‹ Les AztèquesChapitre 11 sur 49 · COSMOGONIE · texte numérisé non relu

COSMOGONIE

avait été créé un grand poisson nommé Cipaclli, chargé de soutenir la terre et de la diriger.

La première femme eut un fils ; comme il n'avait pas de compagne, les dieux lui en fabriquèrent une avec un cheveu. Le demi-soleil éclairant imparfaitement la terre, Tezcatlipoca se chargea de façonner un astre complet. Pour les Nahuallacas, le soleil et la lune erraient dans le vide, sans jamais toucher aucun ciel. Le soleil, curieux détail, parcourait la moitié de l'espace ouvert devant lui, puis rétrogradait. Son image, à l'occident, n'était que son reflet. Enfin les qUatre dieux créèrent les géants, et Huilzilipochtli vit alors ses os se couvrir de chair.

Mais la discorde se mit entre les créateurs. Quétzacoatl, d'un coup de bâton, précipita Tezcatlipoca dans l'eau oùil se transforma en tigre, et prit la place de son frère comme soleil. Après une période de plus de six cents ans, le grand tigre Tezcatlipoca, donnant un coup de patte à Quétzacoatl, le précipita à son tour du ciel. La chute du dieu produisit un tel vent que presque tous les hommes périrent ; ceux qui survécurent se trouvèrent transformés en singes.

Les querelles des dieux furent lentes à s'apaiser. Tezcatlipoca fit pleuvoir du feu sur la terre, Chalchiutlicué la noya, et il fallut la repeupler. Camaxtlé-Huitzilipochtli, frappant alors un rocher de son bâton, en fit sortir les Chichimèques-Otomites, qui peuplèrent la terre avant les Aztèques.

Arrêtons-nous. Et pourtant, ainsi que l'a judicieusement remarqué le licencié Orozco, ces fables, si absurdes qu'elles paraissent, renferment des mythes astronomiques, religieux et sociaux. Elles nous montrent les idées des peuples de l'Anahuac touchant la création de la terre et les rapports qu'ils imaginaient exister entre cette dernière et le ciel. De même que beaucoup d'autres peuples, les Nahuatlacas étaient convaincus que le conflit

des quatre éléments : eau, feu, terre et eau, avait amené de grands cataclysmes. On voit, dans leurs fables, poindre l'idée d'un dieu unique. L'astronomie naît, les racoshumaines, avec leurs couleur typiques, sont déjà classées. Les arts domestiques apparaissent avec le maïs donné en dot à la première femme. Au lieu de l'Atlas des Grecs, des colonnes des Védas, des éléphants des Hindous, c'est une baleine qui porte le monde ; mais quelle curieuse analogie ! Enfm une nation apparaît ; les Chichimèques surgissent sous la baguette d'un dieu frappant un rocher, l'humanité commence.

Abordons, maintenant, la cosmogonie particulière du peuple dont nous essayons de reconstruire le passé, puis sa mythologie.

La cosmogonie et la mythologie aztèques, de même que celles de toutes les nations, sont évidemment l'histoire primitive altérée par la tradition orale, transformée par l'imagination et symbo- Usée. Les dieux mexicains, de même que ceux des Grecs, ont été de grands hommes que l'on a peu à peu divinisés. Ainsi, à ne pouvoir en douter, le fameux dieu de l'air, Quélzacoatl, a été un législateur, et Huitzilipochlli, ce Mars sanguinaire qui faisait égorger sur ses autels ceux qu'il épargnait dans les combats, un guerrier fameux. Mais vouloir aujourd'hui rendre à la vérité historique ces figures du passé serait se perdi'e dans des hypothèses, aussi ne l'essayerons-nous pas.

D'après les peintures idéographiques conservées à Rome et connues sous le nom de Collection du Vatican^ les Aztèques croyaient que quatre soleils, créés successivement par la volonté d'un dieu, avaient éclairé la terre. Le premier de ces astres, Atonathiu ou soleil (TeaUy s'éteignit un jour et produisit un déluge. Le deuxième, Ehécatonathiu, expira en déchaînant un vent auquel rien ne put résister. Le troisième, Tlétonalhiu, détruisit la terre par le feu, et enfin le quatrième, Tlatonathiu, amena, par sa

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création, l'état de choses que nous voyons aujourd'hui. Remarquons que l'ordre dans lequel parurent ces soleils a été souvent interverti, selon que les manuscrits consultés ont été lus de gauche à droite ou de droite à gauche.

