‹ Les AztèquesChapitre 23 sur 49 · IMPOTS ET TRIBUTS · texte numérisé non relu

IMPOTS ET TRIBUTS

sines, pour défendre ce qui leur reste des terres que leur octroyèrent les rois d'Espagne, terres sans lesquelles ils cesseraient d'exister.

Toutes les provinces que conquéraient les rois aztèques étaient ordinairement partagées entre leurs favoris, et elles payaient à la couronne un tribut qui se composait d'une quantité de fruits, d'animaux et de minéraux déterminée par un tarif. En outre, les marchands, en guise d'impôt, devaient livrer une part de leurs marchandises, les artisans une part de leur travail. Dans la capitale de chaque province, existait un magasin destiné à recevoir les grains, les denrées, les vêtements, tous les objets recueillis par les percepteurs du district. Ces percepteurs, qui, comme insigne de leur charge, portaient une baguette d'une main et un éventail de l'autre, étaient détestés par le peuple, partout et toujoui^ ennemi du fisc, dont il voit mieux les inconvénients que l'utilité.

Les plébéiens étaient soumis à des corvées et tenus de tra* vailler aux embellissements delà capitale; toutefois, cette obligation cessait après leur mariage. Ils offraient alors un banquet aux préposés des travaux publics, leur présentaient leur femme, et recevaient, comme signe de libération, une hache de cuivre.

Les trésoriers de la couronne, en guise de registres, faisaient, ainsi que nous l'avons dit, usage de peintures où se trouvaient désignés non seulement les peuples tributaires, mais la nature, la quantité et la qualité des produits qu'ils étaient tenus de livrer. D'après ces statistiques, nombreuses dans la collection de Mendoza, Xocomocho, Huéhuétla et Mazatlan, unies à d'autres villes de la côte de l'océan Pacifique, devaient approvisionner annuellement le trésor royal de vêtements de coton, de quatre mille bottes de plumes de couleurs variées, de deux cents sacs de cacao, de quarante peaux de tigre et de cent soixante oiseaux d'espèces déterminées. Huaxyacac, Coyalpan et Atlacuéchahuaxan, villes zapo-

no LES AZTÈQUES.

tëques, étaient imposées de quarante lingots d'or et de vingt sacs de cochenille. TlachquiauhcOy Axotlan et Téotzapotlan fournissaient vingt vases d'une dimension convenue, remplis de poudre d'or. Tochtépec, Otatitlan, Gozamaloapam, avec d'autres villes du littoral atlantique, outre des vêtements de coton, du cacao et de l'or, payaient un tribut de vingt mille bottes de plumes, de six colliers d'émeraudes, de quarante morceaux d'ambre et de cristal de roche montés en or de façon à servir de pendants d'oreilles, auquel il faut ajouter cent outres de résine de liquidambar et seize mille charges de gomme élastique.

Tépéyacac, Quécholac, Técamalchalco, Acatzinco, etc., etc., fournissaient quatre mille sacs de chaux, quatre mille chaînes de grands bambous pour la construction des édifices, autant de petits pour la fabrication des flèches, plus une certaine quantité de matières aromatiques. Molinaltépec et ses voisines de la Terre- Chaude envoyaient six cents mesures de miel, quarante vases pleins d'ocre jaune, cent soixante haches de cuivre, quarante rondelles d'or et des turquoises. Les villes du pays des Tlahuicas versaient au trésor seize mille grandes feuilles de papyrus et quatre mille gourdes de tailles diflerentes. Les nattes, au nombre de huit mille, étaient fournies par Téhuiloxacan. Enfin, d'autres provinces envoyaient de la chaux, des poutres, des oiseaux et des quadrupèdes. Xiiotépec, ville des Otomites, payait un tribut de quarante aigles vivants, et, toujours d'après les peintures de la collection de Mendoza, nous savons encore que les Matlatzincos, soumis par le roi Axayacatl, devaient, outre les tributs ordinaires, cultiver un vaste terrain dont les produits appartenaient à larmée.

Ces énormes contributions, augmentées des produits de la guerre, des cadeaux des gouverneurs de provinces et de ceux des feudataires, rendaient les souverains si opulents que leur luxe

LUXE ET AllSÈHE. 141

émerveilla les conquérants espagnols. Par contre, ces charges écrasaient le peuple, qui les voyait croître sans cesse. Il est certain qu'une grande partie de ces richesses servait à payer les employés, les ministres, les magistrats, à récompenser les services rendus à l'État et aussi à secourir les veuves, les orphelins, les invalides, les vieillards, classes pour lesquelles les Aztèques ressentaient une vive compassion. Il est certain encore que, dans les temps de disette, les magasins royaux s'ouvraient pour le peuple ; mais combien de malheureux, qui pouvaient à peine payer leur tribut, n'en revoyaient jamais rien. Au poids écrasant de ces contributions il faut ajouter la dureté avec laquelle elles étaient recouvrées ; car celui qui se trouvait hors d'état d'y satisfaire était vendu comme esclave, et sa liberté payait la dette que son travail n'avait pu acquitter.

Au résumé, derrière le luxe inouï de la cour, se cachait la misère, qui découle naturellement de tout gouvernement despotique. Le roi, les nobles, les prêtres, les officiers, les classes privilégiées vivaient dans l'abondance; quant au peuple, attaché à la terre, fatigué de corvées, mal nourri, sans espérance de voir son sort s'améliorer, il peinait pour subvenir, non à ses besoins, mais à ceux des grands. Entre le roi et ses vassaux existait un abîme infranchissable, et ces derniers, les soldats surtout, considéraient la mort comme un bien, car elle leur ouvrait les portes d'un monde où leurs souffrances devaient enfin cesser. Oppresseur ou opprimé, ces deux mots, hélas! ne résument-ils pas l'histoire de l'homme à travers les siècles et dans tous les pays?

Naissance. — Baptême. — Mariages. — Cérémonies nuptiales. — Polygamie. Enterrements. — Crémation.

Lorsqu'une Mexicaine se sentait dans un état intéressant, elle communiquait cette nouvelle à ses proches. La famille se réunissait aussitôt pour féliciter la future mère et faire choix de la matrone qui aurait à l'assister. « L'heure mortelle » arrivée, si la patiente venait à succomber, on la parait de ses vêtements les plus luxueux; puis, après le coucher du soleil , son mari l'emportait sur ses épaules, escorté par nombre de matrones armées d'épées et de boucliers. Il s'agissait de défendre le corps de la défunte contre les entreprises des soldats novices, auxquels une étrange superstition faisait croire que l'un des doigts d'une femme morte dans l'enfantement était un talisman qui rendait invincible. Cette mutilation évitée, on déposait le corps sous les degrés du temple des déesses Gihuapilli {femmes célestes). Assisté de ses amis, le mari devait veiller pendant quatre jours encore sur la chère dépouille, menacée alors par les sorciers.

Dans les cas ordinaires,ia sage-femme lavait le nouveau-né et lui disait : ce Reçois cette eau, car ta mère est la déesse Chalchiutlicué. Ce bain effacera les souillures qui viennent de tes pères, nettoiera ton cœur et te donnera une bonne vie. » S'adressant ensuite à la déesse, elle lui demandait de l'exaucer. Prenant alors de l'eau avec la main droite et soufflant dessus, elle en humectait la bouche, la tête, la poitrine de l'enfant, et le baignait en disant :

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