MOSAÏQUE DE PLUMES
Cet art délicat, qui émerveilla Cortez, Diaz, Gomai^ et Torquémada, est aujourd'hui complètement oublié. Les spécimens qui figurent dans les musées sont des œuvres de décadence; aucun n'est antérieur au seizième siècle.
Ce qui n'est pas perdu, c'est l'art de former des guirlandes de fleurs et de fruits, en opposant leurs couleurs de façon à produire des dessins symétriques d'une curieuse originalité] et de l'eflet le plus pittoresque. Un jour, dans le village de Ténéjapa, je vis un petit arc de triomphe composé de fleurs. Rien de plus gracieux que ce monument éphémère. C'étaient des rosaces, des losanges, des torsades, des figures bizarres dessinées à l'aide des corolles les plus brillantes, par un artiste indien livré aux seules ressources de sa fantaisie. Il faut la richesse de la flore des tropiques pour composer ces splendides ornements d'un jour, dont aucune matière ne surpassera jamais la magnificence. Le peintre — il méritait ce nom — tantôt heurtant ses couleure, tantôt leur imprimant une dégradation savante, restait toujoui^ harmonieux. Je ne sais ce que j'admirai le plus, des dessins, des fleui^, ou de l'art avec lequel elles étaient tressées. Comme pour rendre le coup d'œil plus charmant, des essaims de papillons accouraient se poser sur le brillant décor, s'envolaient, tourbillonnaient pour revenir s'y poser de nouveau. Par moments, on eût dit que la brise efieuillait les corolles et semait l'air de leurs pétales éblouissants. L'Aztèque, passionné pour les fleurs, oiiiait le temple de ses dieux des guirlandes dont ses descendants parent aujourd'hui les églises. On a toujours peine à croire, en face de ces œuvres délicates, qu'elles soient sorties de mains accoutumées à manier la pioche, et que tant de goût se cache sous des crânes en apparence si épais.
Un peuple qui exerçait son industrie dans des travaux de luxe ou de curiosité, ne pouvait négliger ceux qui touchaient à son
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'2:iO LES AZTÈQUES.
bien-être. Aussi larchiteclure, un des arts que là nécessité impose à l'homme aussitôt qu'il sort de la barbarie, fut-elle connue des peuples de l'Anahuac dès l'époque des Toltèques. Les Chichimèques, les Alcolhuas, les Tlaxcatèques;en un mot, toutes les nations qui occupaient les provinces, à l'exception des Otomites, construisirent de bonne heure des maisons, et les Aztèques, lorsqu'ils arrivèrent dans l'Anahuac, le trouvèrent peuplé de grandes et belles villes.
Du reste, ils savaient eux-mêmes construire et étaient accoutumés à la vie sociale, car, durant la longue pérégrination qui les amena près des bords du lac de Texcoco, ils élevèrent nombre d'édifices sur les points où ils séjournèrent. Néanmoins, c'est à tort que l'on a longtemps considéré comme leur œuvre les monuments qui se trouvent sur les bords du rio Gila, à la Piméria, et près de Zacatécas. Ces monuments, de même que ceux de la Mistèque et du Yutacan, sont, nous l'avons vu, l'œuvre de peuples plus anciens.
Durant les années de misère qu'ils passèrent dans les îles du lac de Texcoco, les Aztèques se contentèrent d'humbles cabanes aux murs de roseaux et de boue. Mais, dès qu'ils purent se livrer au commerce, grâce aux produits de leurs pêches, ils se hâtèrent de se procurer de meilleurs matériaux. A mesure que leur puissance et leur richesse s'accrurent, ils donnèrent plus d'importance à leurs constructions, jusqu'au moment de l'apparition des Espagnols qui trouvèrent beaucoup à admirer, mais, hélas ! beaucoup aussi à détruire.
