de polissoirs, de mortiers, de poteries, de pierres et de molettes à
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broyer, d'instramenls de toute nature dont, par malheur, les archéologues ont souvent peine à deviner Tusage, en dépit de Taide des peintures idéographiques (6g. 20).
En somme, les Aztèques surprirent les Espagnols par leurs aptitudes industrielles. Tous s'entendaient aussi bien aux travaux agricoles qu'aux travaux urbains et, pour se construire une cabane, pour se procurer les différents matériaux nécessaires à cette tâche, aucun d'eux n'avait besoin de recourir à ses voisins.
FiG. 20. — Arts et métiers, d'après la mappe Qainantzin. (Collection Aubin.)
Tous savaient tailler une pierre, façonner une pièce de bois, tresser une corde ou des nattes de jonc. Les enfants, de très bonne heure, apprenaient à connaître le nom et l'utilité des animaux, des arbres, des plantes au milieu desquels ils vivaient. Ces remarques, faites par Motolinia au lendemain de la conquête, sont encore applicables aux Aztèques modernes.
L'art médical de l'Anahuac paraît avoir médiocrement attiré l'attention des auteui^ espagnols. Dans leurs écrits, ils se bornent à déclarer que les médecins aztèques connaissaient très bien les plantes, et qu'ils obtenaient avec leur aide de merveilleuses cures. Il est à remarquer que les peintures mexicaines ne font ellesmêmes aucune mention de l'art de guérir, d'où il faut inférer que les médecins aztèques se contentaient de communiquer à leurs fils les résultats de leur expérience, sans les formuler en axiomes. Toutefois, ils n'étaient pas de simples empiriques, car ils savaient reconnaître les différentes phases des maladies. Her-
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nandez, envoyé au Mexique par Philippe II, le déclare à plusieurs reprises dans sa grande Histoire naturelle. Ce savant eut pour guides de ses études des médecins aztèques qui lui firent connaître les propriétés et les noms de douze cents végétaux.
Notre matière médicale doit aux Aztèques le tabac, la gomme copal, le liquidambar, la salsepareille, la résine de técamaca, le jalap, le huaco. Mais Ténumération des plantes médicinales qu'ils employaient, plantes dont leurs descendants font encore usage, et entre lesquelles il s'en trouve de purgatives, de vomitives, de dépuratives, de sudorifiques, de vermifuges, nous entraînerait trop loin. Ajoutons que leurs médecins préparaient des infusions, des décoctions, des emplâtres, des onguents, des huiles, et que les plus usuels de ces médicaments se vendaient et se vendent encore sur les marchés.
La saignée était en honneur parmi les médecins aztèques, et ils la pratiquaient très adroitement, à l'aide de lancettes en obsidienne* Les gens du peuple se saignaient eux-mêmes, soit avec des épines d'agaves, soit avec celles du hérisson.
Les conquérants espagnols ont beaucoup vanté la rapidité avec laquelle les médecins aztèques obtenaient la cicatrisation des blessures et des plaies, et Cortez, grièvement atteint à la tête dans la bataille d'Otomba, fut très bien guéri par les Tlaxcaltèques. Est-ce une question de milieu ? Pourtant, il est de tradition, au Mexique, que les blessures à la tête, toujours dangereuses sur les hauts plateaux, guérissent promptement dans les Terres chaudes, où, en revanche, les blessures aux jambes s'enveniment avec facilité. Remarquons, en tout cas, que le mode de pansement suivi par les Aztèques est en honneur de nos jours, car leur premier soin était de soustraire la partie malade aux influences de l'air en la couvrant de résines aromatiques.
Les médecins aztèques, cela va sans dire, appliquaient leurs
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