Au résumé, selon les Aztèques, qui, du reste, avaient empininté cette cosmogonie aux peuples qu'ils avaient remplacés dans l'Anahuac, le genre humain aurait été anéanti à trois reprises différentes, et la terre repeuplée autant de fois par des couples échappés à ces cataclysmes. D'après le calcul approximatif des époques assignées à chacune de ces destructions, notre globe noyé, rasé, puis brûlé, serait âgé de vingt mille ans environ.

Bien que d'une façon assez imparfaite, les Aztèques avaient l'idée d'un Être suprême, indépendant et absolu. Comme ils le tenaient pour invisible, ils ne tentèrent jamais de le représenter par des images, et ils le désignaient sous le nom générique de Téotly Dieu. Ce mot Téotly plus semblable encore par le sens que par la prononciation au Théos des Grecs, a donné lieu à de savantes dissertations sur l'origine des habitants du nouveau monde. Au résumé, il n'est qu'une rencontre curieuse dont on ne peut, croyons-nous, tirer aucune conséquence.

Pour peindre la grandeur de ce Dieu par excellence, les Aztèques se servaient des épithètes les plus expressives. Ainsi, ils le nommaient Ipalnémoani {celui par lequel on vit) ou Tloqué nahuaqué {celui qui renferme tout). Mais la connaissance de cette suprême divinité s'effaçait devant une multitude de dieux secondaires, enfantés par la superstition. Notons qu'à Téotl on opposait un esprit nuisible, ennemi de la race humaine, nommé TIacatécolotl {hibou raisonnable). Dans les croyances aztèques, cet esprit ne se laissait voir des hommes que pour les épouvanter ou leur causer quelque préjudice; il remplissait le rôle du Satan des chrétiens.

Les Aztèques, de même que les autres nations de TAnaliuac en voie de civilisation, croyaient à l'existence de l'âme, et la regardaient comme immortelle. Du reste, ainsi que le démontrent leurs rites funèbres, ils accordaient la même prérogative au principe qui anime tous les êtres vivants. D'après eux, trois lieux principaux servaient de refuge aux âmes séparées des corps qu'elles avaient habités. L'âme des soldats morts en combattant, celle du prisonnier sacrifié par Tennemi et celle de la femme qui succombait durant le travail de l'enfantement étaient transportées dans la demeure du soleil, pour y jouir d'une vie de délices. Chaque matin, ces âmes célébraient le lever de l'astre par des hymnes, des danses, des concerts, et elles l'accompagnaient jusqu'au zénith. Là, des âmes de femmes, venues à sa rencontre, escortaient à leur tour le dieu jusqu'à son coucher, avec les mêmes démonstrations d'allégresse. Après quatre années de cette vie a glorieuse )o, les âmes allaient animer les nuages, les oiseaux à voix harmonieuses et à plumage éclatant; libres de s'élever dans les profondeurs du ciel ou de descendre sur la terre pour y savourer le nectar des fleurs ou chanter.

Ces derniers pri^^llèges, les Tlaxcaltèques ne les accordaient qu'à l'âme des nobles, qui, outre le corps des oiseaux chanteurs ou à riche plumage, vivifiaient, d'après eux, celui des quadrupèdes doués d'instincts généreux. Quant aux âmes des plébéiens, elles se réfugiaient dans le corps des scarabées ou d'autres bêtes infîmes. Le système de la transmigration pythagoricienne eut donc, vers le sixième siècle, des partisans dans le nouveau monde.

Toujours d'après les Aztèques, l'âme de ceux qui mouraient frappés delà foudre, noyés, ou par suite de tumeurs, d'hydropisie, de plaies, etc., s'envolaient, de même que l'âme des enfants sacrifiés à Tlaloc, dieu des eaux, dans un séjour frais et agréable

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nommé Tlalocan, ou elles goûtaient des plaisirs variés et se nourrissaient de mets délicieux. Dans l'enceinte du grand temple de Mexico, existait un lieu réservé où, certain jour de Tannée, toutes les âmes des enfants venaient soi-disant se réunir. Enfin un enfer, nommé Mictlan^ servait de résidence au dieu Mictlanteuctli et à sa lieutenante, la déesse Mictlancihuatl. Dans cet enfer, situé au centre de la terre, les âmes n'avaient à souffrir que d'une seule peine, terrible pour des gens accoutumés aux splendeurs du soleil tropical : celle de vivre dans l'obscurité.

