‹ Les bagnesChapitre 1 sur 66 · Les bagnes · texte numérisé non relu

Les bagnes

Il y :i |Hni d'amiées encore , aux «ipoques des comptes rendus de la juslice en Fran(*', il v avait unanimité sur l'élal des lieux de réclusion. Les améliorations pronieltaienl à la sociélé des garanties prochaines de sé(!uritë, et en uième temps que le système de répression se perfectionnait , la moralisation se ressentait, disait-on, des soins assidus qu'on don^ naît à son déveioppement. Tout à coup^ une réaction s'opère, le langage change, nos institutions pénales sont dénoncées comme les plus incomplètes et les plus dangereuses, les bagnes sont considérés comme une œuvre de charité fondée en favem* des voleurs et des assassins, et aussi contraire à l'amélioration morale des condamné que funeste aux intérêts de la société. Les maisons centrales ne sont plus que des lieux de rassem- Menn'nt où les détenus s uioiukiit respeclivenienl K'iiis mauvaises pensées et conviennent mutuellement entre eux de

signes de m-ouiiaissauce qui les feront s'enlrVider, un jour, pour de nouvéauit mëfaîtSi

Tout est àdélhiire, tout est à réédifier; il n'y a de salut |K>ur la société que dans le renversement de tout le l'éginic pnnilir.

Quand ce nionvonicnl dans les idées s'est manifesté, j'ai eu ia pensée d<' < ()iiil»;iihr les paroles par des faits. Avant de me préoctujR'i- «lu nouveau régime, j'ai voulu uie rendre couiple des viees de l'aniien SNslriiie , j ai eu à Ueur de fouiller ces lieux de misères que d aulres pinceaux avaieni reproduits sous des couleurs uniformes, comme si toutes les copies eussent été prisiès sur le même calque) et js ne tardai pas n conclure qû*on avait souvent fait un tableau d'imagination, qu^on allait cDiidanmertine insiilution sans la juger , et qu'elle pouvait en appeler des hommes qui l'ignorent, à ceux qui l'ont étudiée. J'ai voulu dire ce que c'est qu'un bagne, et je n'ai l'eculé devant aucune difficulté, dévailt aucun dégoût.

Quand mes études furent faites, je n'étais qu'à moitié de In lèclie que je m'étais imposée. Plusieurs admînisirateurs distingués, écrivains de mérite, avaient à diverses épocpies foiinulé une opinion lavoiable ii I application «h» la peine des travaux forcés, mais leurs ouvrages reuini cpinldcs avaient h peine aliir»' l'atlentiou de «pielques lunnuies spéciaux. I,p resullnl de mes ohsei vai ions ponvail avoir le pareil sort , le fond était le même, je cherchai le salut du livre dans la Ibrme. Il est des lieux où il faut amener le visiteur par ruse et en le berçant, ix)ur ainsi dire, le long de la roule par des récils étranges. J'ai l'ait ainsi polir conduire le lecteur au milieu des cbiourmes ; j'ai dit quelquefois les noms et les actions des grands coupables; mais sous l'anecdote s'est placée toujours une pensée sérieuse^ Os n'était pas encore assez; un jeune éditeur, M. Gos^ lave Havanlv m*est vtenu ^n aide; il a voulu pai*èr ce livre, le mettre à la mode> l'illustrer, pour me servir de l'expression consacrée. Hardi et confiant dans tes dfvei*s éléments réunis, il a joue gros jeu. il a gjigné la |)artie, et j'ai en à m'applaudir d avoir doimé des images pour j)«iîsïie"-por i a mes idées.

L'aspect sous lequel j'ai reproduit la question m*a impose un scrupule que j'aurais sans doute surmonté si mes observations eussent ëté présentées sous une formule plus

académique Encouragé lots de la publication du Itayne de Kuclicfoii par la hionveillaiK e (l'un lioimiie d'Étal (jui, dans la lelraile, a bien voulu garder la mémoire de quebjues-uus de mes travaux , j aui ais obéi à un l»esoin du coeur en faisant un respectueux bomma^^c de ce livre.

MO.NSILUK Lt; BARON UYDI:; m{}\ïLUi ,

A.NCIBM MINIi^TRE DR LX MAHIKB BT UVS ÇOlOSlf».

I>e souvenir de son administration rappelle tout ce qui a élc lente d'inlellitron!. d'efficace et d'humain dans les l>agiies.

Son niiniskic lui une époqn«' où la rermo voloiilé du }i;nil lonciionnaire comprima collo révolte bureaurralique existant depuis TEmpire, qui tendait à étouflér^ comme elle le fait eucore aujourd'hui) Tinstitulion sous son mauvais vouloir.

Le classement des condamnés par catégories morales se nomme encore, dans les bagnes, classement Hyde de Neuville; cette dénomination est un monument oraL

Quand on aura étoufle sous Tinsouciance administrative cette pensée qui a été et pourrait èti'e si féconde, son nom rappellera encore un des hommes qui ont poussé le plus avant l'étude intelligente des lieux de réclusion*

Le résultat des travaux <de M. Hyde de Neuville eAt tourné au profit de la société, tout en laissant à Ibumanité la part dont elle doii jouir comme d'un saiul pi ivilége.

En renonçant, pour les molils que j'ai dits, a l honneur do

placer le nom de M. le baron Hyde de Neuville en léte de celle

œuvre imparfaite, je me r^rve une consolation, celle de signaler, comme hislorien, les actes de rhonane d'État qui a compris ce que l'inslilulion des bagnes bien entendue pourrait avoir de socialement utile dans son développement , qu'il a secondé de toute sa puissance.

Maurick àLHOY.

Page 1