‹ Les Aztèques; histoire, mœurs, coutumesChapitre 54 sur 57 · SCULPTURE · texte numérisé non relu

SCULPTURE

leurs et nouées de différenles façons. Cette singulière méthode mnémotechnique, qui s'était conservée au Pérou dont on connaît les quipos — nous l'employons nous-mêmes en nouant nos mouchoirs — fut abandonnée de bonne heure par les Mexicains, et l'on en trouve à peine trace aujourd'hui. Boturini déclare qu'après de minutieuses recherches il ne put découvrir qu'une seule de ces cordelettes, très endommagée par le temps, dans un village de Tlaxcala.

Aussitôt que les Indiens eurent appris des Espagnols l'usage des lettres, quelques-uns d'entre eux écrivirent des histoires de leur pays, soit dans leur langue, soit dans celle des conquérants. Plusieurs de ces écrits sont conservés dans les bibliothèques de Mexico, et l'on a publié en partie ceux d'Ixtlixochitl et de Tézozomoc.

Les Aztèques furent certainement plus habiles dans la sculpture, dans l'art de fondre les métaux, et dans la composition des mosaïques en plumes que dans la peinture, et ils réussirent mieux à représenter les traits des héros ou les produits de la nature avec le bois, la pierre, l'or et l'argent qu'avec le pinceau. La difficulté de ces travaux excita peut-être davantage leur application, ou peut-être encore le goût national aiguillonna-t-il en ce sens leur génie industrieux.

La sculpture était connue et pratiquée par les Toltèques. Des statues de pierre, œuvres des artistes de cette nation, entre autres celles de Tialoc et celles qui ornaient les deux célèbres temples de Téotihuacan, furent conservées jusqu'à l'arrivée des Espagnols. Quant aux Aztèques, ils possédaient des sculpteurs lorsqu'ils abandonnèrent leur patrie primitive, puisque nous savons qu'ils portaient avec eux une statue de Huitzilipochtli. Mais, dans cet art, ils restèrent toujours inférieurs à leurs maîtres : les Toltèques.

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Les sculpteurs mexicains travaillaient d'ordinaire la pierre ou le bois, et s'attaquaient souvent au granit, au jaspe et à l'agate. Or, faute de connaître le fer et, par conséquent, l'acier, ils devaient se servir d'outils en pierre dure et procéder par l'usure plus que par la taille. Il ne leur fallait rien moins que la constance et la patience inhérentes à leur race pour vaincre les difficultés qu'ils rencontraient et ne pas s'énerver des lenteui-s auxquelles elles les condamnaient. Néanmoins, en dépit de l'imperfection des moyens, ils arrivaient à produire des œuvres remarquables, à donner à leurs statues toutes les attitudes que peut prendre le corps humain.

Ils savaient exécuter des bas-rehefs, des statues en terre, et travailler le bois. Le nombre des statues qui existaient dans l'empire peut se calculer par celui des idoles. Mais, ici encore, il faut déplorer le zèle des missionnaires qui brisèrent nombre de ces œuvres, tenues par eux pour des images du démon. Les fondations de la première église que les Espagnols construisirent à Mexico se composaient, dit-on, de fragments de statues, et les prêtres firent une guerre si consciencieuse à ces images qu'il est difficile d'en trouver une aujourd'hui.

Peu d'années après la conquête de leur pays, ne trouvant plus l'emploi de leur art, les sculpteurs aztèques s'occupèrent de tailler, dans les os ou dans le bois, des ornements pour les autels des églises qui partout remplaçaient les temples. Us réussirent admirablement, et leui^ œuvres, en ce genre, furent bientôt préférées par les missionnaires à celles qui venaient de l'Europe. Ils se mirent aussi à fabriquer, à l'aide de bambous, des christs de grandeur naturelle, images dont l'expression douloureuse était très bien rendue. Ce n'était certainement pas des Espagnols que ces artistes avaient appris leur métier. Sachant sculpter, ils utilisaient leur habileté, dont nous avons ici la preuve, en repré-

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sentant le Dieu dont on leur enseignait le culte. Ils copiaient, mais leur goût les guidait assez sûrement pour que leurs œuvres, remarquées et recherchées, méritassent l'honneur d'être envoyées en Espagne.