Les Aztèques conservaient des traditions sur la création du monde, sur un déluge universel, sur la confusion des langues et la dispersion des hommes à la surface du globe, faits représentés dans un grand nombre de leurs peintures hiéroglyphiques. Ils racontaient que, les premiers habitants de la terre ayant été noyés par des pluies incessantes, un ^eul homme, nommé Goxcox, et une femme, nommée Téocipatli, avaient pu, comme Noé, se sauver dans une barque et aborder près de la montagne de Colhuacan. Les deux fugitifs eurent par la suite beaucoup d'enfants, qui tous naquirent et demeurèrent muets, jusqu'au jour où une colombe, du haut d'un arbre, leur apprit à chacun une langue différente.

Après Téotl, le principal dieu des Aztèques se nommait Tezcatlipoca {miroir luisant), et les images qui le représentaient tenaient toujours un de ces instruments à la main. On le nommait aussi (( Ame du^monde », car il passait pour le créateur du ciel et de la terre, pour le maître de toutes choses, pour la Providence. On le personnifiait sous les traits d'un jeune homme, car les ans ne pouvaient rien sur lui, et pour cette raison on le nommait aussi Telpuctli. C'était ceMieuqui récompensait les justes, et qui châtiait les méchants en les affligeant de maladies. Cependant, sous le nom de Nécoc-Yaotl {semeur de discordes), il passait

pour armer les hommes et les porter à s'entre-détruire. Dans les villes, à Tencoignure des rues, existaient des sièges de pierre ornés de verdure destinés à lui servir de lieu de repos, sièges sur lesquels il était défendu de s'asseoir. On le disait descendu

FiG. 8. — Tezcatlipoca. Terre cuite trouvée à Nahualac (Etat de Mexico), *par M. D. Charnay. (Musée d'ethnographie du Trocadéro.)

du ciel à l'aide d'un fil d'araignée. A son arrivée sur la terre, il avait combattu, poursuivi et chassé de l'Anahuac Quétzacoalt, grand prêtre du royaume^de Tula, qui plus tard fut rangé luimême au nombre des dieux.

La principale image de Tezcatlipoca, richement parée, était en

TEZCATLIPOCA. "H

téotetl (pierre divine), sorle de marbre noir brillant. Ses oreilles étaient ornées d'anneaux d'or, et de sa lèvre inférieure pendait un tube de cristal renfermant une plume verte ou bleue simulant une pierre précieuse. Ses cheveux étaient retenus par un cordon d'or auquel pendait une oreille du même métal, emblème de la prière des affligés. Sa poitrine était couverte d'or massif, et ses bras portaient des bracelets également en or. Une émeraude figurait son nombril, et il tenait de la main gauche un éventail d'or garni de plumes multicolores, figurant un miroir à l'aide duquel il voyait ce qui se passait sur la terre. Parfois, pour symboliser sa justice, on le montrait assis sur un banc, enveloppé d'une étoffe rouge sur laquelle étaient brodés des crânes et des ossements humains. 11 tenait alors de la main gauche un bouclier et quatre flèches, tandis que sa main droite, levée, se disposait à lancer un dard. Tout son corps était peint en noir, et sa tête couronnée de plumes de perdrix.

Nous rapporterons, à titre de curiosité, une prière que ses dévots adressaient à Tezcatlipoca, et qui semble une paraphrase de notre Pater noster. Cette prière est citée sans commentaire par Sahagun et par Torquémada.

« Dieu puissant, disaient les fidèles, qui nous donnez la vie et dont nous sommes les esclaves, faites-moi la grâce suprême de m'accorder à manger et à boire, de me faire jouir de votre clémence, afin qu'elle me soutienne dans mes travaux et dans mes besoins. Ayez pitié de moi, qui vis triste, pauvre, abandonné, et . puisque je vous sers en bîilayant votre temple, ouvrez-moi les mains de votre miséricorde.. »

