LIBRE
sac jugulaire rempli de propidon, au lieu d’injecter celui-ci par voie intracardiaque ou intraveineuse. Voici les protocoles concernant nos succès expéri-
mentaux :
a) Septicémie à colibacilles Cobaye 5/64. - 365 grs.
Le 9-11-37. T. : 38°5. Inoculation d’un ganglion mésentérique avec 1/60 cc. d’une culture pure de colibacilles.
Le 10-11-3771: 25819;
Le-11-11-37.,T.. : 392:
Le 12-11-37. T. : 39°4. Hémoculture négative. Le 13-11-37 : ;
— à 14 heures 20. T. : 39°. Hémoculture négative.
— à 14 heures 44, injection de propidon dans un sac jugulaire.
— à 14 heures 49, le cobaye commence à frissonner, se met en boule, puis les frissons deviennent de plus en plus intenses et fréquents; abattement.
—— à 15 heures 44, frissonne encore un peu, reste abattu. T. 39°7, hémoculture négative.
Le 14-11-37, l'animal apparaît abattu: T. : 38°8. Hémoculture positive : présence de colibacilles.
Le 15-11-37, très fatigué, reste immobile: T. : 39°5. Hémoculture positive : présence de Bacillus coli.
Le 16-11-37, mort. Autopsie. Pas de lésion macroscopique. On prélève le ganglion inoculé pour des coupes histologiques.
Voici donc un animal inoculé dans un ganglion iléo-cœcal avec une culture de colibacilles qui s’est montré très peu virulente, car dans les jours qui suivent l'intervention la température n’a guère dépassé 39° ; deux hémocultures restent négatives. Pourtant après le dépôt de propidon dans un sac jugulaire, quatre jours plus tard, on assiste à la survenue d’un choc intense suivi du passage du germe inoculé dans le sang, puis d’une septicémie mortelle. L’examen histologique du ganglion montre des raptus hémorragiques au sein des follicules, en tous points semblables à ceux obtenus par E. Rivalier, H. C. Pham et Ph. Decourt après la faradisation prolongée du splanhnique, mais ici consécutifs au choc intense provoqué par l’irritation des filets sympathiques sous endothéliaux du sac jugulaire.
Cette observation confirme donc la possibilité de « sorties » microbiennes après un choc provoqué par la technique du sac jugulaire et nous permet d’affimer que par l'intermédiaire de lirritation du sympathique se sont produites des lésions qui conditionnèrent le passage des germes dans le sang.
Voici encore un autre exemple de « sorties >» micro-
biennes après sac jugulaire chez un animal préparé :
b) « Sortie » colibacillaire Cobaye 5/73. - 340 grs. - T. : 38°7.
Le 16-11-37. Inoculation dans un ganglion iléo-cœcal
de 1/60 ec. d'une culture pure de colhbacilles.
Le 17-11-37. T. : 39°1,
Le: 18-11-37. T. : 38°7,
Le 19-11-37. T. : 39°8,
Le 20-11-37.
15 heures, T. : 39°1. Hémoculture négative.
15 heures 20, Injection de propidon dans un
sac jugulaire.
15 heures 24, l’animal se met en boule, puis
commence à frissonner. Rapidement les frissons augmentent en fréquence et en intensité.
Abattement.
— à 16 heures 20, les frissons persistent. T. : 37°5. On ne pratique pas d’hémocul- ” ture dans la crainte de provoquer un hémopéricarde, Le 21-11-37. T. : 39°. Hémoculture positive : présencé de Bacillus coli.
Le 23-11-37. T. : 39°5. Hémoculture positive : présence de Bacillus coli.
Le 24-11-37. T. : 39° Hémoculture négative.
Le 27-11-37, l’animal paraît bien portant. T. : 39°1. Le 30-11-37, T. : 39°. Hémoculture négative.
En résumé on surprend ici une « sortie » colibacillaire après l'injection de propidon dans un sac Jugulaire chez un animal inoculé quatre jours auparavant avec le même germe dans un ganglion mésentérique. Pourtant l’animal ne SOCComba pas. Cette « sortie » microbienne, Malgré sa constatation à deux reprises, SE coMporta cliniquement, comme Jes bactériémies que nous avons déjà rapportées tant en clinique humaine qu’animale, Elle fut un simple épiphénomène Sans suites fâcheuses pour le sujet.
Re rà ICE
III. EXPÉRIENCES MONTRANT LA POSSIBILITÉ DE < SORTIES » MICROBIENNES APRÈS UN CHOC OBTENU PAR LA TECHNIQUE DU SAC JUGULAIRE CHEZ DES ANIMAUX NON PRÉPARÉS
Dans la première partie de cette étude expérimentale nous avons montré la possibilité de « sorties » microbiennes après injection intracardiaque de propidon chez des cobayes non préparés. Néanmoins pour obtenir ces « sorties » nous avions été forcés de répéter le choc et d'augmenter son intensité par l’accroissement de la dose du propidon injecté.
