‹ Les AztèquesChapitre 32 sur 49 · L'AGAVE · texte numérisé non relu

L'AGAVE

propriété diurétique, cette plante servait de remède contre plusieurs maux.

Mais, à propos de cette broméliacée qui avait une importance extrême pour les Aztèques, laissons parler le père Motolinia(le pauvre) qui arriva au Mexique trois ans après la prise de Mexico par Fernand Cortez :

« Le m€tl est un arbuste ou chardon qui porte le nom de maguey dans le langage des îles. On en fait et Ton en retire tant de choses que Ton peut assurer que le fer n'en produit pas davantage. C'est une plante qui a l'extérieur de l'aloès, mais une taille bien supérieure. Ses feuilles sont vertes, et elles mesurent 1 vare et demie de longueur. Elles ont la forme d'une brique, sont renflées vers le milieu et moins grosses à leur point d'émergence. Elles ont 1 empan environ de circonférence, sont cannelées et vont s'amincissant à leur extrémité, de façon qu'elles se terminent par une pointe aiguë comme un poinçon. Chaque pied de la plante possède trente ou quarante de ces feuilles. Lorsque le metl atteint tout son développement, on coupe cinq ou six des feuilles centrales, de manière à creuser une cavité, et l'on recueille, pendant deux mois, le liquide qui chaque jour y afflue, liquide comparable à de Peau miellée. Soumis à l'ébullition, ce jus se transforme en un vin douceâtre et transparent.

(( Ce vin, concentré, donne un miel très agréable et un sucre qui ne vaut pas celui de canne. On en fait aussi du vinaigre. On retire des feuilles du maguey du fil à coudre, et elles servent à fabriquer de la ficelle, des cordes, des sangles, des licous et toutes les choses que nous tirons du chanvre. Les Indiens en fabriquent aussi des vêtements et des chaussures. Les épines de ces feuilles remplissaient l'office de clous, et lesdites feuilles étaient utilisées par les femmes pour y mouler la pâte de maïs. Les ouvriers en plumes se servaient aussi de ces feuilles pour étendre dessus du coton

BIBL. ETHN. — LcS ÀZtéqUCt, 13

qu'ils transformaient en papier, papier sur lequel ils esquissaient leurs dessins. Les peintres avaient recours à cette feuille pour de nombreux usages, et les maçons s'en servaient en guise de truelle, de tuiles ou pour des conduites d'eau. j>

Bien que, faute de bêtes à cornes, les Aztèques ne connussent pas le métier de berger, ils avaient domestiqué un grand nombre d'animaux. D'abord, le téchichi, qui, bien que muet, faisait office de chien, et dont la chair devint un comestible de prédilection pour les Espagnols. En outre, les Indiens élevaient des dindons, des cailles, des canards, et les nobles possédaient des halliers pour les cerfs, des garennes pour les lapins, des viviers pour les poissons et les axolotls.

Un petit animal, digne d'une mention particulière parmi ceux dont les Mexicains s'occupaient, c'est le nochiztli ou cochenille. Cet insecte, si recherché en Europe pour la belle couleur rouge qu'il fournit, est d'une telle délicatesse et doit se défendre contre un si grand nombre d'ennemis qu'il réclame plus de soins encore que le ver à soie. Il redoute le froid, le vent, la pluie, les oiseaux, les souris, les vers, de sorte qu'il faut constamment surveiller le nopal. Cactus coccinilifer, sur lequel on l'élève, et abriter les feuilles dans les cabanes aux approches de la mauvaise saison. Les femelles, un peu avant la ponte, changent de peau, et les Indiens les aident à se débarrasser de cette dépouille en les caressant avec une extrême légèreté à l'aide d'une queue de lapin. Sur chaque feuille de cactus, on dispose ordinairement trois nids de quinze cochenilles, qui donnent trois récoltes par an. La dernière de ces récoltes est la moins estimée, car les insectes sont de petite taille et souillés des débris de la plante qui les a nourris. On tue généralement les cochenilles en les plongeant dans l'eau bouillante, mais leur qualité dépend surtout du soin avec lequel elles sontséchées. Le meilleur mode de dcssicca-

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