LES CHICHIMÈQUES
même nation. En tous cas, ils avaient eu pour voisins les Otomiles, qui ne sortirent de la barbarie que vers le quinzième siècle, sous l'impulsion des Àlcolhuas. Les Otomites habitaient les cavernes et vivaient de chasse. C'étaient des hommes rudes, que les Aztèques réussirent à vaincre et à dominer. Après la mort de Moteuczoma II, les Otomites reprirent leur indépendance, et les Espagnols eurent à les combattre durant plus d'un siècle avant de les dompter.
Ce furent les Chichimèques [suœurs de sang), d'après l'étymologie de Torquémada, mais qui se désignaient eux-mêmes sous le nom d'aigles, qui succédèrent aux Toltèques, à la race desquels ils appartenaient. Ce peuple, lui aussi, venait des régions du Nord qui, en Amérique de même qu'en Europe, semblent avoir été des pépinières d'hommes. Les Chichimèques, moins civilisés que leurs prédécesseurs, étaient gouvernés comme eux par des rois. Ce peuple ne savait pas cultiver; il vivait de fruits, de racines, des produits de la chasse, et se vêtait de peaux simplement séchées.
On possède sur les Chichimèques des données déjà moins incertaines que sur les Toltèques. D'après leui^ traditions, le roi d'Amaquémécan avait deux fils : Achcautzin et Xolotl, auxquels * il donna son empire à gouverner. Xolotl, voulant régner sans par* tage, songea à se diriger vers le midi, entraînant à sa suite ceux de ses sujets qui consentirent à s'associer à sa fortune. Les émigrants suivirent les traces des Toltèques et arrivèrent devant les ruines de Tollan. Continuant leur route, ils se rapprochèrent du lac de Texcoco. Là, lançant une flèche vers les quatre points cardinaux, ils prirent ainsi possession de la belle vallée de l'Anahuac et fondèrent la ville de Ténayuca.
Vers Chapultépec {mont des Sauterelles), lieu devenu célèbre par le château que firent construire par la suite les vice-rois espagnols, et sous les cyprès gigantesques duquel l'infortuné
Maximilien aimait à se reposer, les Chichimèques trouvèrent quelques descendants des Toltèques auxquels ils s'allièrent. Nopalitzin, fils de Xolotl, épousa même une petite-fille des anciens rois de cette nation. Cette alliance fut profitable aux émigrants, qui apprirent alors à cultiver la terre, à tisser le coton et les fils d'agave, à fondre les métaux.
Quelques années à peine après leur établissement, les Chichi* mèques virent apparaître de nouvelles tribus de leur nation, entre autres celle des Âlcolhuas. Les nouveaux venus, plus civilisés que leurs, devanciers, furent néanmoins bien accueillis, et des terres leur furent concédées. Les Alcolhuas secondèrent alors les Toltèques dans leurs efforts pour adoucir les mœurs des Chichimèques, et ils réussirent si bien que, un siècle après leur arrivée, ils étaient moralement maîtres du pays. Chacun se vantait alors d'être Alcolhua, et le nom de Chichimèque ne s'appliquait déjà plus qu'aux habitants des frontières, rebelles à la civilisation.
Les détails manquent sur cette rapide et singulière transformation; mais tout prouve qu'elle s'accomplit par le nombre, pacifiquement. De nouveaux renforts arrivaient sans cesse aux Alcolhuas, et ils étaient toujours les bienvenus. Tous ces émigrants faisaient partie de la grande famille des Nahuatlacas {gens qui parlent clairement)^ et ils se soumettaient ou s'alliaient sans peine aux Alcolhuas, qui avaient la même origine qu'eux. Vinrent d'abord les Xochimilcos {semeurs de fleurs) qui s'établirent sur les bords du lac auquel ils ont donné leur nom. Les Ghalquès {gens de bouche) les suivirent de près, précédant les Tépanèques {passeurs de ponts) et les Colhuas (gens de la montagne courbe). Les Tlahuicos {gens tournés vers la terre), trouvant la vallée peuplée, se dirigèrent vers les montagnes de l'occident, les franchirent et descendirent dans I9 vallée de Quauhansdiuac.
LES TLAXCALTÈQUES. 23
Un peu plus lard apparurent les Tlaxcaltèques {mangeurs de pain). Ils parlaient la langue des Alcolhuas, dont ils ne se distinguaient que par leur humeur belliqueuse. Us errèrent longtemps dans la vallée sans pouvoir s'y établir, car on se liguait pour éloigner ces voisins querelleurs. Enfin, protégés par un roi chichimèque, les Tlaxcaltèques eurent raison des mauvais vouloirs. Ils fondèrent, au pied du mont Matlacuyé, dans la sierra aujourd'hui nommée de la Malinchéy la célèbre ville de Tlaxcala, implacable rivale de Mexico.
