DÉCLARATIONS DE GUERRE
le troisième ambassadeur s'adressait au peuple et lui expliquait les causes de la guerre. Les raisons mises en avant par les ambassadeurs étaient souvent efficaces, et ils faisaient si bien ressortir les avantages de la paix et les désavantages de la guerre qu'une réconciliation s'opérait Souvent les ambassadeurs emportaient une idole de Huitzilipotchtli et exigeaient qu'elle fût admise par les rebelles au nombre de leurs dieux. Si les dissidents se croyaient capables de résister, ils repoussaient cette exigence et renvoyaient l'idole étrangère. Mais, s'ils se considéraient comme trop faibles, ils rangeaient l'image parmi celles des dieux étrangers, faisaient aux ambassadeurs des dons de plumes, d'or et de bijoux, puis se soumettaient.
La guerre résolue, on le faisait aussitôt savoir à l'ennemi, afin qu'il se préparât, car les Aztèques regardaient comme une lâcheté indigne d'hommes vaillants d'attaquer par surprise. Néanmoins, on envoyait chez les ennemis des espions désignés sous le nom de souriSy afin qu'ils rendissent compte du nombre, de la qualité et des mouvements des troupes. Lorsque ces espions fournissaient d'utiles rapports, on les récompensait généreusement.
Enfin, après avoir offert plusieurs sacrifices au dieu de la guerre et aux divinités de l'État ou de la ville que Ton allait combattre, afin de se ménager leur bon vouloir, l'armée se mettait en marche par compagnies. Si elle était nombreuse, elle se divisait en corps de huit mille hommes commandés par un général.
(* C'est une des plus belles choses du monde que de les voir partir pour la guerre, a dit le Conquérant anonyme en parlant des Aztèques; ils marchent admirablement, leur tenue est magnifique, et ils font la meilleure figure qu'il soit possible de voir. Ils ont des soldats d'une bravoure extraordinaire, qui meurent avec la plus grande intrépidité. En combattant, ils chantent, dansent, sifflent et jettent des cris qui inspirent la terreur. »
Le lieu où se livrait la première bataille était un champ réservé dans chaque province pour celte fin. Le combat, ainsi que nous venons de le voir, commençait par un bruit d'instruments, de clameurs et de sifflements. Dans larmée de Texcoco^ le roi ou le général donnait le signal de la lutte en frappant sur un petit tambour suspendu à son épaule. Le premier choc était furieux, mais toute l'armée n'y prenait pas part ; des corps se tenaient en réserve pour les cas urgents. Quelquefois la bataille commençait par une grêle de flèches, de dards et de pierres ; puis, les armes de jet épuisées, on se sei'vait des casse-tête, des piques et des épées. Les chefs s'occupaient de maintenir leur troupe en ordre, de défendre l'étendard, de faire enlever les blessés et les morts, afin de les dérober à la vue de l'ennemi. Il y avait des soldats affectés à ce soin.
Quelquefois les Aztèques usaient de stratagèmes et d'embuscades. Ils se cachaient dans des fossés creusés à la hâte, ainsi que les Espagnols eurent occasion de l'apprendre à leurs dépens. Souvent aussi ils feignaient débattre en retraite pour attirer l'ennemi vers un lieu périlleux et assaillaient son arrière-garde avec des troupes fraîches. Nous l'avons dit: dans les combats, ils s'occupaient moins de tuer que de capturer des prisonniers; aussi la valeur des soldats ne se mesurait pas au nombre d'ennemis qu'ils tuaient sur le champ de bataille^ mais au nombre des prisonniers qu'ils ramenaient. Cette coutume servit beaucoup les Espagnols durant la nuit célèbre et terrible où il leur fallut abandonner Mexico. Lorsque leur général était tué ou leur étendard pris, les Mexicains, saisis d'une panique superstitieuse, fuyaient sans qu'aucune force humaine pût les retenir.
La bataille terminée, les vainqueurs célébraient leur triomphe par des cris d'allégresse, et le général récompensait les officiers et les soldats qui lui présentaient des prisonniers. Lorsque le roi