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CHAPITRE XXV

MARIE Ut CABOaS.

On vit ses joues se colorer d'une noble rougeur , son jeune cœur se gonfler d'héroïques résolutions.

Le plus pénible de ma tâche est rempli. Nous n^avons plus à parcourir les détails hideux de brutalité et les tableaux honteux du crime et de la honte. Arrivons au récit de deux actions que tout porte à r^^arder comme les preuves des plus nobles sentimens et d^un dévouement dont on n'a point d'exemples. En prononçant le nom de Marie , le cœur s'émeut ; en questionnant son long sacrifice , un doute pénible s'évanouit , la conviction d'une action héroïque naît , uue larme s'échappe. Marie de Cahors et François Mayenne se trouvent cependant tous les deux sur le re^ gistre du bagne de Rochefort.

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Le 26 septembre 1 822 , deux condamnés sont amenés par chaîne volante à Rochefort. Un agent de surveillance se préparait à leur faire subir la visite minutieuse qui précède l'entrée dans les salles du bagne. Un des condamnés paraissait vouloir se dérober à de si honteuses perquisitions; son tour arrive ; il prie, il supplie ; il met tant d'instance dans ses demandes et tant d'opiniâtreté dans ses refus, qu'on va avertir le commissaire du bagne et que le jeune homme est bientôt introduit dans son cabinet. Là les refus recommencèrent, et usant pour lui de plus de condescendance qu'on n'en a d'ordinaire , on lui demande de donner quelques raisons plausibles , d'indiquer une cause à son obstination. Le jeune condamné ne répond pas, il pleure; enGn, un garde-chiourme met brusquement la main sur lui , enlève sa veste ; malgré ses prières , le dépouille de la partie supérieure de ses vétemens : c'était une femme.... Elle était marquée des lettres!. P.

La cartouche du condamné portait le nom de Joseph , enfant naturel , condamné par la Cour de Cahors aux travaux forcés à perpétuité. Son sexe reconnu , elle déclara s'appeler Marie , se dit âgée de vingt-trois ans , protesta de son

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innocence et s'obstina à cacher le motif qui Ta décidée à garder un secret aussi important, EUe a été transférée à la prison de Saint-Maurice.

Cette jeune fille était-elle la personne coupable ? S'est-elle présentée à la Cour d'assises pour un autre, ou s'est*elle substituée, après le jugement , à celui qu'elle voulait sauver?

L'hypothèse qui semble prévaloir est celle où Marie serait réellement l'individu arrêté et jugé sous le nom de Joseph. Voici les faits :

Le 1er avril 1 822 , à nuit close , deux individus, appelés Jeati Pratourey et Antoine Conwd , se présentèrent chez M. le maire de Saint- Vincent , au village de -Negra , et dénoncèrent à cet ofiEh cier public qu'ils venaient d'être dévalisés par huit personnes , dont sept armées de fusils à deux coups et la dernière d'un pistolet et d'un bâton.

Pratourey n'opposa aucune résistance, et on se borna à lui prendre deux cents francs qu'il avait sur lui. Quant à Conord , fier de son eou- , rage et de sa force extraordinaire , il VQulijit. ^ défendre ; mais blessé à la tète d'un rude coup de bâton et meurtri dans toutes les parties du corps par les coups de crosse et de canon de fu$il qu'il avait reçus, il tomba enfin et fut obligé de der mander gprâce pour la vie. On fouilla alors daaa

ses poches et on lui prit deux cent quarantesix francs 'j une montre en argent , un coupon d'étofifes , une paire de souliers et le sac dans lequel il portait ces deux derniers objets.