Ométeuctli {deux fois seigneur) et Omécihualt (deux fois femme) étaient des divinités qui, dans le ciel, habitaient une ville enchantée, séjour de tous les plaisirs. De là, elles veillaient sur le monde, Ométeuctli chargé de donner aux hommes leurs

inclinations, et Omécihualt de présider à celles des femmes. On racontait que cette dernière, déjà mère de nombreux enfants, mit un jour au monde un couteau de silex que ses fils indignés lancèrent sur la terre. En tombant, le couteau donna naissance à mille six cents demi-dieux. Ceux-ci, ne trouvant personne pour les servir — la terre venait d'être dépeuplée par un fléau — envoyèrent une ambassade à leur mère pour lui demander le don de créer des hommes. La déesse répondit que, si leurs pensées eussent été dignes de leur origine, ils seraient venus habiter près d'elle. Étant donné qu'ils préféraient vivre sur la terre, ils devaient avoir recours à Mictlanteuctli, dieu des enfers, afin d'obtenir de lui des os humains qu'ils arroseraient de leur sang et desquels naîtraient un homme et une femme qui se multiplieraient. Elle les engagea à se méfier du dieu des enfers, qui, après avoir accédé à leur demande, pourrait se repentir de sa complaisance. Suivant le conseil de sa mère, un des demi-dieux, Xolotl, descendit au centre de la terre. Après avoir obtenu ce qu'il désirait, il s'éloigna en courant. Mis en méfiance par cette fuite, Mictlanteuctli le poursuivit; mais, n'ayant pu l'atteindre, il rentra dans son empire, i Dans sa fugue précipitée, Xolotl fit une chute et rompit en plusieurs morceaux d'inégale grandeur l'os qu'il portait. Il ramassa ces débris, rejoignit ses frères, puis, les précieux fragments ayant été placés au fond d'un vase, chacun les arrosa de son sang. Le quatrième jour naquit un garçon, et le septième jour une fille, enfants que Xolotl se chargea de nourrir avec du suc de chardon. De cette tradition est née la coutume, si commune parmi les nations de l'Anahuac, de se saigner fréquemment sur quelque partie du corps. En outre, la cause de la différence de taille qui se remarque parmi les hommes s'expliquait, pour les Aztèques, par la grosseur inégale des fragments de l'os brisé.

TONATHIU. 79

Ométeuclli se nommait aussi Gitlatonac^ et Omécihuatl, Gitlaticué.

Parmi les déesses de la mythologie mexicaine, la principale était Cihuacohuatl (femme-serpent). On la considérait comme la première femme qui eût enfanté, et elle mettait invariablement au monde des gémeaux. Elle se laissait souvent voir des hommes, toujours richement parée et chargée d'un berceau au fond duquel reposait un nouveau-né; cette apparition présageait un malheur. Les Aztèques voyaient une incarnation de cette déesse dans le tabac.

Le soleil et la lune, le premier sous le nom de Tonathiu^ la seconde sous celui de Meziliy furent divinisés par les Aztèques. Le genre humain reconstitué de la façon qui a été rapportée, tous les demi-dieux eurent leurs serviteurs et leurs partisans. Mais le soleil primitif s'étant éteint, ils se réunirent à Téotihuacan autour d'un grand feu, et déclarèrent à leurs serviteurs que celui d'entre eux qui oserait se jeter dans ce brasier serait transformé en soleil. Aussitôt un homme plus intrépide que ses compagnons, Nanahuatzin. se précipita dans les flammes et descendit en enfer. Les assistants demeurèrent dans l'attente, très anxieux de savoir sur quel point du ciel allait apparaître le nouveau soleil. Enfin, l'astre se leva du côté nommé depuis lors orienty puis, à peine au-dessus de l'horizon, il se tint immobile. Les demi-dieux l'invitèrent à continuer sa course, et le soleil répondit qu'il le ferait lorsqu'ils seraient tous morts. Cette réponse consterna les demi-dieux; un d'eux, nommé Citli, saisit son arc avec colère et lança vers le soleil une flèche que celui-ci évita en s'inclinant. Citli, sans plus de succès, lança deux autres flèches. Irrité à son tour, le soleil repoussa un des dards vers le provocateur et le lui cloua sur le front, blessure dont mourut Taudacieux.

Consternés du malheur arrivé à leur frère et ne pouvant lutter

contre le soleil, les demi-dieux résolurent de mourir par la main de Xololl, qui, après leur avoir ouvert à tous la poitrine, se tua ensuite lui-même.