Braves, intelligents, industrieux, les Tlaxcaltèques obéirent longtemps à un roi. Lorsque leur nombre s*accinit, ils divisèrent le pays qu'ils occupaient en quatre sections, pourvues chacune d'un chef ayant pour conseillers les membres de la noblesse. Les quafre chefs et leurs sénats décidaient en commun non seulement les questions de paix ou de guerre, mais tout ce qui touchait à l'armée et à son commandement. La république aristocratique de TIaxcala, par haine des Aztèques avec lesquels elle était alors en guerre, s'allia aux Espagnols dès qu'ils apparurent, et fournit à Cortez les soldats dont il avait besoin pour vaincre Moteuczoma II. Les Tlaxcaltèques eurent la satisfaction de voir la chute de leurs rivaux, mais ils partagèrent bientôt leur servitude, car Cortez, victorieux, oublia les services que ses alliés lui avaient rendus.
Nous venons d'énumérer rapidement les différentes nations qui, depuis les premiers âges jusqu'à l'année 1160 de notre ère, occupèrent le pays d'Ânahuac, laissant une trace dans son histoire. Nombre d'autres peuples, que nous avons omis de citer, ne sont guère connus que par leurs querelles avec leurs voisins plus civilisés ou plus puissants. Dans l'ordre chronologique, il faudrait placer d'abord les antiques Otomites ou Ontocas, d'où sortirent les Mazahuas et les Jonacès ou Mèques. Viendraient ensuite les
2fc LES AZTÈQUES.
Mayas et leurs tribus : Mistèques et Zapotèques qui, sur le sol où ils se cantonnèrent, trouvèrent les Chuchonès. Quant aux sous-lribus: Cuitlaquès, Chatinos, Papatucos, Omuchcos, Mazalèques, Sollèques et Ghinantèques, disséminées entre des peuples d'origines diverses, on ne sait guère d'elles que leur nom.
Mais, peu à peu, nous atteignons l'époque où apparaissent les Aztèques, que nous allons désormais suivre pas à pas.
Aztèques ou Mexicains. — Leur patrie originaire. — Leurs pér^'^rinations. Fondation deTénochtitian. — État politique de rAnahuac en i357.— Le calendrier.
Il y a près de vingt ans, un industriel américain, sous le nom à' Aztèques, exhiba, à Londres et à Paris, deux petits microcéphales, zambos de l'Amérique centrale, qui devinrent par la suite une des curiosités du musée Barnum, à New-York. Le nom d! Aztèques, auparavant inconnu ou peu s'en faut, de notre grand public, devint aussitôt, dans sa langue expressive, synonyme de Lilliputien. Par malheur, rien n'est plus contraire à la vérité qu'une pareille croyance, ainsi que l'on en pourra juger par le portrait physique et moral de cette race intelligente, qu'il nous semble indispensable de peindre avant de nous occuper de son histoire.
L'Aztèque, comme on le nommait autrefois, l'Indien, comme on le nomme aujourd'hui par suite de la méprise de Colomb, qui crut aborder aux Indes alors qu'il découvrait l'Amérique, est de taille moyenne, trapu, avec des membres bien proportionnés. Dolichocéphale, il a le front étroit, le nez caraard, les yeux noirs, la bouche grande, les lèvres charnues et de couleur violacée, les dents blanches, courtes, bien rangées, admirablement enchâssées dans des gencives roses. Ses cheveux sont noirs, épais, rudes ; sa barbe est rare. La couleur de sa peau est terne, cuivrée, moins foncée à la paume des mains et sous la plante des pieds. Les hommes de cette race sont, étant données nos idées d'esthétique,
plutôt laids que beaux. Les femmes, dont les traits ont plus de délicatesse, sont souvent jolies à l'heure de la puberté ; mais leurs formes deviennent promptement massives. Les deux sexes ont un caractère commun : la petitesse des extrémités. Il est à
A^t^Sii^oy. - — '
FiG. 4. — Indien et Indienne du village d'Amatlan (d'après une photographie du docteur Fuzier).
remarquer que, contrairement aux Toltèques, ce peuple ne se déformait le crâne qu'accidentellement (fig. 4).
Les sens de l'Aztèque sont très subtils, en particulier celui de la vue, qu'il conserve avec toute sa puissance jusqu'à un âge très avancé. Il ne devient jamais obèse, perd rarement ses dents ou