Après cette expédition , les voleurs s'éloignèrent rapidement. Dès qu'ils eurent disparu , Pratourey , qui s'était tenu à une certaine distance du lieu de la scène , s'approcha de son camarade, le releva, et ils paryinrentjusqu'à N^ra. CcNiord et Pratourey terminèrent leur plainte en déclarant qu'ils avaient reconnu parmi les â^sassms deux jeunes gens nommés Cancès et Robert, l'un et l'autre déserteurs et habitans d'un hameau voisin. On entendit de nombreux témoins , leurs déclarations furent unanimes. Ils avaient bien vu des hommes armés par groupe de trois à quatre personnes ; mais ils n'avaient reconnu aucun des individus. Quelles sont donc les chaînes qui déterminèrent la condamnation de Joseph ? les voici : Conord et Pratourey , appelés devant le juge d'instruction , ne se bornèrent plus à accuser Cancès et Robert, mais ils désignèrent quatre autres jeunes gens , parmi lesquels Joseph, enfant naturel , qui , selon eux , porta le premier coup à Conord. Voilà le seul moyen dont l'accusation ait pu se prévaloir contre

Joseph» Voyons les diverses circonstances qui se réunissent pour Faffaiblir.

La nuit commençait à tomber , disent Conord et Pratourey; mais il y a plus de cinq témoins qui rencontrèrent les voleurs avant l'événement , et à un quart de lieue de Tendroit où il se passa , qui déclarent qu'il était difficile de distinguer les objets ; Tun d'entre eux , qui marchait à quelques pas en arrière, ajoute même que l'un des brigands vint le joindre et lui dit : « Les suivons-nous ?» Un quart-d'heure avant la scène , il faisait donc déjà assez sombre pour que les voleure ne se reconnussent pas entre eux.

ConoM et Pratourey ne nommèrent d'abord que Robert et Cancès. Comment expliquent-ils l'addition qu'ils firent à cette déclaration? « Nous étions troublés , disent-ils ; d'ailleurs nous fumes suivis chez M. le maire pv une foule de personnes devant lesquelles nous crûmes prudent de restreindre nos désignations. » Ainsi, sans s'être concertés , ils conçoivent l'un et l'autre les mêmes craintes , ils forment le même projet de ne signaler que deux de leurs assassins , et leur choix tombe jarécisément ^ur les mêmes individus. Devant le juge d'instruction, ils ne parlèrent plus de Robert qu'ils avaient désigné de-

vant le maire de Saint - Vincent. Où leur demanda, dans un second interrogatoire, la cause de cie Silence ; Conord hésita et finit par rëyiènir à sa première déclaration. Pratourey répondit t a Les réflexions que j'ai faites depuis ne me permettent plus d'affirmer que je Taie reconnu ; j'ai cru devoir me taire sur le coïnpte de cet accusé. »

Enfin , sur les six individus qu'ils dénoiacèrent à la justice , l'un est encore contumace ; deux ( dont Joseph ) ont été condamnés , et les trois autres établirent aux débats leur alibi incontestable ; le premier , par trois personnes chez lesquelles il avait successivement passé la soirée ; le second par quatre témoins appelés par le ministère public , dès le principe de l'information ; le troisième, Robert, par six témoins à décharge, à la vérité, mais dont la probité fut constatée par les certificats les plus honorables des maires de leurs communes respectives. Ces trois prévenus furent acquittés.

Voilà les faits dans toute leur vérité. Je me dispenserai d'en tirer les conséquences, elles se présentent d'elles-mêmes; d'ailleurs, la cause de Joseph est irrévocablement jugée , mais celle de Marie ne l'est pas encore ; et quelle nouvelle force n'ajoute pas la

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découverte de son sexe aux considérations déjà si puissantes qu'on opposait pour sa défense t Aucun reproche ne s'éleva aux débats contre sa moralité ; mais son secret ignoré si long-temps de la contrée qu'elle habitait, est une preuve plus frappante encore de la pureté de ses mœurs» Il faudrait donc qu'une femme , qui possédait la vertu la plus précieuse de son sexe, se fut associée à une bande de brigands , qu'elle eût partagé les dangers de leur expédition et réclamé l'honneur de frapper les premiers coups !

Que l'on daigne ensuite y réfléchir. Si Marie avait été coupable, ne se serait-elle pas empressée de découvrir son sexe; il n'existait contre elle que les déclarations de Conord et de Pratourey; mais ils ne l'avaient pas nommée dans leurs plamtes ; mais le second s'était rétracté -, mais leur indication imprudente n'avait-elle pas conduit sur la sellette trois innocens ? Ce n'est donc que dans le sentiment de son innocence que Marie trouva la force de garder un secret dont la révélation devait la sauver.

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