Or, nous avons vu que le choc obtenu par la technique du sac jugulaire est de beaucoup plus violent que celui provoqué par linjection intracardiaque. Aussi avons-nous pensé que les « sorties » microbiennes seraient plus faciles à obtenir par cette technique. En effet, et alors qu’en utilisant le propidon par voie intracardiaque, il nous a fallu plusieurs essais avant de réussir une « sortie » microbienne, par l’emploi du sac jugulaire, nous avons pu assez
rapidement recueillir quatre observations que voici :
a) Septicémie à Pasteurella Cobaye 4/82. - 370 grs. - T. : 39°5.
Le 31-7-37 :
— à 15 heures 20, injection de propidon dans un sac jugulaire.
— à 15 heures 26, les frissonnements commencent, se répètent, l’animal se met en boule, reste abattu, immobile.
ES phe
—- à 16 heures 20, frissonne encore. T. : 38°7.
Le 1-8-37. T. : 41°4. Hémoculture positive : présence d'une Pasteurella.
Le 2-8-37. T. : 40/1. Hémoculture positive : Pasteurella.
Le 4-8-37. T. : 40°6. Hémoculture positive : Pasteurella.
Le 5-8-37. Mort, autopsie, Suffusions sanguines dans les gaines rénales et dans les poumons.
En résumé, septicémie à Pasteurella dès le lendemain d’un choc intense déterminé par linjection de propidon dans un sac jugulaire.
I en a été de même dans l'observation suivante :
b) Septicémie à Pasteurella Cobaye 4/88. - 565 grs. - T. : 39°1.
Le 31-8-37 :
— à 16 heures 5, injection de propidon dans un sac jugulaire.
— à 16 heures 10, premier frisson, puis tableau de choc au complet.
—"à.16 heures S0 T5: 384 —; 4. Vitheuress TemRiUeE Le 1-9-37, T. : 40°. Hémocullure positive : Présence d'une Pasteurella.
Le 2-9-37. T. : 40°4.
Le 3-9-37. T. : 40°5. Hémoculture positive : Pasteurella.
Le 5-9-37. Mort. Autopsie, Pas de lésions macroscopiques.
Dans les deux observations qui vont suivre la
«< sortie >» microbienne a pu être suspectée par le ta-
SU
bleau clinique, mais seulement affirmée par l’autopsie. T1 s’agit en effet, de deux cas de « sortie » microbienne après choc, rapidement fixée sur lappareil
hépato-vésiculaire où elle continua son évolution.
c) Cobaye 4/71. - 635 grs. - T. : 39° Le 17-7-37 :
— à 15 heures 35, injection de propidon dans un sac jugulaire.
— à 15 heures 49, premier frisson puis choc intense.
— à 16 heures 5, continue à frissonner. T. : 37°4. — à 16 heures 35, les frissons persistent encore, plus espacés. T. : 38°4.
Le 18-7-37. T. : 40°. Hémoculture négative.
Le 19-7-37. T. : 40°. Hémoculture négative.
Le 20-7-37. T. : 39°6.
Le 22-7-37. T. : 39°, l’animal a maigri de 100 grs. Le 26-7-37. Mort. A l’autopsie : présence de multiples. petits abeès dans le foie : diplocoque
Gram positif.
En résumé, choc intense après injection de propidon dans un sac jugulaire. Dès le lendemain, état infectieux incontestable, puis mort neuf jours après. À l’autopsie, la présence de lésions hépatiques affirme la « sortie » microbienne qui fut fugace et rapide-
ment se localisa sur cet organe.
d) Cobaye 4/75. - 520 grs. - T. : 38°7.
Le 22-7-37 - à 15 heures, injection de propidon dans un sac jugulaire.
—— à 15 heures 6”, premier frisson puis état de choc intense.
— à 15 heures 30’, frissonne encore ele r5 7e
— à 16 heures, frissons moins intenses, T. : 38°.
— à 17 heures, ne frissonne plus, T. : 39°2, Hémoculture négative,
Les jours suivants l’animal ne présente pas d’hyperthermie, il reste pourtant abattu, et maigrit.
Le 28-7-37. Mort. Autopsie. Présence de multiples abcès au niveau du foie. La vésicule biliaire, très tendue, contient un liquide peu coloré, légèrement trouble, dont l'examen, ainsi que celui du pus des abcès, montre la présence d’un diplocoque Gram positif.
