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TLALOC

du dieu, l'ancienne fut réédifiée et demeura en place jusqu'au jour où elle fut brisée par ordre du premier évêque de Mexico, M*' Zumarraga, indigné du nombre d'enfants annuellement sacrifiés à cette figure de pierre, nombre que, dans une lettre, il évalue à vingt mille !

FiG. 11. — Croix de Tlaloc, trouvée à Téotihuacan, dans des ruiaes toltëques. (Musée d 'ethnographie du Trocadéro.)

Les signes les plus caractéristiques des idoles qui représentent Tlaloc sont des yeux ronds, entourés d'un cercle figurant des lunettes. Un relief, en forme de moustaches, surmonte leur bouche et se prolonge parfois en un appendice nasiforme. De leurs lèvres sortent des dents ordinairement au nombre de

quatre, longues, courbes et aiguës. Leurs mains, levées à la hauteur de la tête, semblent lancer la foudre et déchaîner les eaux. Le dieu brandit parfois un serpent, image de l'éclair.

J'ai recueilli quantité de statuettes en terre cuite de ce dieu, dans les grottes de la sierra de Songolica, et, sur la couronne bordée de perles dont elles sont coiffées, se voit la croix dont la présence sur plusieurs des monuments du Mexique intrigua si fort les anciens missionnaires, et qui est un des attributs de Tlaloc quelquefois usurpé par Quétzacoatl. Les missionnaires, dans cette rencontre, crurent voir une preuve que le christianisme avait été déjà prêché aux Indiens, et saint Thomas passa pour avoir découvert l'Amérique avant Colomb. Dans un savant et judicieux mémoire sur une croix trouvée à Téotihuacan (fig. 11), M. le docteur Hamy a clairement démontré de quelle façon un des attributs de Tlaloc, destiné à figurer la pluie, a pris peu à peu, sous le ciseau des sculpteurs, la forme du signe révéré des chrétiens.

Pour les historiens modernes, ce n'était pas Tlaloc seul qui habitait les montagnes, mais une multitude de dieux subalternes nommés Tlaloques. Néanmoins les appellations Apozonalotl (onde écumeuse); Atlacamani (tempétueux); Ayauh (onde capricieuse), etc., etc., désignent, je crois, Tlaloc lui-même, qualifié par la désignation des différents états du liquide qu'il gouvernait; ces qualifications s'appliquaient également à sa sœur ou femme, la déesse Ghalchiuitlicué.

Dans les manuscrits idéographiques, l'image de Tlaloc est peinte de vert et d'azur, afin de représenter les diverses nuances de l'eau. Elle est armée d'une baguette d'or roulée en spirale et terminée par une pointe aiguë, comme représentation de la foudre. Tlaloc possédait, sur le sommet du grand temple de Mexico, une chapelle aussi importante que celle de Huitzilipochtli, à laquelle elle faisait pendant. On fêtait ce dieu plusieurs fois l'an, par

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des cérémonies bizarres et des sacrifices humains, d'enfants surtout. Le cimetière récemment découvert par M. Désiré Chamay à 4 000 mètres d'altitude, sur un des versants du Popocatépetl, et dans lequel ne se trouvent que des os d'enfants, est considéré par le docteur Hamy comme le lieu de sépulture des jeunes victimes immolées à Tlaloc.

Le jour de la fête des Tlaloques, les prêtres de ces ministres du dieu des eaux se rendaient à la lagune de Gitlatépetl, située à quelques lieues de Mexico, afin de couper les joncs destinés à parer les autels. Durant ce trajet, ils avaient le droit de s'emparer des vêtements et des marchandises que portaient ceux qu'ils rencontraient, même lorsqu'il s'agissait de tributs appartenant au roi. Ce jour-là encore, les prêtres qui, durant l'année, avaient manqué à leurs devoirs, étaient plongés et maintenus sous l'eau jusqu'à ce qu'ils perdissent connaissance.

