‹ Les AztèquesChapitre 6 sur 49 · RÉSURRECTION MORALE · texte numérisé non relu

RÉSURRECTION MORALE

ses cheveux, et ces derniers ne blanchissent qu'exceptionnellement Ses gestes sont gauches/assez lents. Ses doigts, par suite sans doute des travaux agricoles dont il s'occupe, manquent de dextérité. Sobre dans le manger, TÂztèque boit volontiers des liqueurs fermenlées. Du reste, la sévérité avec laquelle les anciennes lois de son pays châtiaient l'ivresse semblent démontrer chez lui un penchant vers ce vice.

De même que les autres hommes, les Aztèques sont la proie des passions; toutefois, ils savent les dompter avec une force de volonté peu commune. La colère, l'amour, la jalousie peuvent les troubler, ils leur font rarement commettre les extravagances dont les Européens sont si coutumiers.

Grave, taciturne, l'Aztèque manque d'expansion, et son impassibilité touche parfois à l'indifférence. Il est brave, patient, et supporte la souffrance physique avec un stoïcisme souvent admiré. Sa femme, laborieuse, tendre, dévouée, a le sentiment maternel très développé; au point de vue intellectuel, elle se montre égale, sinon supérieure à son mari.

Les Espagnols, par suite d'idées préconçues, ont beaucoup dénigré les Aztèques, longtemps qualifiés par eux hêtres sans raison. Il est aujourd'hui prouvé que ces parias sont aptes à comprendre toutes les sciences, à exercer tous les arts, et que l'ignorance dans laquelle leurs conquérants les ont systématiquement maintenus a été l'unique cause de leur apparente infériorité. Du reste, depuis une trentaine d'années, ces vaincus semblent se réveiller de leur longue apathie, retrouver l'énergie, l'esprit d'initiative qui firent autrefois d'eux une grande nation. Peu à peu, ils envahissent tous les postes importants de leur pays, deviennent présidents, généraux, ministres, magistrats, ingénieurs, médecins, voire peintres et sculpteurs. Ils commencent, phénomène singulier, à dominer moralement cette

société espagnole qui les a si longtemps repoussés et n'a guère su que les opprimer.

A ce propos, est-ce l'effet d'un préjugé ou le manque d'habitude? mais l'Aztèque, sous notre costume européen, alors même qu'il le porte depuis son enfance, m'a toujours paru emprunté. Notre chapeau couronne mal ses traits, nos habits vont mal à ses formes, à ses allures. Cependant, l'insufTisance de son costume national, qui le laisse à demi nu et auquel les masses ne veulent pas renoncer, est inadmissible dans notre civilisation. Il est à regretter que, comme l'Hindou, dont on lui a donné abusivement le nom, il n'ait pas adopté des vêtements à longs plis.

Vu dans les forêts de son pays, dans le milieu de sombre verdure, avec lequel la couleur de sa peau s'haiTOonise si bien, et xi'étant plus gêné par ces entraves : une cravate, un gilet, des bottines, l'Aztèque a bon air. D'autre part, rien de plus charmant que de voir ses filles, avant que leurs formes se soient engorgées, courir, indolentes et gracieuses, sous le beau ciel bleu de leur pays. La civilisation uniforme, qui nivelle en ce moment notre globe, nuira certainement, du moins par ses modes, à toutes les races de couleur, qui, du reste, résistent instinctivement à ce niveau. L'Aztèque, le fait est certain, ressuscite en ce moment comme individualité : se relèvera-t-il jamais comme nation? C'est là un gros problème que l'avenir seul résoudra, et nous ne devons nous occuper que du passé.

Au résumé, il y a, chez l'Aztèque, comme chez toutes les autres races d'hommes, du bon et du mauvais. Pour bien juger ses qualités ou ses défauts, surtout ses aptitudes, il faut le regarder dans son histoire, et non dans l'état d'infériorité morale et matérielle où trois siècles de servitude l'ont plongé, infériorité contre laquelle, nous* prenons plaisir à le répéter, il commence à réagir.