On voit donc chez cet animal qui présenta un choc intense après Pinjection de propidon dans un sac Jugulaire l’état général subit un dépérissement progressif, mais sans élévation thermique. A l’autopsie lésions évidentes du foie et de la vésicule, témoignant de la « sortie » microbienne,
Ces deux cas ont ainsi réalisé une modalité clinique de « sortie >» microbienne dont nous n'avions pas encore eu d'exemple et qui s’est traduite par des abcès multiples du foie.
Tels sont les faits qui, selon nous. permettent d’affirmer le rôle du système neuro-végétatif dans le déterminisme des « sorties » microbiennes conséculives aux chocs médicamenteux.
J. Reilly et ses collaborateurs l'avaient déjà sus-
nf
pecté devant la similitude du tableau anatomo-clinique observé au cours de l’anaphylaxie aiguë ou réalisé par la faradisation prolongée du splanchnique. Dans les deux cas l’irritation violente du sympathique donne lieu aux lésions fluxionnaires et hémorragiques des ganglions qui sont à la base de la plupart de « sorties >» microbiennes. Cette perturbation organique neuro-végétative représente. donc le facteur essentiel des essaimages sanguins après le choc. Mais elle ne lui appartient pas en propre. Elle apparaît comme une modalité réactionnelle du système neurovégétatif susceptible d’être provoquée par d’auttes causes toxiques ou infectieuses. Et c’est ainsi qu’une longue expérimentation poursuivie par J. Reilly et ses collaborateurs leur a permis d'obtenir les mêmes lésions du tissu lymphatique et des endothéliums vasculaires par le dépôt au voisinage du nerf splanchnique de médicaments divers, de toxines microbiennes variées, typhique, paratyphique, dysentérique, cholérique, diphtérique, streptococcique, ete. Selon leur activité, et en quelques heures parfois, tout se réduit à une simple tuméfaction hémorragique des ganglions ; ailleurs celle-ci s'accompagne de suffusions sanguines sur le tube digestif. Très souvent des « sorties » microbiennes vinrent compliquer les expériences en cours. Une seule lésion apparaît ainsi à l'origine de toute « sortie » microbienne, quelles que soient les conditions d'apparition : l'irrilation vio-
lente ou prolongée du système neuro-végétati].
Le 2
Cette étude expérimentale commencée avec la seule intention de montrer la réalité et le mécanisme des « sorties » microbiennes après choc nous a permis, en outre, de reproduire toutes les modalités réactionnelles que l’on peut observer en clinique humaine après un choc médicamenteux.
C'est ainsi que parfois au cours de nos essais il nous a été possible d'obtenir la guérison du foyer ganglionnaire que nous avions créé artificiellement. sans qu'aucun accident ne vint troubler l’action bienfaisante du choc. Témoin le protocole suivant
a) Guérison après choc au propidon sans incident
Cobaye 4/7. - 465 grs. - T, : 39°5.
Le 27-5-37, inoculation d’un ganglion mésentérique avec 1/30 cc. d’une culture pure de colibacil-
Jess Le 28-5-37, T. : 40°5. Hémoculture négative.
Le 29-5-37, T. : 40°5. Hémoculture négative.
Le 30-5-37, T. : 40°. Hémoculture négative.
Le 31-5-37
— à 13 heures 15’, T. : 39°8, hémoculture négative.
— à 15 heures 15’, recoit 1/2 ce. de propidon par voie intra-cardiaque, Choc assez marqué : frissonnements, abattement, hypothermie qui persiste une heure après, 37°3. Malgré les risques d’hémopéricarde on pratique une hémoculture qui reste stérile.
Ur
Le 1-6-37, la température est retombée à la normale. Hémoculture négative.
Le 6-6-37, alors que l’aspect de l’animal est excellent on le sacrifie pour étudier le ganglion inoculé. A l’examen histologique on constate que la capsule ganglionnaire est très épaissie. Immédiatement au-dessous apparaît un mince liséré de tissu adénoidien dont les éléments, d'apparence normale, sont simplement dissociés. La partie centrale du ganglion est occupée par cinq abeès dont un volumineux est d’ailleurs visible à l’œil nu. Chacun d'eux est entouré par un réseau de fibrocytes qui les isole entièrement. Il est impossible de ne pas être frappé par la précocité et par l'importance de cette réaction inflammatoire qui circonscrit d’une manière aussi parfaite les foyers infectieux. On note de plus que le centre de ces abcès, en voie de nécrose, tend à se désagréger et se trouve par place, complètement isolé du tissu conjonctif néoformé. Bref, on assiste sur ces coupes à un véritable enkystement des microbes introduits dans le ganglion et de la réaction pyogène qu'il avait suscitée. Une telle constatation explique la sédation des signes généraux observée après la provocation du choc.
L'analogie entre ce cas expérimental et les cas fréquemment observés en clinique humaine est frappan-
te. Le choc s’est montré bienfaisant et a déterminé un
blocage des foyers ganglionnaires qui eut abouti ulté-
rieurement à leur résorption. C’est ce que nous voyons habituellement lors du traitement par un choc des bubons scarlatineux, des phlegmons de l’amygdale avec grosse adénopathie, etc.