Les eaux, nous l'avons vu, n'étaient pas sous la dépendance exclusive de Tlaloc, mais aussi sous celle de Chalchihuitlicué, désignée, de son côté, sous une multitude de noms peignant les divers états de l'eau. Sur le mont Tlaxcala, cime autour de laquelle se forment les orages qui viennent fondre sur la ville de Puebla, se dressait un temple dédié à cette déesse, invoquée surtout le jour de la naissance des enfants.

Xiutécuhtli {seigneur des comètes)y dieu de Tannée et de la verdure, l'était en même temps du feu sous la désignation expressive d'Izcozauhqui {visage jaune ou couleur de flamme). Ce dieu était un des plus révérés, on lui offrait la première bouchée de tous les mets et la première gorgée de toutes les boissons, en les jetant dans un brasier.

La déesse de la terre et du maïs, Centéotl {entourée d'autres déesses) y se nommait aussi Tonacayohua {celle qui nourrit). Cette Cérès était surtout adorée par les Totonaques, habitants du lit-

toral de Veracruz, qui voyaient en elle leur principale protectrice. Ils lui édifièrent au sommet d'une montagne un temple imposant desservi par de nombreux prêtres, temple dans lequel se rendaient des oracles. Les Totonaques affectionnaient cette divinité

Fio. 12. — Centléotl. Statue en pierre trouvée dans la vallée de Mexico. (Musée d^ethnographhB du Trocadéro.)

qui repoussait les victimes humaines et se contentait de l'immolation de cailles, de tourterelles et de lapins. Ils croyaient qu'elle les défendait contre les dieux qui réclamaient du sang. A Mexico, lors de la fête de Centéotl, le seuil des maisons était arrosé, dès le matin, par le sang que chacun de leurs habitants devait se tirer des oreilles; en outre, toutes les portes se garnissaient de palmes ou de joncs, coutume qui rappela aux Espagnols

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celle du jour des Rameaux. Bien que Centéotl, chez les Tolonaques, se contentât d'offrandes de fleurs, de fraits et plus particulièrement d'épis de maïs, les prêtres aztèques n'hésitaient pas à lui sacrifier des animaux et des victimes humaines.

La terre, dans son ensemble, était divinisée par les Aztèques; ils la représentaient sous la forme d'un animal pourvu de bouches à toutes ses articulations, bouches remplies de sang. La terre, disaient-ils, dévore et absorbe tout.

Mictlanteuctli {dieu de r enfer) ^ dont nous avons déjà parlé, et sa sœur ou compagne, Mictlancihuatl, étaient très honorés. On leur offrait des sacrifices nocturnes, et leur grand prêtre se peignait le corps en noir pour remplir ses fonctions. Quant au dieu de la nuit, Xoalteuctli, on le confondait avec Meztli {la lune)y ou avec Xoaticill [déesse des berceaux). On l'invoquait comme protecteur du sommeil des enfants.

Huitzilipochtli ou Mexitli, le terrible dieu de la guerre, dont le nom signifie le guerrier gaucher ^ était sans contredit la divinité la plus honorée chez les Aztèques, qui, nous l'avons vu, se considéraient comme ses protégés spéciaux. Les uns prétendaient que ce dieu était un pur esprit, d'autres qu'il était de nature humaine.

D'après la tradition, vivait à Coatépec, ville voisine de l'antique cité de Tula, une femme nommée Goatlicué, dévouée au culte des dieux. Un jour que, selon sa coutume, elle balayait le temple, elle vit tomber du ciel une boule formée de plumes qu'elle ramassa et garda sur sa poitrine, se proposant de se servir de ces plumes pour orner l'autel. Sa tâche terminée, elle chercha en vain la boule, et en même temps elle se sentit grosse. Sa grossesse se dessina, et ses fils la remarquèrent. Or, bien qu'ils ne missent pas en doute la vertu de leur mère, redoutant la honte qui rejaillirait sur eux de sa délivrance, ils résolurent de la tuer.