D'après leurs traditions, conûrmées par les peintures idéogra-

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phiques parvenues jusqu'à nous, et dans lesquelles se trouvent consignés les principaux événements de leur histoire, les Aztèques nommaient leur patrie primitive Aztlan. Aztlan, que certains historiens placent près du lac Chapalla et d'autres dans les environs du golfe de Californie, paraît avoir été une île. D'après leurs annales, les Aztèques en étaient sortis sur les conseils de l'homme alors le plus influent de leur nation, Huitzilon. Ce prêtre, pour un motif resté inconnu, excitait sans cesse ses compatriotes à gagner les régions du Midi. Un jour, se trouvant sous un arbre, il entendit chanter un oiseau qui répétait : tihui, mot qui, en langue aztèque, signifie : partons. Il prit un autre prêtre à témoin du cri qu'il venait d'entendre, et tous deux persuadèrent leur tribu que l'oiseau n'était que le porte-parole d'un dieu, lequel leur ordonnait de se mettre en marche. Dans cette légende, il faut voir, selon toute probabilité, l'action d'un chef habile, qui, pour décider ses compatriotes à le suivre, frappa leur esprit superstitieux par une sorte de prodige.

Ce fut vei-s Tan 648 de notre ère que sept des principales tribus de la grande nation des Nahuatlacas, nommée Nahoa par les historiens modernes, sortirent de leur patrie primitive. Aucun point peut-être de l'histoire des anciens Aztèques n'a donné lieu à plus de controverses que ce grand voyage, hiéroglyphiquement retracé dans plusieurs manuscrits célèbres, qui, par malheur, semblaient se contredire et déroutaient les historiens. Les récents travaux de Ramirez, joints à ceux plus récents encore du licencié Orozco, ont éclairé en partie ces ténèbres et mis les manuscrits d'accord. D'une étude attentive et raisonnée faite par les deux savants, il résulte que le fameux voyage des Aztèques a été double. A une époque très reculée, ils se seraient avancés vers la vallée d'Anahuac pour regagner ensuite leur pays. Après de longues années, sous l'impulsion de Huitziton, ils se mirent

en marche de nouveau, avec Tintenlion, bien arrêtée cette fois, de s'établir dans la belle contrée que leurs pères avaient simplement entrevue.

Partis des bords du lac Ghapalla, les émigi^nts traversèrent la moderne province de Xalisco, côtoyèrent la rivière de Tolotlan, et séjournèrent à Culiacan. Là, leur protecteur attitré, le terrible Huitzilipochtli, dieu de la guerre, dont ils possédaient une image de bois, demanda, par la bouche de son prêtre Aacatl, qu'on lui constiniisîl un tabernacle et que des prêtres fussent chargés de le porter. Aacatl, à cette époque véritable chef de la tribu, recevait directement les ordres du dieu et les transmettait au peuple qui le suivait. De cette façon, les volontés de l'habile politique étaient exécutées sans réplique, car nul n'eût osé contredire un dieu.

Bientôt Aacatl, qui ne trouvait pas dans les autres tribus la même soumission que chez la sienne, fit de nouveau parler le dieu. Les Aztèques, ses protégés spéciaux, reçurent l'ordre de se séparer de leurs compagnons de voyage, et, en même temps, de prendre le nom de Méxi, comme enfants privilégiés de Mexilli ou Huitzilipochtli. Aacatl effaça ainsi le passé, et le nouveau nom qu'il lui plut de donner à ses compatriotes devint non seulement un signe de distinction, mais de supériorité. Transformés en Mexicatls, sur Tinjonclion expresse de leur dieu favori, les Aztèques eurent désormais un profond sentiment de nationalité. De même qu'autrefois les Hébreux, ainsi qu'on Ta remarqué, ils se considérèrent comme le peuple par excellence, et cette croyance, par la confiance qu'elle leur inspira, leur permit de triompher des vicissitudes contre lesquelles ont à lutter les nations naissantes.

