RÉCAPITULATION
fiévreux
blessés
véner. et galeux prisonniers . . .
fiévreux
blessés
Le 30 août il existait, à l'hôpital, 1,223 ma< lades.
SAYOIB :
IndWidus apparteMuit à la
marine 762
— à la guerre 61
Prisonniers ciyUs 5
Forçats 4^4
Fiéyreux . . . . • i»io^
Blessés 7t
Vénériens 4^
Galeux. . . ^ > 4
Plus â Saintes ,
— à la marine 199
Jlu MartroUj
Forçats' 65
■ Ce qui met le nombre des forçati à 469»
PAGl 20.
V empressement de certains chefs qui y serva?it la curiosité du visiteur y s* en établissent les guides officieux pour lui manquer quelques détails du tableau.
Comment se rendre compte du sentiment de satisfaction manifesté par des visiteurs qui, en sortant des salles du bagne, sont ravis de l'ordre qui y règne , et de l'état de bien-être dans lequel on entretient les condamnés! Voyons M. Appert arriver dans ces lieux de réclusion : c M. le préfet maritime donna des ordres , dit- il , pour me laisser visiter le bagne avec une entière liberté. Après avoir parcouru a^se% vite les salles ayec l'aide-de-camp de M. le préfet maritime , arriva M. le commissaire ; il me témoigna ses regrets de n'avoir pas fait avec moi la première visite, et nous convînmes de voir de nouveau ensemble toutes les parties du port. Je revins à onze heures pour trouver tous lés forçats réunis , et le commissaire s^ empressa de me conduire aux salles. Des coups de sifflet et des
^ cris à bas les bonnels ! annoncèrent aux condamnés notre visite. »
Je le demande avec tout le respect que doit inspirer le dévouement d'un homme qui consacre son existence au bien de l'humanité , est-ce par des visites faites ainsi que celui qui cherche à signaler les abus parviendra à les connaître? Quel forçat osera se plaindre pendant cette sorte de revue solennelle? quel garde-chiourme ne comprimera pas un moment son besoin de brutalité? Des lettres peuvent être remises par les condamnés à celui qui les inspecte ; mais le visiteur ne pouvant que prier pour le plaignant, n'étant revêtu d'aucune autorité pour faire cesser le mal , le condamné n'a-^t-il pas à craindre la vengeance des agens que la pitié du visiteur aurait pu un moment suspendre? Qui ne se rappelle ces époques d'inspection au collège des départemens ! Quand un des membres de l'Université arrivait , des habits neufs étaient faits à la hâte, la qualité des alimens changeait, le vin recevait une quantité d'eau moins pesante que de coutume. Si ces petits stratagèmes étaient employés dans un lieu d'instruction, à bien plus forte raison peut-on voir ces tours de passe-passe administratifs dans un asile de réclu-
sion oule bien*élre des hommei est compté pour si peu de chose. La présence de M. Appert serait utile dans les bagnes sans doute, mais il faudrait cpi'il y deiQeuràt constant intermédiaire entre le pouvoir qui pourrait réprimer et la surveillancequi s^égareraîft dans ses mesures pénales. Sa présence d'une semaine datas ua bagne est presque mille pour Teffet moral qu'on serait en droit d'en espârer si eUe se prolongeait. J'afiBrmerai presque qu'une Tisîte faite rarement parim homme qui est le censeur de tous les actes de InrutaUté, ajoute dix ou ringt bastonnades dans le tableau habituel des corrections* Ce que dit un vieux forçat k M. Appert vient & l'appui de ce que j'avance : Je dois rester ici toute ma vie, disait cet homme , nuiis si vous restiez avec fwas , çu me serait égal.
9* âM> «€
Telle est ta livrée da/orçal.
Le costume du forçat, déterminé par une ordorniance , est la veste sans collet , éc^ancrée au cou de manière à le déoouvrii' presque entièrement, lé caleçon de drap rouge- descendant un peu plus bas que le genou , la jambe nue. Tous cependant portent des pantalons et des Vestes à collet. Ce diang^ent au <!0^tuinef est aux frais dés forçats. L'été , deux pantalons de toile rem^ placent le pantalon d'étoffe. Ils ont deux chemises, une paire de guêtres, un bonnet et une vareuse pour rhiver.
Long-temps, dans lés chiourmes ,ie linge des for^s était lavé avec de Furine que l'on conservait toutQ la nuit daiis les seaux, et qui le matin , après la défilée, était remise aux blanchisseuses gour en faire usage.
Quelques mots du langage des prisons. (Argot. )
Les malfaiteurs , s'isolant de Tordre social , ont dû se créer un langage qui leur assurât le mystère. Leur langue de tradition, qui s'enrichit tous les jours , laisse échapper des expressions d'une énergie étonnante. Parmi les mots qui offrent les métaphores les plus hideuses , on remarque quelques phrases qui ne sont pas sans un certain charme de poésie. C'est ainsi qu'ils appellent la lune la luisante, la sonnette la babillardey la paille la frétillante. Un nom qui peint d'une manière énergique l'objet qu'il désigne , est celui donné à la guillotine : ils la nomment... la veuve!
Les nombreux tributs que le bagne de Roche" fort a payés à ce champ de repos.
Depuis 1816 jusqu'en 1827, il est mort à Rochefort mille sept cent soixante-huit forçats^ et le total des décès depuis son établissement est de onze mille neuf cent quatre-vingts (deux années exceptées, 1814 et 1815, dont j'ignore lo. chiffre de mortalité )•
BAGE 99.