Goatlicué, ayant eu connaissance des intentions de ses fils, fut prise de peur. Aloi-s qu'elle se désolait, elle entendit sortir de sa poitrine une voix qui lui dit : « N'ayez aucune crainte, ma mère, je vous sauverai avec honneur pour vous et gloire pour moi. » Néanmoins ses fils, excités par leur sœur Coyolnauhqui, plus exaltée qu'eux, se disposaient à commettre le crime qu'ils avaient prémédité, lorsque naquit Huitzilipochlli, un bouclier dans la main gauche, un dard dans la main droite, la tête surmontée d'un panache vert, le visage rayé d'azur, la jambe gauche ornée de plumes. Aussitôt né, il fit apparaître un serpent qui, transformé en torche, consuma Coyolnauhqui, comme la plus coupable. Éclairé par ce flambeau, le dieu se précipita lui-même sur ses frères avec une si grande impétuosité qu'en dépit de leurs efforts et de leurs prières ils furent massacrés. Ces faits consternèrent ceux qui en furent témoins et valurent au terrible nouveau-né le nom de Tétzahuitl {épouvanté).

Protecteur attitré des Aztèques, ce fut Huitzilipochtli, selon leurs traditions, qui les amena près des lacs au milieu desquels ils fondèrent la ville de Mexico. Là, ils érigèrent cet immense temple si vanté par les Espagnols, où se dressait une statue colossale de la féroce divinité. Cette statue, taillée dans du bois, représentait un homme assis sur un socle peint en bleu destiné à figurer le ciel, et de chaque angle duquel sortait un serpent. Le front de l'idole était teint d'azur, et son visage traversé par une bandelette de même couleur, allant d'une oreille à l'autre. Sur sa tête se dressait un casque en forme d'oiseau, dont le bec d'or tenait un panache de plumes vertes. Autour du cou de la monstrueuse figure, s'enroulait un collier représentant dix cœurs humains. De la main droite, elle tenait, en guise de sceptre, un serpent onduleux de couleur azurée, et de la gauche un bouclier frangé de plumes jaunes, sur lequel se voyaient cinq

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boules, également formées de plumes et disposées en croix. De la partie supérieure du bouclier partaient quatre flèches, envoyées disait-on au dieu par le ciel, comme récompense de ses terribles actions. On le coiffait aussi d'une tôte de vautour ou de tigre (fig.43).

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Fio. 13. — Huitzilipochtli. — D'après le manuscrit Le Tellier (Bibliothèque nationale).

Notons que, sur le corps de la hideuse statue, s'étalaient de nombreuses images d'animaux en or, ou taillés dans des pierres précieuses, ornements dont chacun avait une signification. Le dieu était toujours caché par un voile, en signe de respect. Lorsqu'une guerre éclatait, les Aztèques accouraient implorer son secours, et c'est à lui qu'ils sacrifiaient le plus grand nombre de victimes humaines.

n LES AZTÈQUES.

Outre un de ses jeunes frères, Tlacahuépan-Cuéxcotzin, qui, de même que lui, présidait aux choses de la guerre, Huitzilipochtli avait un lieutenant nommé Paynal (véloce), chargé de présider aux attaques imprévues, surprises ou assauts. En cas de guerre, des prêtres plaçaient l'image de cette divinité sur leurs épaules et parcouraient les inies de la ville au pas de course. A sa vue, tous les militaires devaient aussitôt prendre les armes.

En tête des dieux considérés comme secondaires par la mythologie aztèque, vient se ranger Xacateuctli ou Yacatécutli {celui qui guide)j lequel présidait au commerce. Les négociants aztèques, très nombreux et très bien organisés, le fêtaient deux fois par an, par des sacrifices et des banquets.

Le dieu de la chasse, Mixcoatl {serpent nébuleux)^ était surtout adoré par les Otomites, qui, vivant dans les forêts, étaient presque tous chasseui's. Ce dieu possédait néanmoins deux temples à Mexico, et on lui sacrifiait des animaux sauvages.

Opochtli {main gauche) était le dieu de la pêche. Il passait pour rinventeur des filets et autres engins propres à capturer le poisson. Â Guitlahuac, ville située dans une petite île du lac Ghalco, on le vénérait sous le nom d'Âmimitl.

Les nombreuses salines qui existent encore autour de Mexico occupaient de nombreux ouvriers, et ils avaient pour protectrice Huixtocihuatl, déesse du sel, à laquelle on sacrifiaitdes jeunes filles.