Les murs de la demeure des pauvres se fabriquaient à l'aide de bambous et de briques séchées au soleil, parfois de pierres unies ensemble, à l'aide de terre délayée. Pour couvrir leurs toits, les Aztèques employaient de longues herbes ou des feuilles d'agave posées les unes sur les autres, comme nos tuiles, dont
ARCHITECTURE. 2:>l
elles ont la forme et l'épaisseur. Un des principaux soutiens de ces maisons était souvent un arbre de moyenne taille, qui, outre l'ombrage qu'il procurait, évitait des frais de construction. Ces maisons ne possédaient qu'un rez-de-chaussée, où se trouvaient le foyer, les meubles, les outils, et qu'habitaient en commun la famille et les animaux domestiques. Si le propriétaire était à son aise, la maison s'enrichissait de deux ou trois pièces, d'un oratoire, d'un témascalli et d'un grenier.
Les demeures des nobles et des gens fortunés se construisaient en pierres. Elles possédaient deux étages, des pièces bien distribuées, et leur toit, en charpente ouvragée, était plat et servait de terrasse. Les murs, blanchis et polis avec soin, reluisaient de telle façon que les premiers Espagnols qui arrivèrent devant Mexico crurent qu'ils étaient en argent. Le sol de ces maisons s'exécutait en maçonnerie, et parfois elles étaient couronnées de créneaux ou de tours. Elles possédaient, en général, un jardin et un bassin alimenté d'eau courante.
Les demeures principales de Mexico avaient deux entrées, l'une donnant sur la rue et l'autre sur un canal. Ces ouvertures étaient sans portes : les Mexicains se considérant comme suffisamment protégés contre les voleurs par la sévérité de leurs lois. Mais, pour échapper à la curiosité des passants, ils voilaient ces ouvertures par des rideaux, auxquels ils suspendaient un objet qui résonnait lorsqu'on les soulevait, bruit qui annonçait la présence d'un visiteur. Lorsque la nécessité, la politesse, ou le degré de parenté n'obligeait pas à faire entrer la personne qui se présentait, on la recevait simplement sur le seuil. Du reste, il n'était pas permis de pénétrer dans une maison sans l'assentiment du propriétaire.
Les Aztèques savaient employer la voûte, ainsi que le prouvent leurs peintures, et mieux encore leurs bains et les ruines du
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palais de Texcoco. Ils ornaient leurs édifices de corniches, et ils en encadraient volontiers les ouvertures d'arabesques. Dans certains palais, on voit ramper, sur la façade, un serpent prêt à se mordre la queue, après avoir entouré toutes les fenêtres de ses anneaux. Les murs qu'élevaient les maçons mexicains étaient droits, bien perpendiculaires, mais on ignore de quels outils et de quels moyens ils faisaient usage. On croit que, dans les constructions importantes, ils suppléaient à nos échafaudages en amoncelant de la terre de chaque côté des murs qu'ils construisaient. Les Mistèques employèrent certainement cet artifice; toutefois, rien ne démontre qu'il ait été mis en œuvre par les Mexicains.
Les colonnes à l'aide desquelles ils soutenaient leurs constructions étaient cylindriques ou carrées, sans bases ni chapiteaux. Ils les taillaient toujours d'un seul bloc et les ornaient de bas-reliefs. A Mexico, vu le peu de solidité du sol, ils donnaient pour assises à leurs édifices des pilotis en bois de cèdre. En général, c'était à la même famille d'arbres qu'ils empruntaient les charpentes de leurs toits, et les colonnes à l'aide desquelles ils les soutenaient étaient de pierre pour les maisons ordinaires, de marbre ou d'albâtre pour les palais. Jusqu'au règne d'Ahuizotl, ils se servirent de pierres ordinaires, mais ayant découvert près du lac des carrières d'une substance dure, poreuse, légère, facile à unir par le mortier, ils l'employèrent exclusivement. Cette pierre, nommée tétzontli {amygdaloïde poreuse)y sert encore aux modernes architectes du Mexique. Le pavé des temples et des palais se composait de larges dalles en marbre de différentes couleurs.
Bien que l'architecture aztèque n'ait pas enfanté les merveilles qui placent l'Europe au premier rang, il est certain que les Espagnols furent si surpris de la beauté des palais de Mexico que Cortez, dans ses lettres à Charles-Quint, ne trouve pas d'expressions assez fortes pour les vanter. « Le roi Moteuczoma,