Tandis que les Aztèques demeuraient momentanément sédentaires, les autres tribus nahoas se répandaient dans l'Anahuac et le couvraient de royaumes qui, le plus souvent, ne possédaient

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d*autre territoire que celui dont leur ville unique était entourée. Divisés à l'infini, méconnaissant leur commune origine qui eût dû les tenir unis, les Nahoas se livrèrent durant des siècles de perpétuels combats. Dans ces luttes, les petits États furent à la longue absorbés par les plus prospères qui, selon toute probabilité, eussent été absorbés à leur tour jusqu'au dernier par les Aztèques, sans l'arrivée des Espagnols.

Sortis enfin de Culiacan, les Aztèques gagnèrent la province de Colima; puis, se dirigeant vers l'est, ils arrivèrent à Tula. Un peu avant d'atteindre cette ville, ils s'étaient séparés en deux bandes pour un motif que nous explique une légende, et cette division devait avoir de graves conséquences. Dans leur campement, deux coffrets étaient apparus. L'un contenait une pierre précieuse dont la possession causa de vives disputes; l'autre, deux morceaux de bois sec, que le plus grand nombre dédaigna. Mais Aacatl,. ayant frotté les morceaux de bois l'un contre l'autre, en fit jaillir du feu. Ceux qui avaient prétéré la pierre prirent plus tard, du lieu sur lequel ils s'établirent, le nom de Tlatélolcos (colline de sable) et ceux qui avaient préféré le bois, c'està-dire l'utile à l'agréable, le nom de Ténochcos. Les deux partis, bien que devenus subitement ennemis, continuèrent néanmoins à cheminer de concert, aucun d'eux ne voulant se séparer de l'image de Huitzilipochtli.

Les nombreux détours et les marches parfois rétrogrades des Aztèques, que nous jugeons inutile de suivre pas à pas dans leurs pérégrinations, n'ont rien qui doive surprendre, si l'on songe qu'ils avançaient sans but déterminé. Maintes fois ils s'arrêtèrent et commencèrent à construire des cabanes; mais, soit par suite de quelque inconvénient découvert dans le lieu choisi, soit sur l'injonction d'un peuple voisin, ils repartirent en avant. Toutefois, ils laissaient dans chacune de leurs stations des colo-

nies formées par les malades ou par ceux que lassait cet éternel voyage.

Ainsi, durant plusieurs siècles, tantôt tolérés, tantôt repoussés par les peuples dont ils traversaient le territoire, les Aztèques errèrent en quête du lieu définitif où ils pourraient s'établir. Vers 1216, ils arrivèrent à Tzompango {ossuaire), ville considérable de la vallée à laquelle ils devaient par la suite imposer leur nom de Mexicatls, dont nous avons fait les mots Mexicains et Mexique.

Bien accueillis par le roi chichimèque Xolotl qui, concaincu qu'il n'avait rien à redouter d'eux, leur permit de séjourner sur son territoire, les Aztèques cnirent enfin leur long voyage terminé. Bientôt persécutés par un des généraux de leurs hôtes, dont un de leurs prêtres avait enlevé la fille, ils se réfugièrent à Gliapullépec, qui appartenait aux Golhuas. Ceux-ci, au bout de quelques années, exigèrent d'eux un tribut, et, sur leur refus de le payer, leur déclarèrent la guerre. Vaincus, les Aztèques furent réduits à un véritable esclavage, et leur existence comme nation parut à jamais compromise.

Défaits à leur tour par leurs voisins les Xochimilcos, les Golhuas appelèrent leurs esclaves à leur aide. Animés par l'espoir de recouvrer leur liberté, les Aztèques combattirent avec acharnement et décidèrent la victoire en faveur de leurs maîtres. A défaut d'armes, ils s'étaient munis de longs bâtons dont ils se servirent comme de lances, et qui leur furent en outre d'une grande utilité pour franchir les fossés dont le champ de bataille était sillonné. Voulant causer aux ennemis le plus de mal possible, et ne pas perdre le bénéfice de leur courage, ils convinrent, au lieu de s'arrêter à les faire prisonniers, de couper les oreilles de tous ceux qu'ils pourraient atteindre. Après la bataille, comme leurs maîtres les raillaient de n'avoir pas de captifs à présenter, ils