Fait singulier, c'était une femme, la déesse Tlapotlazénan, qui présidait à l'art de guérir. On lui attribuait la découverte des principaux médicaments en usage, et surtout celle de Vuxitlj sorte de térébenthine qui servait de base aux onguents.

Tezcatzoncatl, dieu du vin, était désigné sous plusieui^ noms peignant les effets de l'enivrante boisson qu'il avait inventée. On l'appelait Téquéchmécaniani {celui qui étrangle) ou Téotlahuiani {celui qui submerge). Trois cents prêtres, dans la seule

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ville de Mexico, étaient consacrés à son culte. Le jour où Ton célébrait sa fête, le prêtre chargé de le représenter se chaussait de sandales blanches, parait ses cheveux de plumes de héron, et ornait le manteau dont il se couvrait les épaules de petits coquillages blancs.

Ixthlton {visage noir)y nommé aussi Tlatélécuin {qui frappe ow creuse la terre\ semble avoir présidé à la médecine. Les pères portaient dans son temple leurs enfants malades, et s'efforçaient de faire danser les pauvres petits devant l'idole, leur dictant les prières qu'ils devaient réciter pour recouvrer la santé. Après cette cérémonie, les enfants buvaient une liqueur préparée par les prêtres.

Goatlicué ou Goatlantona {jupe de couleuvre)^ déesse des fleurs, était peut-être la mère de Huitzilipochlli. Les jardiniers, à l'entrée du printemps, lui effilaient des guirlandes de fleurs habilement tressées, art charmant dans lequel les Indiens excellent encore.

Tlazoltéotl {déesse des vilenies) se nommait aussi Ixcuina et Tlaélquani. C'était la divinité qu'invoquaient les coupables pour obtenir non seulement le pardon de leurs fautes, mais pour échapper à l'infamie qui pouvait en résulter. Ses prêtres, au nom de Tezcatlipoca, avaient le droit d'accorder un pardon absolu aux coupables qui venaient leur avouer leurs erreurs ou leurs crimes, et c'était là une véritable confession auriculaire. Le pénitent devait éviter de retomber dans les péchés dont il avait obtenu l'absolution, car Tezcatlipoca ne pardonnait la même faute qu'une seule fois. La déesse Tlazoltéotl et ses quatre sœurs : Tiacapan, Teicu, Tlaco et Xocoyotzin, correspondaient, par leurs attributions, à la Vénus impudique des anciens.

Xipé totec (J,e chauve ou Vécorcheur) était le dieu des orfêvi*es. On le vénérait d'autant plus qu'il se vengeait de ceux qui négligeaient son culte en les affligeant de maux de tête et d'ophtalmies, sans compter la gale et les abcès. On traînait par les cheveux les

victimes destinées à ses autels, et ses dévols s'affublaient de la peau des hommes écorchés durant les fêles. C'était là, paraît-il, une menace à l'adresse de ceux qui dérobaient de Tor ou de IVgent, et que Ton châtiait par ce terrible supplice,

Napateuctli {quatre fois seigneur) possédait une chapelle — deux d'après Sahagun — dans le grand temple de Mexico. Il était le protecteur des ouvriers en sparterie. On le disait bon, libéral et toujours prêt à pardonner les injures, il passait pour être un des ministres de Tlaloc.

Omacatl ou Oméacatlomacatl {deux roseaux) était le dieu des réjouissances, une sorte de Comus. Il assistait, du moins en image, aux banquets que donnaient les grands seigneurs. Dans ces occasions on empruntait au temple l'idole consacrée à ce dieu, et on la plaçait au milieu des convives. Négliger ce soin, c'eût été s'exposer à un malheur.