À l’opposé, il nous a été possible d'observer des chocs mortels. Voici deux observations qui en témoignent :
b) Choc mortel après injection de pPropidon dans un sac jugulaire.
Cobaye 5/78. - 330 grs. - T. : 39°3.
Le 23-11-37. Inoculation dans un ganglion iléo-cæcal de 1/10 ce. d’une culture pure de colibacilles.
Le 25-11-37, T. : 40°7. Hémoculture négative.
Le 26-11-37, T. : 39°5.
Le 27-11-37
— à 14 heures 45°. TT. : 395. Hémoculture négative.
— à 14 heures 55’, injection de propidon dans un sac jugulaire.
14 heures 59, frissons d'emblée très intenses
et répétés; abattement rapidement considérable, l'animal res- Le immobile, en boule, frissonnant presque. continuellement.
— à 15 heures 25’, frissonne encore, ML" 23609,
— à 16 heures. T. : 37°2. De ant cet état de choc Si marqué on surseoit à l’hémoculture, de peur de provoquerun hémopéricarde,
rt =
Le 28-11-37. L'animal apparaît encore très abattu, T. 37°5. À 15 heures il meurt. a immédiatement après. Infaretus très étendus dans les deux poumons. La séreuse péritonéale apparait congestionnée. Un peu de sérosité sanglante. L’ensemencecement du sang du cœur reste stérile. Le Sac jugulaire est retrouvé intact.
En résumé, choc intense mortel provoqué par l’injection de propidon dans un sac jugulaire chez un cobaye inoculé quatre jours auparavant dans un ganglion iléo-cœcal. L’autopsie révèle Ja présence de gros infarctus pulmonaires analogues à ceux qu’on observe souvent par irritation électrique prolongée du sympathique cervical ou même abdominal.
Il en fut de même dans l’observation suivante :
Cobaye 5/79. - 340 grs. - T. : 38°9.
Le 23-11-37. Inoculation d’un ganglion mésentérique avec 1/60 cc. d’une culture pure de colibacilles.
Met2d-llL27 'E.30°6
Le 26-11-37. T. : 39°7.
Le 27-11-37
— à 14 heures, FT. : 40°. Hémoculture négative.
— à 15 heures 20’, injection de propidon dans un sac jugulaire. Dès que l’on finit la fermeture de la plaie, l’animal apparait très abattu, reste presque inerte pendant 8 à 10 minutes; sa respiration est irrégulière, puis il commence à frissonner.
Dante
-— à 16 heures 20’, l’état de choc persiste, très marqué; T. : 35°4.
—— Mort dans la soirée. Autopsie : mêmes lésions que dans le cas précédent avec prédominance de lésions pulmonaires, gros infarctus des deux poumons. L’ensemencement du sang du cœur reste stérile,
En résumé : choc intense mortel, analogue à l’observation précédente. Mort encore plus rapide, quelques heures après l’injection de propidon dans un sac jugulaire qui provoqua le choc. A l’autopsie, mêmes lésions congestives de la séreuse péritonéale et mêmes infarctus pulmonaires signant lirritation violente du système autonome.
Ainsi donc dans ces deux cas la mort apparaît comme la conséquence directe d’un choc intense et non de la dissémination sanguine que l’on cherchait à provoquer. Encore une fois l’expérimentation nous avait permis de reproduire une éventualité observée en clinique humaine fort exceptionnellement, il est vrai, après l'emploi de cette méthode thérapeutique.
Peut-on expliquer par la seule irritation du système neuro-végétatif des réactions si dissemblables ? Sans aucun doute. Chez le cobaye 4/7 où le choc fut bienfaisant et reproduisit le cas habituellement observé en clinique humaine, l’irritation sympathique se limila à un accroissement de l’activité macrophagique des
cellules réticulaires, à une multiplication des fibro-
Et
cytes qui eut pour conséquence la fixation et la destruction des germes in situ. L’étude histologique du ganglion inoculé en témoigne.
Par contre chez les cobayes 5/78 et 5/79 l’irritation neuro-végétative fut tellement violente, le choc tellement intense, que les animaux moururent quelques heures après, non pas de la dissémination sanguine que l’on cherchait à obtenir, mais des troubles provoqués par le seul choc. Rien là qui nous étonne, car nous connaissions déjà les chocs mortels observés au cours de l’anaphylaxie aiguë ainsi qu'après une excitation violente et prolongée du splanchnique par un courant faradique. Même tableau clinique, mêmes constatations anatomiques, même pathogénie. Et encore une fois, il ne faut y voir qu’une modalité
réactionnelle du système neuro-végétatif à des causes
multiples.