£n est^ilque voui ayez absous par$m les can^ damnés?
•Il est malheureusemait certain qu'il existe dans les bagnes quelques hommes non coupables. Je «i^arràtai ) èkt M. Appert, derant un oondanmé dont Tîniiooenee paraît certaine , c'est pour suivire son fils qull s'est déclaré eriminel ; il supporte avec résignation le résultat de son amour paternel ; ses chaînes ne lui paraissent pas lourde^ ; il ne laisse pas échapper un regret ; sa pensée est la liberté de son fils , et cette idée lui fait supports avec une espèce de bonheur cet ignominieux esclavage.
Un condamné nommé Bloix est au bagne avec son père , qui , impliqué dans la même afiEaire y fut condamné ^al^nent ; depuis ce jugement , un homme , à l'instant de mourir 9 a déclaré qu'ils étaient innocens et que c'était lui qui avait com* mis le crime. Cette déclaration a été faite à un fonctionnaire honorable qui affirme le fait sousi sennenti,
Encore une preuve fournie par un acte du plus sublime dévouement. François Mayenne , d'Auch, fiit accusé d'une tentative de meurtre en 1822. Il avoua le crime, fut condamné aux travaux forcés à perpétuité. Le bourreau lui plaça le fer brûlant sur l'épaule ; il revêtit Thabit du bagne , et là , par la ruse d'un agent de police, on obtint l'aveu du plus sublime dévouement. François Mayenne n'était pas coupable ; il s'était présenté à la place de son père , et avait parcouru pour lui tous les degrés de la honte et de la barbarie des hommes. La clémence royale était là pour récompenser ce trait de dévouement filial. Le 18 juin 1823, des lettres de grâce , pleine et entière, arrivèrent au bagne ; dles forent données à Mayenne en présence de tous les condamnés , et lé stigmate de honte empreint sur son épaule devint pour liii un insi- ^e de gloire.
©• aSo ^
J ce moment^ deux Nègres passèrent près de nous.
Peut-être ai-je confondu le nègre Louis avec Charles et Polycarpe, Nègres aussi condamnés aux ti*ayaux forcés par la Cour de la Martinique, comme soupçonnés de crime d^empoisonnement sur des hommes et des animaux.
Polycarpe , dans une requête adressée à M . Appert et rédigée sans doute par un payot, s'exprime ainsi :
a J'ai été confondu dans une réunion d'infortunés que des haines entre des blancs habitant la colonie , o|it conduits à Tinfamie sous le spécieux prétexte de révolte dont les premiers actes se faisaient sentir par des empoisonnemens.
» Mes juges en me condamnant m'ont cru coupable, ils ont cédé au cri de leur conscience et au besoin de donner un grand exemple à la multir tude qu'il fallait effrayer; mais il est possible aussi que la justice ait été trompée , et j'atteste le ciel qu'elle l'a été à mon égard. Je vous supplie, Mon-
aSi
sieur , interrogez mes chefs sur mon compte et sur celui de mes compagnons d'infortune ; ils vous diront tous que nous sommes bons , doux et d'une obéissance extrême. En mettant le pied sur la terre continentale, nous avons tout perdu, parens , amis et protecteurs ; personne n'intercédera pour nous , et le Roi ignorera toujours que nous gémissons dans ses ports. )»
Ces deux Nègres , ajoute M. Appert, ont résisté à la contagion des bagnes , ils obéissent sans murmure, travaillent avec courage et sont l'objet continuel des louanges des employés. Un forçat dit à leur sujet : « Ces gens-là sont bien malheureux , ils ne peuvent pas s'habituer ici ; la vie du bagne les rend à plaindre, et nous serions tous contens de les voir retourner chez* eux ; ils ne sont pas capables de faire du mal à un enfant ; tâchez donc de les faire gracier, »
D'an agent en chef de la surveillance.
« M. Cr , homme probe, remplit ses devoirs ayec intégrité,» dit M« Appert dans la Relation de son Voyage h Bxx^hefort. Rendre hommage à la probité du commissaire du bagne n'est point s'imposer l'obligation de louer les actes de son administration. Quand on eatre aussi courageusement que le fait M. Appert dans la route des améliorations , il faut tailler dans le vif, et souvent contrarier les exigences de la galantme. L'intendance d'un bagne ne convient ni au caractère, ni à la méthode administrative de M. Cr Il se renferme
trop dans l'obligation de la surveillance ; dans la garde d'un forçat, il voit la responsabilité iFun corps; on aurait bien du mal à le convaincre que la société exige de la détention quelque chose de plus que la conservation d'un individu , et que la direction morale des condamnés, le développement de l'état intellectuel , doivent être aussi l'objet des soins d'un agent de surveil-v
lance. « Les gardes ont besoin, dit M. Appert, d'être tenus sévèrement : les gardes-chiourmes ne doivent pas oublier que les réglemens interdisent de frapper les galériens. » N'est-ce pas là le motif d'un reproche à adresser au chef?
L'homme qui a entre les mains le pouvoir discrétionnaire est le seul qu'on doive accuser de ce relâchement dans les rangs des agens secondaires. Au reste, si M. Cr s'est trompé sur
son système , M. Appert aura peut-être été assez heureux pour le convertir, et lui persuader qu'un commissaire du bagne ne doit pas laisser toujours son cœur à domicile.