LANCE
Le 6 février asthénie très marquée, température à 38°4-38°6. Pouls à 64. T. A, 9-6. Respiration à 24. Le cœur est sourd et arythmique. Mêmes signes pulmonaires. Météorisme sans ascite. 1 gr. 50 d’albumine dans les urines. Une hémoculture aérobie et anaérobie reste négative.
Le 7 février, même état général. Diminution de l’adénopathie.
Le 8 février à 4 heures du matin, mort subite.
En résumé il s’agit d’une malade qui présenta une localisation atypique de la diphtérie avant fait envisager différents diagnostics. On crut, à un moment donné, à une infection syphilitique et l’on prescrivit un traitement d’épreuve par injections intraveineuses de cyanure de mercure. Dès la première piqûre survint un choc intense avec frissons et température à 41°. Une hémoculture révéla un streptocoque « sorti » à l’occasion du choc. Quatre jours plus tard, nouvelle injection de cyanure, nouveau choc, nouvelle hémoculture positive. Dans les jours qui suivirent, la nature diphtérique des accidents fut établie, mais la malade traitée trop tardivement par le sérum antidiphtérique
mourut quelques jours après.
Après la lecture de ces observations un fait clinique apparait certain : la possibilité du passage des germes dans le sang après les chocs médicamenteux,
que ceux-ci aient été provoqués dans un but théra-
peutique, ou qu’ils aient été accidentels, non recherchés comme dans notre dernière observation.
Ces « sorties » microbiennes ont donné lieu dans ous ces cas à une septicémie. Pourtant cette éventualité n’est pas la seule, En eitet, l'emploi de l’électrargol intraveineux dans le traitement des angines phlegmoneuses et ja pratique Systématique d’une hémoculture à l’acmé de la poussée thermique provoquée par ce choc médicamenteux, a permis à notre maître ie Professeur A. Lemierre, de dépister une deuxième modalité clinique de ces « sorties » microbiennes, représentée par de simples bactériémies. Témoins les observations qui vont suivre :
E. — Bactériémie à Staphylocoque anaérobie conséculive à un choc déterminé par unre injection intravetineuse d'électrargol chez un sujet atteint d'un phlegmon amygdalien.
(Observation recueillie Par nos collègues MEyER- HEINE et HAMBURGER, à l'hôpital Claude Bernard).
K... Myriam, âgée de 19 ans, danseuse, entre dans le service le 9 octobre 1935 au 5° jour d’une angine.
Le début à été brusque par de la céphalée, un état nauséeux, de la dysphagie, une élévation thermique à 38°8.
La malade s’est soignée par des lavages de gorge, mais la dysphagie persistant, elle entre dans le service 5 jours après le début des Symptômes.
Pr Dre
A son entrée elle a 38°2 et, à l’examen, on constate l’existence de trismus, une muqueuse pharyngée rouge et œdémateuse et surtout une amygdale gauche très tuméfiée et rouge. Il existe une adénopathie sous-angulomaxillaire gauche sensible, peu volumineuse.
Par ailleurs, l’examen général est négatif; T. A. 12-7, le pouls à 110 régulier.
Dans ses antécédents on décèle une syphilis reconnue à l'hôpital Saint-Louis en mai 1935, alors qu’elle était enceinte et régulièrement traitée depuis.
L’ensemencement de la gorge est négatif.
L'examen des urines ne montre ni albumine, ni urobiline ; présence de sucre et une réaction de Gerhardt positive, le Wassermann est négatif.
La glycémie est de 1 gr. 35 par litre.
Le 10 octobre, même état local, température à 37°2 le matin, 39°4 le soir.
Le 11 octobre le tableau du phlegmon de l’amygdale se précise; la température est à 39°4, le trismus très marqué, la gorge très difficile à examiner, on peut cependant constater une amygdale gauche très tuméfiée, refoulant en avant le pilier inférieur du voile aussi rouge et œdématié. L’adénopathie sous - angulo - maxillaire gauche est très douloureuse. On pratique une piqûre intraveineuse d’électrargol de 5 cc. et au moment des frissons répétés alors que la température était montée à 40°7 on ensemence le sang dans du bouillon et en milieu anaérobie.
