‹ Les bagnes: RochefortChapitre 30 sur 45 · CHAPITRE XXVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVI

XM. l'aMIRAI. JURIEir, PRUSSy HUBERT.

Ils firent èdater leur zèle poar Thumaolté, et leur empressement à la servir et à la défendue.

TIEHHST.

Au milieu du tableau hideux des bagnes , quelques détails consolans Tiennent cependant s'offrir en' contraste. Si le nom de certains hommes qui interprètent mal les devoirs de la surveilUance reste dans la mémoire comme un souvenir pénible, le nom de quelques autres vient offrir la garantie d'une pitié qui sait s'allier à la sévérité réglementaire* Prononcer le nom de M. le contre-amiral Jurien, préfet maritime à la résidence de Rochefort , c'est attester que le coupable trouve dans une autorité supérieure un pouvoir qui réprime les actes d'un arbitraire cruel. Si le forçat de Rochefort est en butte à tant de supplices, c'est qu'il ne

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dépend pas enUèrement de M. Jurien de les faire cesser , et plus que tout cela , c'est que M. le préfet maritime ignore souvent' des détails auxquels ses fonctions ne lui permettent pas toujours de descendre.

En visitant les bureaux des constructions hydrauliques et les ateliers de la lithographie qui en dépendent, M. Vie, ingénieur, me donna les preuves d'une complaisance dont je lui trans^ mets ici les marques d'une vive gratitude. J'eus par son intermédiaire occasion de m'entretenir avec M. Pruss, ingénieur en chef, attaché au port de Rochefort : le fitmctionnaire jdiilantrope me fît part ée quelques améiioralionf qu'il avait , prcjetees dans l'intérieur du bagne. « Nous trouvons tant d'obstacles, me dit M. Pruss, que tous nos essais tendans à l'amélioratîon du sys^ tème des ba^ies ne doivent être r^rdés par nous que comme ces rêves dont on jouit im moment sans croire à la réalité. Ceux qui peuvent le bien ne le font point, et ceux qui le désiroift ne sont point placés dans une position à le faire. » M. Pruss s'étendit sur la nécessité d'assainir les salles du bagne , sur la faedité et les moyens éoonomiques d'arriver à ce résultat; éor les nombreuses propositions qu'il jeu avait

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ftûtes, propositions qui toutes étaient restées sans accomplissement ou qui avaient été ajour* nées. Il me parla des lits en fer qu^il proposait pour remplacer les bancs de bois sur lesquels le forçat repose ; faits en métal , la putré&ction ne pourrait y pénétrer * ; et pour obrier à Finfection que jettent les baquets en bois, réceptacle de toutes les immondices, M. Pruss ferait pas* ser, sous son lit foi^ ^i arche, un ruisseau d'une eau courante qui se prolongerait dans toute la longueur de la salle. J'ai vu le modèle de ces lits de fer. Le jour où je rendis visite à M. Pruss, il devait soumettre son plan et montrer cet in-* génieux ouvrage à M. Famiral Jurien. Le désir que M. Pruss manifestait de voir son projet adopté avait bien moins pour but de satisfaire un noble amour-propre que de servir la cause de l'humanité. M. le préfet maritime accueillit avec en« thousiasmele plan de M. l'ingénieur, et lui-même combattit les objections d'un chef de surveil* lance. Croirait-on qu'un des principaux ai^umens contre l'établissement de ces lits était la difBculte qu'on éprouverait à frapper sur une faible tringle de métal la partie du ferrement qui attache le con*

■ Le fond du Ut était en fil métallique.

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damné quand il est sur le Ut ! Peut-être M. Pruss fut-il contraint à promettre d^ajouter à son modèle une sorte d'enclume courante, pour satisfaire à l'exigence d'un homme qui n'admet pas de système administratif sans l'auxiliaire des barres ou des chaînes. Sans doute des obstacles se présenteront encore pour paralyser les heureuses pensées de M. l'ingénieur ; et peut-être le forçat restera-il long-temps en proie à toutes les souillures da la malpropreté et sous l'influence d'une atmosphère infecte.

Dans le port , les r^;ards se portent sur plusieurs machmes aussi utiles qu'ingénieuses. Elles ont été élevées par M. Hubert, ingénieurconstructeur» Le premier de ces ouvrages est un moulin à scier, qui débite les fJaàiçûns et les pièces de bois suivant le sens de leurs courbures. La construction du second moulin assure à M. Hubert un juste tribut de la louange due aux amis de l'humanité. Jadis les foï^ts, attelés péniblement à une chaîne ou à une longue corde, tiraient la vase qui encombre le lit de la Charente, et nettoyaient ainsi la rade du port; d'autres étaient occupés à laminer le plomb; d'autres broyaient, dans les magasins, les couleurs qui servent à la peinture des bâti-

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mens. Ces trois sortes de tràYàux pénibles ou dangereux ont souvent augmenté les tables de mortalité du bagne. Aujourd'hui, le vent, frappant dans les ailes du moulin, met on action un mécanisme simple, véritable chef-d'œuvre : les vases , qui s'amoncellent a:u devant de l'écluse des nouvelles formes, sont extraites ; les couleurs nécessaires aux ateKers de peinture se broyent ; le plomb sort taillé en laides lames ; et, en passant auprès du moulin de M. Hubert, le condamné remercie l'homme bienfaisant qui l'a soustrait à une longue fatigue ou à un travail peut-être mortel.

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