CHASSES ROYALES
tion est celui de l'exposition au soleil ; néanmoins, quelques éleveurs se servent du feu, en étendant les insectes sur la plaque de terre cuite nommée comalli, et qui sert à la cuisson des galettes de maïs. On sèche aussi les cochenilles dans les témascallis, sorte de four dont nous aurons à parler.
Les Aztèques, s'ils n'eussent été très habiles à la chasse, n'auraient guère pu réunir les nombreux animaux qui peuplaient les jardins royaux et aussi leurs demeures. Pour cet exercice, ils se servaient d'arcs, de dards, de filets, de lacets et de sarbacanes. Les sarbacanes dont les rois et les nobles faisaient usage étaient curieusement travaillées, peintes et garnies d'or ou d'argent.
Outre les chasses entreprises par les particuliers, soit comme récréation, soit afin de se pourvoir de vivres, on faisait de grandes battues ordonnées par le roi, ou établies par l'usage pour approvisionner les temples de victimes. Pour ces battues, on choisissait un grand bois, ordinairement celui de Zacatépec, peu distant de la capitale, et l'on disposait à son centre des lacets et des filets. Des milliers de chasseurs formaient alors un cercle, d'une étendue calculée sur le nombre approximatif de pièces de gibier que Ton désirait prendre. On allumait des feux de distance en distance, et les traqueurs avançaient en frappant sur des tambours, en soufflant dans des conques, en sifflant et en criant. Les animaux, épouvantés, fuyaient vers le centre du bois, où les chasseurs, resserrant leur cercle et continuant leurs clameurs, les abattaient à coups do flèches. Le nombre des animaux capturés dans ces battues était si considérable que le premier vice-roi du Mexique, en ayant entendu parler et n'y pouvant croire, voulut tenter l'expérience. On choisit pour lieu de chasse la grande plaine qui existe entre les villages de Xilotépec et de Saint-Juan del Rio, et l'on ordonna aux Indiens d'opérer comme ils avaient coutume de le faire. Onze mille Otomites formèrent un cercle de plus de cinq lieues
de circonférence, el, après avoir exécuté la manœuvre que nous venons d'expliquer, capturèrent six cents cerfs et chèvres sauvages, cent renards, plus un nombre incalculable de lièvres et de lapins. Ce lieu, de nos jours, porte encore le nom de Cazadéro.
La tactique des Aztèques pour s'emparer des canards était assez originale et n'est pas abandonnée. Ces palmipèdes et nombre d'autres oiseaux aquatiques abondent sur tous les lacs du Mexique, et les riverains laissent flotter sur les eaux de grosses calebasses que les oiseaux s'accoutument à voir, qu'ils viennent même picorer. A l'heure de la chasse, un Indien pénètre dans l'eau, la tête couverte d'un de ces fruits; loin de fuir, les canards accourent, et le chasseur n'a que la peine de les saisir par les pattes et de les noyer.
Les Aztèques capturaient avec hardiesse les couleuvres et les serpents; ils les prenaient par le cou, ou leur serraient les mâchoires entre leurs doigts. Mais leur habileté la plus merveil* leuse consistait dans la sûreté avec laquelle ils suivaient la piste d'une bêle fauve, par le seul examen des herbes qu'elle avait froissées.
Par suite de la situation de leur capitale au milieu des eaux et de la proximité du lac de Chalco, où le poisson abonde, les Aztèques étaient peut-être encore plus adonnés à la pêche qu'à la chasse. Ils s'y employèrent dès leur arrivée dans la vallée, car elle leur fournissait les vivres dont ils avaient besoin. Les engins dont ils se servaient étaient les filets, les hameçons et les nasses. Leurs canots, formés d'un tronc d'arbre creusé, pouvaient contenir jusqu'à cinq personnes, et se comptaient par milliers. Dans les expéditions militaires, ils employaient des barques où s'entassaient jusqu'à soixante soldats, barques qu'ils manœuvraient à l'aide de rames.
Ils s'emparaient des alligators en leur entourant le cou d'une