Les hommes demeurèrent attristés de la mort de leurs maîtres. Mais bientôt le dieu Tezcatlipoca ordonna à l'un d'eux de se rendre au séjour du soleil et de le prévenir que, pour le voyage qu'il devait entreprendre sur la mer, on lui disposerait un pont de baleines et de tortues. Le dieu apprit lui-même au messager une chanson que celui-ci devait chanter durant sa mission. De là, selon les Aztèques, venait non seulement la découverte de la musique, mais leur coutume de célébrer la fête de leurs dieux par des chants et des danses. D'autre part, n'est-ce pas aussi dans l'affreuse immolation faite par Xolotl de ses frères qu'il faut chercher l'origine de ces holocaustes humains si communs parmi les anciens Mexicains ?

Une fable à peu près semblable à celle qui se racontait sur la naissance du soleil avait cours pour celle de la lune. Imitant l'exemple de Nanahuatzin, un homme s'était jeté dans le foyer allumé à Téotihuacan; seulement, les flammes ayant diminué d'intensité, il en sortit moins brillant que son prédécesseur, et fut transformé en lune. Dans les plaines de Téotihuacan, existent les ruines des deux temples dont l'un, dédié à l'astre du jour et ' l'autre à celui de la nuit, consacraient cette antique tradition.

Le dieu de l'air, chez toutes les nations de l'Anahuac, se nommait Quétzacoatl, c'est-à-dire serpent orné de plnnies. On racontait qu'il avait été grand prêtre de Tula, que c'était un homme à peau blanche, de haute taille, au front lai^ge, aux grands yeux, aux cheveux noirs et longs, à la bai'be touffue. Par décence, il portait toujours d'amples vêtements, et il était si riche qu'il possédait des palais d'argent et de pien^es fines. Industrieux, il avait inventé l'art de fondre les métaux et celui de travailler la

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pierre. Les lois qu'il avait données aux hommes prouvaient son savoir, et sa vie austère sa sagesse. Lorsqu'il voulait promulguer une loi, il envoyait sur le Tzatzitépetl {montagne des clameurs) un héros dont la voix s'entendait à cent lieues de distance.

FiG. 9. — Qaétzacoalt. Statuette aztèque, en terre cuite, trouvée préside Mexico. (Musée d'ethnographie du Trocadéro.)

Au temps de Quétzacoall, le maïs devenait si magnifique qu'un épis formait lajjcharge d'un homme. Les calebasses ne mesuraient pas moins de quatre pieds, et la teinture du colon devenait inutile, attendu qu'il en poussait de toutes les couleurs. Les autres produits de la terre atteignaient naturellement des dimensions

BIBL. BTHN. — Les Aztèques, 6

analogues à celles du maïs, et les oiseaux chanteurs ou parés de brillants plumages foisonnaient. Tous les hommes étaient riches alors. En un mot, les Aztèques croyaient que le règne de Quétzacoatl avait été l'âge d'or de la contrée qu'ils habitaient.

De même que le Saturne des Grecs, auquel on peut le comparer, le dieu d'origine toltèque abandonna son pays. Au milieu de sa prospérité, Tezcatlipoca, pour une raison inconnue, lui apparut sous la forme d'un vieillard et lui révéla que la volonté des dieux ordonnait qu'il se rendit dans le royaume de Tlapallan. En même temps, il lui offrit une boisson avec laquelle Quétzacoatl crut acquérir l'immortalité. Mais, à peine eut-il absorbé le breuvage qu'il fut saisi d'un désir si irrésistible de se rendre à Tlapallan qu'il se mit aussitôt en route, escorté de nombre de ses partisans qui chantaient des hymnes. Près de la ville de Cuauhtitlan, Quétzacoatl lança contre un arbre des pierres qui restèrent ^collées au tronc. Près de Tlanépantla, il posa sa main sur une roche qui en garda l'empreinte, moule que les Mexicains montrèrent aux Espagnols après la conquête.

Enfin, lorsque Quétzacoatl atteignit Gholula, les habitants de cette ville lui confièrent le pouvoir suprême. L'intégrité de sa vie,la douceur de ses mœurs, sa répulsion pour toute espècede cruauté séduisirent les Cholultèques. Ils apprirent de lui à fondre les métaux, art qui les rendit célèbres par la suite. Longtemps ils obéirent aux lois qu'il leur dicta. C'est à Quétzacoatl qu'ils attribuaient les rites de leur religion et leur connaissance de la division du temps.

