RON EX
Au cours de recherches bibliographiques nous n’avons pu relever qu’un seul cas dont l’analogie avec nos observations apparait certaine. Il a été rapporté par MM. Cathala et P. de Font-Réaulx à la Société Médicale des Hôpitaux de Paris (1). Voici le résumé de
cette observation
G. — Réitération seplicémique provoquée par un choc curateur au cours d'une septicémie veineuse streptococcique.
I s’agit d’un malade hospitalisé dans le service du docteur J. Cathala, le 19 novembre 1934, qui présentait une phlébite bilatérale des membres inférieurs et un état septicémique assez grave avec température à 40°, grands frissons répétés parfois plusieurs fois par jour. Le début remontant à un mois environ par une angine qui, huit jours plus tard, semblait guérie puis se compliqua brusquement d’une phlébite, cependant que les signes généraux faisaient à nouveau leur apparition.
La veille de son entrée à l'hôpital le membre opposé fut pris à son tour, complétant ainsi le tableau de septicémie veineuse à porte d'entrée angineuse. Le pronostic semblait sérieux, car Ja diffusion sanguine, contrôlée par les hémocultures qui donnèrent un streptocoque hémolytique se poursuivait de façon continue, dans un foyer veineux, insuffisamment bloqué par une thrombose.
Du 25 au 27 novembre, le malade est traité par le sérum anti-streptococcique de Vincent puis, du 26 novembre au 2 décembre, par des injections intraveineuses
(1) J: CarnaAra “et P. de Foxr-Réauix : BAULNS OM IT, Séance 5 avril 1935.
à doses croissantes de 1 ce. à 5 cc. de Violet de gentiane en solution à 1 %.
Après quelques jours pendant lesquels l’état septicémique persista avec grands frissons quotidiens, l’état du malade s’améliora progressivement mais incomplètement : les frissons cessèrent, mais la température se maintint au-dessus de 38°. La thrombose veineuse paraissait plus oblitérante puisque l’œdème des membres et la circulation collatérale de l'abdomen avaient augmenté.
Le 6 décembre, on reprend les injections de Violet de gentiane, interrompues depuis 4 jours; 5 ec. sans aucune réaction.
Le lendemain 7 décembre, quelques minutes après l’injection de 5 cc. de la solution de Violet de gentiane, choc violent : malaise intense, pâleur, sueurs froides, vomissements, brusques débâcles diarrhéiques, température à 40°. Une hémoculture faite immédiatement donne une culture de streptocoque hémolytique.
On eut pu craindre une reprise sévère de l'infection, d’autant que le lendemain la température remonte encore à 40°3. Mais le 10, au matin, brusquement la température tombait à 37°3 et depuis elle s’est maintenue rigoureusement normale,
En résumé, chez un malade ayant présenté une septicémie veineuse streptococcique, un choc, qui n’était pas recherché, a été déclenché par des injections intraveineuses de Violet de gentiane. À l’acmé des accidents, on constate la présence des streptocoques dans la grande circulation. Néanmoins le malade guérit en 48 heures après le choc.
Certes, cette observation diffère quelque peu de
celle que nous rapportons. Ici il ne s’agit pas d’une « Sortie >» microbienne créée par le choc mais d’une réitération septicémique chez un malade qui avait antérieurement présenté une infection sanguine, Le rôle du choc dans le déterminisme de cette réitération septicémique n’en est pas moins incontestable. Il a été capable de provoquer au niveau du, foyer infectieux qui tendait à la localisation, des réactions anatomiques suffisamment brutales pour déterminer un nouvel essainage sanguin, C’est là d’ailleurs l’hypothèse pathogénique envisagée par MM. J. Cathala et P. de Font-Réaulx. Mais Malgré ce réensemencement du sang la guérison survint. Aussi, à ne considérer que les faits cliniques, lanalogie est frappante entre cette réinfection sanguine et les simples bactériémies que nous avons rapportées, et qui n’ont point entravé l’acion bienfaisante du choc.
Les observations précédentes résument les documents cliniques dont nous avions Connaissance avant d'entreprendre notre étude expérimentale. Malgré la diversité de leurs aspects sémiologiques et des conditions d'apparition, toutes ces « sorties » microbiennes sont reliées Par un trait commun : le rôle Provocateur du choc.
C'est à vérifier sa réalité que nous allons consacrer la première partie de l'étude expérimentale suivante.
CHapirre Il