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exhibèrent un si grand nombre d'oreilles que les Colhuas, à la fois surpris de l'astuce et de la valeur de leurs alliés, les traitèrent avec plus de rigueur encore que par le passé. Accablés de nouvelles charges, méprisés, les fugitifs effrayèrent de nouveau leurs dominateurs par des sacrifices humains, et reçurent l'ordre de s'éloigner. Heureux de recouvrer leur liberté, ils recommencèrent leurs pérégrinations et vinrent s'établir près des lacs de Texcoco, Xochimilco, Chalco, Xaltocan, alors beaucoup plus considérables qu'ils le sont aujourd'hui, et dont ils ne devaient plus s'éloigner. En arrivant, un de leurs chefs — ils étaient au nombre de vingt, et le principal d'entre eux se nommait Ténoch — vit dans une île un cactus qui avait poussé sur une roche et sur lequel était posé un aigle tenant dans son bec un oiseau selon les uns, une couleuvre selon les autres. Ce spectacle répondait à une des traditions religieuses des émigrants. Aussitôt ils fondèrent là une ville qu'ils nommèrent d'abord Ténochtitlan (pierre et cactus) et plus tard Mexico. Ceci se passait en 1325. On sait qu'un aigle posé sur un cactus et tenant un serpent dans son bec est le blason de la moderne nation mexicaine.

On a beaucoup discuté sur la véritable signification du mot Mexico; on discute même encore. Selon les uns, il viendrait de Metzitli [la lune) parce que cet astre se reflétait dans les eaux du lac de Texcoco; d'après les autres, il serait le nom du chef qui commandait les Aztèques lors de la fondation de la ville. Quelques-uns, moins nombreux, veulent que ce nom signifie source ou fontaine. Au résumé, comme le dit judicieusement Orozco, l'étymologie d'un mot de la langue nahoa doit être aujourd'hui cherchée dans l'hiéroglyphe qui le représente. Or il est indubitable que Mexico, d'après les signes qui le figurent dans les manuscrits idéographiques, signifie villedeMexitli,de Huitzilipochtli, ou de Mexitzin, ce qui est tout un.

BiBT.. ETTiy. — lea Aztèques. 3

Leur nouveau lieu de résidence adopté, le premier soin des Aztèques fut d'élever une cabane de boue et de roseaux, qu'ils qualifièrent de temple, afin d'abriter l'image de leur dieu protecteur, Huitzilipochtli. En chassant, afin de s'emparer d'un animal qu'il voulait immoler sur l'autel du dieu, un des chefs, Xomichil, rencontra un Colhua et l'amena à ses compatriotes. Ceux-ci, ne voyant dans ce malheureux qu'un de leurs anciens oppresseurs, le livrèrent au grand prêtre, qui lui arracha le cœur pour l'offrir à. Huitzilipochtli. Ainsi commença la série des épouvantables massacres qui, durant trois siècles, devaient ensanglanter la capitale du nouvel empire.

Autour du temple rustique qu'ils venaient d'édifier, et à défaut de matériaux plus solides, les Aztèques groupèrent de simples huttes en terre et en jonc. Telle fut l'humble origine de la grande ville destinée à devenir la tête d'un vaste royaume, et dont la magnificence devait émerveiller ses conquérants.

Confinés dans les petites îles qui couvraient alors le lac de Texcoco, ce qui prouve combien leur nombre était restreint ; divisés en outre en deux partis: Tlatélolcos et Ténochcos, puis redoutant le mauvais vouloir de leurs voisins déjà puissants, les Aztèques, faute de terres cultivables, passèrent de longues années de misère. Sans étoffe pour se vêtir, sans ressources pour en fabriquer, ils allaient presque nus, se nourrissant de poissons, d'insectes, de plantes aquatiques. Rendus ingénieux par la nécessité, ils réunirent peu à peu plusieurs îles en comblant les canaux qui les séparaient, puis se procurèrent des pierres et du bois en troquant les produits de leurs pêches et de leurs chasses contre ces matériaux. Enfin, pour suppléer à la terre qui leur manquait, ils créèrent les célèbres chinampas ou jardins flottants, sur lesquels ils purent cultiver du maïs, des piments et des fleurs.