Après un séjour de vingt années à Gholula, Quétzacoatl résolut de continuer son voyage vers la ville imaginaire de Tlapallan, emmenant avec lui quatre jeunes nobles. Parvenu dans la province de Goatzacoalco, il congédia ces disciples et les chargea d'annoncer aux Cholultèques qu'il reviendrait bientôt parmi -eux. Les Cholultèques confièrent le gouvernement de leur ville aux

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mandataires de leur bienfaiteur, en souvenir de l'amitié qu'il avait pour eux. Peu à peu, le bruit de la mort de Quétzacoatl se répandit; il fut alors proclamé dieu par les Toltèques de Cholula, puis déclaré protecteur de leur cité, au centre de laquelle ils élevèrent en son honneur une haute montagne qu'ils couronnèrent d'un temple. De Cholula, le culte de Quétzacoatl, vénéré comme dieu de l'air, s'étendit dans tout le pays. Les Cholultèques conservèrent longtemps avec piété de petites pierres vertes, admirablement travaillées, qui avaient, disaient-ils, appartenu à leur dieu favori. Les rois du Yucatan se glorifiaient de descendre de Quétzacoatl. Dévotions singulières, c'est lui qu'imploraient les femmes stériles pour avoir des enfants et, dans leurs expéditions nocturnes, les voleurs portaient une de ses images. Quétzacoatl passait pour dominer le dieu des eaux, le vent, dans les contrées où on l'adorait, précédant presque toujours la pluie.

Au résumé, les idées les plus contradictoires ont eu cours sur cette divinité qui, tantôt considérée comme étant d'origine céleste, tantôt comme un homme ayant conquis l'immortalité des dieux, semble être en réalité la réunion de plusieurs personnes. Le fait irrécusable, c'est que Quétzacoatl créa une nouvelle religion basée sur le jeûne, la pénitence et la pratique de la vertu. Il appartenait certainement à une autre race que celle qu'il civilisa; mais quelle était sa patrie? Il mourut en annonçant son retour à la tête d'hommes au visage blanc, et nous avons vu que les Indiens crurent sa prophétie accomplie lors du débarquement des Espagnols sur les côtes de leur pays.

D'après Sahagun, les ornements les plus ordinaires des images de Quétzacoatl étaient une mitre tachetée comme la peau d'un tigre, une chemisette brodée, des boucles d'oreilles en turquoises, puis un collier d'or supportant de fins coquillages. Les jambes de ces images étaient serrées dans des guêtres en peau de tigre, et

leui*s pieds chaussés de sandales noires. A leur bras gauche pendait un bouclier, et elles tenaient de la main droite un sceptre garni de pierres précieuses, insigne dont l'extrémité se recourbait comme celle de la crosse d'un évêque.

Le Neptune aztèque, nommé Tlaloc ou Ttalocateuctliyélaxl en même temps maître du paradis. On le qualifiait des titres de fécondeur de la terre^ de protecteur des biens temporels A\ passait pour habiter le sommet des hautes montagnes, régions où se forment les nuages, et c'était là qu'on allait l'implorer. Les historiens aztèques racontent que, lorsque les Alcolhuas arrivèrent sur le plateau d'Anahuac, durant le règne de Xolotl, premier roi des Chichimèques, ils trouvèrent sur le sommet du mont Tlaloc une idole de ce dieu taillée dans une pierre blanche assez légère; elle représentait un homme assis sur un socle carré, regardant vers l'orient, ayant à ses pieds un vase que l'on remplissait de gomme élastique et de toutes sortes de semences. Chaque année FiG. 10. - Tlaloc. statuette ^^ renouvelait cette offrande, comme reenserpentinetrouvéedaDs mercicment dcs récoltcs obtcnucs. Cette

les environs dOxaca. (Mus.

d'ethnogr.duTrocadéro.) statuc, cousidéréc commc la plus ancienne delà contrée, avait été dressée parles Toltèques. Elle demeura en ce lieu jusqu'au commencement du seizième siècle, époque à laquelle Nézahualpilli, roi d'Alcolhuacan, voulant conquérir l'amour de ses sujets, la remplaça par une autre taillée dans une pierre noire très dure. La nouvelle idole ayant été mutilée par la foudre, et les prêtres ayant déclaré que c'était là une vengeance

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