Tonantzin {notre mère) semble être la déesse Cihuacoatl. Son temple s'élevait près d'une colline, à 3 kilomètres de Mexico. Presque au même endroit se dresse aujourd'hui le sanctuaire catholique le plus célèbre du nouveau monde, la chapelle de Notre-Dame de Guadaloupé, vierge qui apparut à l'Indien Juan Diego, et que les Mexicains modernes ont adoptée pour patronne. Jusqu'en 1853, le clergé toléra que les Indiens, vêtus comme ils l'étaient au temps de Moteuczoma, se livrassent à la danse dans l'intérieur même de la chapelle. Depuis, l'archevêque de Mexico a cru devoir interdire ces divertissements, qui s'exécutaient autrefois en l'honneur de Tonantzin. Mais les Indiens sont tenaces dans leurs coutumes : chassés de l'église, ils dansent mamtenant sur son parvis.

Téotéoïnan, comme l'indique le sens aztèque de son nom, était la mère des dieux ; les blanchisseuses l'invoquaient sous le nom de Técitzin.

MÉTAMORPHOSES. 9o

Terminons celle longue nomenclature en mentionnanl Hamateuclli {vieille danve\ prolectrice des femmes âgées; puis les Téopiclons, dieux domestiques que Ton représentait par des figurines. Les rois devaient posséder six de ces idoles dans leur demeure, les nobles quatre et les plébéiens deux. Sur les routes et dans les rues des villes, ces images se voyaient par centaines.

Outre les dieux que nous venons d'énumérer, la mythologie mexicaine en comptait deux cent soixante autres auxquels étaient consacrés autant de jours de l'année. Les noms des jours des treize premiers mois du calendrier aztèque sont aussi ceux de divinités secondaires.

Les autres nations de TAnahuac vénéraient à peu près les mêmes dieux que les Mexicains, seulement, elles ne les adoraient pas toujours de la même façon. Si, à Mexico, le dieu principal était Huitzilipochtli, c'était Quétzacoatl à Cholula, Centéotl chez les Tolonaques, Mixcoatl chez les Otomites. Les Tlaxcaltèques, rivaux des Aztèques, adoraient néanmoins les mêmes dieux ; mais chez eux Huitzilipochtli portait le nom de Camaxtlé.

Il y a, dans la mythologie mexicaine, quelques exemples de métamorphoses. Ainsi Ton racontait qu'un nommé Xapan, ayant résolu de faire pénitence sur une montagne, fut tenté par une femme et commit un adultère. Il fut aussitôt décapité par Xaotl, que les dieux avaient chargé de veiller sur sa conduite. Non content de ce châtiment, Xaotl poursuivit la femme, qui fut transformée en scorpion. Les dieux, considérant alors que leur mandataire avait outrepassé sa mission, le métamorphosèrent à son tour en sauterelle. C'est à la honte du délit qui lui avait valu sa transformation que les Aztèques attribuaient la coutume, bien connue des naturalistes, qu'a le scorpion de se cacher sous les pierres et de fuir la lumière.

Les divinités grecques, selon la juste remarque du licencié

Orozco, laissaient admirer à leurs dévols leurs formes correctes, caressées avec amour par le pinceau des peintres ou le ciseau des sculpteurs, et les déesses montraient avec une impudique placidité leurs grâces plastiques. Chez les Aztèques, les images des dieux sont laides, et le plus souvent défigurées par un symbolisme fantastique, destiné à produire une impression d'épouvante. Œuvre d'un peuple moralisé, mais encore barbare au point de vue artistique, les statues des dieux aztèques sont chastes d'attitude et toujours couvertes de vêtements. Elles portent l'empreinte d'imaginations sé^rères, rudes, mélancoliques, qui ne sacrifient pas encore aux raffinements sensuels qu'amène la civilisation, et cherchent le respect dans la terreur.

