DIVISION DES TERRES
importantes du palais, de la magistrature et de l'armée furent Tapanage exclusif de la noblesse.
En général, les titres de noblesse étaient héréditaires chez les Aztèques, et plusieurs grandes familles, issues des fondateurs de Mexico, conservèrent leur influence jusqu'à l'heure de la conquête. Aujourd'hui encore il existe quelques branches de ces puissants d'autrefois, mais avilies par la misère et confondues avec la plèbe.
Les terres du Mexique étaient divisées entre la couronne, les nobles, les prêtres et les plébéiens, et le majordome du palais en possédait des plans très exacts. Les terres royales, sur ces cartes, étaient indiquées par la couleur pourpre; celles des nobles par un rouge foncé fourni par la cochenille ; celles du peuple par la couleur jaune. Dans ces plans, on voyait du premier coup d'œil les limites et les dimensions de chaque propriété, et ils servirent longtemps aux Espagnols pour régler les différends qui s'élevaient entre les Indiens. Plusieurs villages conservent de ces titres ; je citerai entre autres celui du village de Tilapa, dans la vallée d'Orizava, que j'ai vainement tenté d'acquérir. Dans ce document, se trouvent figurées non seulement les propriétés, mais les produits que l'on y récoltait et les animaux que l'on y rencontrait.
Parmi les biens inaliénables de la couronne, il en était dont certains dignitaires de la cour possédaient l'usufruit. Ces seigneurs ne payaient aucun tribut; seulement, à chacune de leuis visites au souverain, ils lui ofl*raient, en signe de vasselage, des fleurs et des oiseaux. En outre, l'entretien des palais et des jardins royaux leur incombait. Ces usufruitiers entouraient le roi lorsqu'il se présentait en public, ce qui leur valait des honneurs et des marques de respect. Lorsqu'un de ces seigneurs mourait, son fils atné lui succédait ; mais il perdait ses droits s'il changeait
de résidence, et un nouveau titulaire, nommé par le roi ou élu par les habitants du district, prenait aloi^ sa place.
Les domaines des nobles avaient pour origine des dons royaux, accordés comme récompense des services rendus à l'État, et ils se transmettaient de père en fils. Ces terres n'étaient pas inaliénables ; toutefois, il était interdit de les donner ou de les vendre à des plébéiens.
Dans les héritages, les Mexicains respectaient le droit d'aînesse. Cependant, si le premier-né de leurs fils était incapable d'administrer ses biens, le père pouvait choisir un autre de ses enfants, à la condition que cet héritier se chargeât de subvenir aux besoins de son aîné. Les filles, au moins à Tlaxcala, n'héritaient jamais; par cette disposition, on voulait éviter que des biens de famille passassent dans des mains étrangères.
Les majorats prirent naissance sur le sol d'Anahuac vers le douzième siècle, lorsque Xolotl, roi des Chichimèques, divisa les terres entre les nobles de sa nation et ceux d'Alcolhuacan. Ces donations furent faites sous la condition expresse, pour les favorisés, d*une fidélité inviolable, de la reconnaissance du pouvoir royal et de l'obligation, en cas de besoin, d'aider la couronne de leurs biens, de leur personne et des bras de leurs vassaux.
Les terres qui appartenaient aux villes et aux villages se divisaient en autant de lots qu'il y avait de quartiers; elles ne pouvaient être aliénées sous aucun prétexte, et certaines parties étaient affectées à pourvoir l'armée de vivres. Les rois d'Espagne assignèrent plus tard des terres aux Indiens et leur en concédèrent la possession perpétuelle. Ce soin a été vain. Grâce à l'influence de certains particuliers et à l'injustice de plusieurs juges, les Indiens se sont souvent vus déposséder. De nos jours, il est peu de villages, surtout dans les alentours des villes, qui ne soient en procès avec les municipalités de leurs puissantes voi-