Au-dessus de l'art de la sculpture, les Aztèques plaçaient celui du travail des métaux, particulièrement de l'or et de l'argent, qu'ils recueillaient dans le lit des rivières, mais qu'ils savaient aussi extraire du sol. On pourrait considérer comme exagérée l'énumération des travaux qu'ils exécutaient avec ces matières, si, outre les affirmations de témoins oculaires, d'accord dans leurs jugements, plusieurs de ces bijoux n'avaient été envoyés en Europe. Ceux que Corlez adressa à Charles-Quint furent très appréciés par les orfèvres de Séville, qui se déclarèrent incapables de les imiter. Les artistes mexicains reproduisaient avec une rare perfection tous les objets de la nature. Ils fondaient, d'un seul jet, des poissons dont les écailles étaient alternativement d'or et d'argent. On cite parmi leurs œuvres un perroquet remuant la tête, la langue et les ailes, et un singe, également articulé, armé d'un fuseau et filant. Enfin, ils enchâssaient à merveille les pierres fines, et les soldats de Cortez, si amoureux d'or, préféraient parfois le travail au précieux métal. Cet art, qui venait des Toltèques, lesquels en attribuaient l'invention à Quétzacoalt, s'est entièrement perdu, de même, du reste, que ses productions, dont on chercherait peut-être en vain un spécimen dans le nouveau monde. De temps à autre, les Indiens découvrent, il est vrai, d'anciens bijoux, généralement d'une exécution grossière. Par malheur, soit superstition, soit crainte de s'en voir dépouiller, ils les brisent aussitôt.

Les Aztèques employaient le marteau dans leur travail des métaux, mais d'une façon assez maladroite. Après l'or et l'argent, le métal dont ils tiraient le meilleur parti était le cuivre, allié à

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Tétain, et les Espagnols ont vanté leurs boucliers et leurs piques. Les argentiers de Mexico formaient un corps considérable; nous avons vu qu'ils fêtaient et considéraient comme leur protecteur le dieu Xipé.

Comme preuve de Thabileté* des orfèvres aztèques, dont les œuvres anciennes étaient déjà rares à son époque — 1606 — Torquémada rapporte qu'ayant eu besoin de boutons d'or pour une dalmatique, on chercha à Mexico, parmi les Espagnols, un ouvrier capable de les fabriquer. Un Aztèque se présenta, et, travaillant l'or à la façon de ses ancêtres, il donna aux boutons la forme de petites calebasses si bien imitées que son travail fit sensation.

L'art aztèque, par excellence, c'était celui des mosaïques faites à l'aide de fines plumes d'oiseaux. Pour ce travail, il y avait non seulement dans les palais du roi, mais dans presque toutes les maisons, des volières remplies d'oiseaux aux riches couleurs, que l'on plumait une fois par an. C'était surtout à la nombreuse famille des trocliilidés (oiseaux-mouches) que l'on empruntait la matière première de ces mosaïques, tant à cause de la finesse de leurs plumes que pour leurs nuances si variées. Une mosaïque était presque toujours l'œuvre de plusieurs ouvriei's. Après avoir arrêté le dessin, chacun d'eux se mettait au travail, et il leur fallait souvent une journée entière pour assortir et placer une seule plume. On ne tolérait aucune imperfection dans ce travail; aussi devait-on sans cesse le remanier. Les ouvriers ne touchaient les plumes qu'à l'aide d'une matière molle, dans la crainte de les froisser, et ils les fixaient sur la toile en les humectant du suc visqueux d'une plante. L'œuvre terminée, on la polissait avec un soin minutieux, et sa surface lisse la faisait prendre pour une peinture, mésaventure qui arriva plus d'une fois aux Espagnols.

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