Le nom, le culte des dieux dont nous venons de secouer la poussière ont-ils complètement disparu de la mémoire des Aztèques modernes ? Nul d'entre eux ne se souvient-il plus du sang versé par ses ancêtres devant les images grimaçantes dont les débris peuplent aujourd'hui nos musées? En un mot, le passé estil mort dans leur souvenir, et la nouvelle religion qui leur a été imposée par la main vigoureuse des Espagnols a-t-elle complètement effacé de leur esprit les divinités redoutables autrefois si vénérées ? Pour ceux qui ont vécu parmi eux,, tout semble le faire croire. Téotihuacan est désert, et ses forêts, déjà séculaires, couvrent les monts aux sommets desquels se dressaient jadis les statues orgueilleuses de Tlaloc, de Tezcatlipoca, de Gentéotl. Et pourtant, dans des grottes découvertes à l'improviste, je me suis trouvé plusieurs fois en présence d'une figure de Mictlanteuctli,au pied de laquelle était déposée une récente offrande de vivres. Ces offrandes étaient-elles un hommage au dieu proscrit, ou celles d'un moderne sorcier au diable des chrétiens? L'Indien est muet lorsqu'on l'interroge sur ces matières, et l'imagination a libre carrière pour adopter l'une ou l'autre interprétation.

Les idoles. — Culte. — Le grand temple de Mexico. — Temples secondaires. Prêtres et prêtresses. — Ordres religieux.

Le nombre des idoles révérées dans les temples, dans les maisons, sur les chemins et dans les forêts de l'Analiuac était si considérable que Zumarraga, le premier évêque de Mexico, affirme que les seuls moines de Saint-François en détruisirent plus de vingt mille dans l'espace de huit ans. La plupart de ces idoles étaient en terre cuite, en bois, en granit, parfois en or, ou môme taillées dans des pierres précieuses. Benedilo Fcrnandez, célèbre dominicain, trouva, sur une montagne d'Achiotla, dans la Mistèque, une petite idole désignée sous le nom de cœur du peuple. C'était une magnifique émeraude longue de quatre doigts, large de deux, portant l'image d'un oiseau enlacé par un serpent. Les Espagnols offrirent mille cinq cents piastres pour ce joyau au zélé missionnaire, qui, ne voyant là qu'une œuvre du démon, refusa de le vendre et le brisa devant les Indiens. Nous avons, en énumérant les principaux dieux, décrit la façon dont on les représentait. La Mort {MiquizUi), qui ne paraît pas avoir été divinisée chez les Aztèques, était pourtant adorée et figurée par un monstre prêt à saisir une invisible proie (fig. 14).

Tous les peuples de l'Anahuac adoraient leurs dieux en touchant le sol du doigt médium de la main droite, en portant à leur bouche la poussière qui y restait attachée, puis par des prosternations, des jeûnes et autres macérations. Ils leur adressaient leurs;

BiBL. ETiiN. — Les Aztèques, 7

prières accroupis, le visage tourné vers le levant ; aussi la porte des temples faisait-elle toujours face au couchant.

Les Aztèques prenaient les dieux à témoin de leur véracité, et la formule de leur serment était : Par hasard^ Dieu ne im voit-il

pas? Dans ce cas, ils touchaient la terre de leur main droite et la baisaient ensuite.

Le serment avait une grande valeur devant les tribunaux lorsqu'il s'agissait de se justifier d'un délit, car on ne croyait pas qu'un homme fût assez téméraire pour invoquer à faux le nom des dieux.

Les Aztèques, durant leui*s longues pérégrinations, construisaient, dans tous les lieux où ils séjournaient, une cabane sacrée pour abriter et adorer leur dieu tulélaire, Huitzilipochtli, et nous avons vu que ce fut un de leurs premiers soins dès qu'ils eurent fondé Mexico. L'humble cabane de roseaux qu'ils élevèrent devint peu à peu un édifice important, autour duquel ils en groupèrent d'autres destinés aux dieux qu'ils considéraient comme secondaires. Les temples étaient désignés FiG. 14. - Aiiquiztii. sutue par les uoms géuériqucs de Téopan et de

.trouvée près de Téhuacan de m w / > j j» \

las Granadas, dont un mou- Téocalli {maisous dc dteu), uoms qui scrlage existe au Musée d'eth- vent de uos jours à Icurs descendants

nographie du Trocadéro. ^

pour qualifier les églises catholiques.

Itzacoatl, durant son règne, transforma le rustique abri en un édifice imposant que son successeur, Motcuczoma Ilhuicamina, modifia, embellit et agrandit à son tour. Enfin Ahuitzotl construisit le vaste monument que son prédécesseur, Tizoc, avait com-

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