Ils commençaient à étendre leurs possessions, lorsque leur

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dieu protecteur, par la bouche de son grand prêtre, leur ordonna de diviser leur ville en quatre quartiers principaux, subdivisés eux-mêmes en quartiers plus petits, déterminés par le nombre des dieux adorés. Quelques chefs, probablement peu favorisés dans cette division, se retirèrent avec leurs partisans dans une île voisine, où ils fondèrent la ville de Tiatélolco, aujourd'hui Santiago. Cette séparation, dont la date n'est pas précise, dut s'effectuer quatre-vingt-deux ans après la fondation de Mexico, à laquelle elle donna une rivale.

Nous voici, peu à peu, arrivés à la période véritablement historique des annales aztèques. Désormais, grâce aux peintures idéographiques, corroborées par la tradition, nous allons marcher avec plus d'assurance et pouvoir affirmer les faits. Ainsi que nous l'avons déclaré, nous n'avons pas cru devoir suivre pas à pas, dans ses interminables pérégrinations, le peuple que nous essayons de ressusciter. Il suffisait à notre dessein, qui est non d'instruire les savants, mais de rendre accessible à tous l'histoire d'une nation autrefois puissante, de la présenter dans ses origines, de l'amener jusqu'au lieu qu'elle devait illustrer. Maintenant, avant de parler de sa religion, de ses coutumes, de ses arts, nous allons tracer rapidement le règne des rois qui l'ont gouvernée, en essayant d'atténuer le plus possible la sécheresse d'une chronologie que peu de faits viennent égayer, et qui ne compte guère d'autres événements que de perpétuels combats.

Toutefois, au moment où les Aztèques, que nous nommerons aussi dorénavant Mexicains, s'apprêtent à élire le premier de leur roi, un coup d'œil sur l'état de l'immense vallée qu'ils vont asservir est peut-être nécessaire. Ainsi que l'établit le licencié Orozco, à cette époque, 1357, l'élément barbare est presque partout vaincu dans la grande vallée de l'Anahuac, et les peuples d'origine nahoa dominent déjà les autres familles ethnographi-

ques. Divisés en un nombre infini de petits États, les vainqueurs ont changé de nom et visent à une existence indépendante. On comptait alors dans la vallée, reliées entre elles par une sorte de lien féodal, trente et quelques villes principales, essayant, chacune de son côté,Me devenir prépondérante, et dont les intérêts se trouvaient, par conséquent, opposés. Les villes du Sud se liguèrent contre celles du Nord, et Quinatzin, roi des Chichimèques, sortit à la longue vainqueur d'une lutte où furent versés des flots de sang, et dont les Aztèques devaient recueillir le bénéfice.

Mais avant d'aborder, pour le raconter chronologiquement, le règne de chacun des rois aztèques, n'est-il pas nécessaire de revenir sur un sujet que nous nous sommes contenté d'effleurer à propos des Mayas et des Toltèques, sur le célèbre calendrier adopté par tous les peuples de l'Anahuac, après qu'il eut été perfectionné par les Aztèques? Certes, il n'entre pas dans notre intention de donner les dates que nous aurons à citer en langue nahoa; toutefois, pour faciliter la compréhension d'une multitude de faits, il nous semble utile d'exposer la façon ingénieuse et précise dont les Mexicains divisaient le temps.

Le siècle aztèque se figurait par un cercle ayant à son centre une image du soleil autour de laquelle étaient représentés, de droite à gauche, les quatre signes symboliques des années, signes reproduits dans un ordre constant. Ce siècle, nous le savons, se composait de cinquante-deux années divisées en quatre périodes de treize ans. La première année — il faut lire de droite à gauche — se nommait toc/Uli, le lapin; la deuxième acatly le roseau; la troisième técpally le silex, la quatrième callij la maison. La cinquième, reprenant l'ordre, devenait le deuxième lapin ; la sixième le deuxième roseau, et ainsi de suite jusqu'à la treizième, après laquelle la série recommençait, en prenant le second signe pour point de départ. Un coup d'œil, jeté sur la figure 5, em-

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