Le 12 octobre, la température est à 37°5, le trismus moins marqué, la tunféfaction de lamygdale gauche est considérablement diminuée, l’adénopathie n’est plus douloureuse.
Les jours suivants la guérison se complète et la malade sort de l'hôpital le 21 octobre tout à fait rétablie. Dans ses urines il n’y avait ni sucre, ni acétone.
Mais l’hémoculture pratiquée en milieu anaérobie révéla le 18 octobre quelques colonies de staphylocoques anaérobies. Inoculés au lapin ils ont provoqué un état fébrile prolongé, sans amaigrissement ni abcès, guérison Spontanément, L’hémoculture aérobie resta stérile,
En résumé, chez une malade atteinte d’une angine phlegmoneuse on voit qu'une injection intraveineuse délectrargol a été suivie d’un Passage éphémère d’un Staphylocoque anaérobie, sans qu'ait d’ailleurs été constaté aucune détermination clinique.
F. — Bactériémie à « Bacillus ramosus » aprés un Choc par injection intraveineuse d'électrargol au cours d'un phlegmon de l'amygdale. (1)
E... Lucienne, 26 ans, femme de chambre, est atteinte d’une angine qui débute le 20 Mai 1936 par de la douleur à la déglutition, des frissons, un malaise général. Ces symptômes s’accentuent les jours suivants: elle entre à Claude Bernard le 27 mai. Elle n'a jamais pris sa température. Ses règles sont apparues le 26 mai. A son entrée à l’hôpital la température est à 38°2.
Le 28 mai au matin, la température est à 38°4, la malade est assez abattue. La voix est nasonnée, la déglutition très douloureuse, La langue humide et saburale. Il existe un léger trismus, l’amygdale droite est très tuméfiée, rouge, très douloureuse, d'aspect phlegmoneux. La luette est œdématiée et rouge. L’amygdale gauche n’est
(1) Obs. rapportée par le Professeur A. LEMIERRE et ses collaborateurs J. Rerzry et H. BLocn-Micnez à l’Académie de Médecine. Les infections humaines à « Bacillus ramosus ». Bull. Acad. Med., mars 37, t. 117, n° lIMD FANS
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pas tuméfiée. Du côté droit il existe un gros ganglion sous-angulo-maxillaire, douloureux à la palpation. Le pouls est à 84, la T. A. à 12-7. Les urines recueillies par cathétérisme vésical ne contiennent que de l’urobiline. Le restant de l’examen est négatif. Le phlegmon de l’amygdale droite est incisé; il s'écoule une quantité notable de pus. La température du soir est à 38°4.
Le 29 mai, la température est à 38°4, pas d’aimélioration locale ni générale. L’amygdale droite demeure très volumineuse, malgré que du pus continue à s’écouler par l’incision. Celle-ci est élargie. On pratique à 11 heures une injection intraveineuse l’électrargol (5 cc.). L’aprèsmidi, à 14 heures, violent frisson et ascension thermique à 40°. A ce moment on pratique une hémoculture aérobie et anaérobie. Au bout de 48 heures, en milieu anaérobie se développent quelques colonies de Bacillus ramosus.
Le 30 mai, la température au matin est à 39°5, mais la malade a bien dormi. La douleur pharyngée s’est atténuée. Autour de l’incision s’est développé un exsudat grisâtre peu épais qui coiffe le pôle supérieur de l’amygdale, La température du soir est à 39°5.
Dès le lendemain, l’amélioration locale et générale s’accentue. La tuméfaction amygdalienne s’aflaisse et la douleur pharyngée disparaît. La température régresse et se fixe définitivement à 37°, le 2 juin.
La malade sort de l’hôpital le 10 juin.
En résumé, bactériémie passagère à Bacillus ramosus à l’occasion d’une injection intraveineuse d’élec-
trargol, au cours d’une angine phlegmoneuse.
Teis sont les faits cliniques, recueillis par notre maître le Professeur A. Lemierre, qui permettent d'affirmer la réalité clinique de « sorties » micro-
iennes après choc médicamenteux.