NECESSITE DE DONNER AUX GHIOURMES UNE ORGANISATION REGULIERE
Reooimaifisant rimposstbtiité de remédier en détail à ces înconvéniens, j'ai cru devoir envisager la question d'une manière plus générale , et j'ai recherché s'il ne serait pas possible de créer un systémequiy en maintenant la répartition acUieUe des condamnés, offrit en mémetemps des moyens propres à améliorer leur moral , k assurer la sûreté des bagnes , et à produire les meilleurs résultats possibles sous le rapport des travaux.
La question du perfectionnement du r^me des chiourmes a acquis un nouveau degré d'importance depuis que les rapports de M. le marquis de Barbé-Marbois, en faisant ressortir l'exagération des plaintes portées contre les forçats libérés, ont prouvé qu'il pouvait être utile de consarver les bagnes, et ont, en outre, démontré l'impossibilité de substituer la peine de la déportation ^ celle des travaux forcés.
J'ai cru reconnaître que le vice principal du régime actuel était le défaut d'organisation régulière. En agissant sur des masses non oi^ani&ées,
on rencontre constanunent une force d'inertie considérable; les hommes n'y sont point individualisés; ils ne sont les uns par rapport aux autres que des élémens sans lien et sans solidarité. Il en résulte que Faction des agens de surveillance ne pénètre pas dans Fintérieur des 'masses , . et se trouve presque toujours arrêtée à la surface; de-là résulte aussi , dans l'emploi des condamnés , un manque d'ordre, de régularité et de continuité, qui est extrêmement préjudiciable k la prompte exécution des travaux.
II me paraît donc utilede donnerauxcbiourïnes une organisation régulière, et je regarde comme indispensable de confier aux mêmes agens la garde des forçats et la surveillance des travaux. C'est d'après ces principes que j'ai rédigé le projet d'organisation détaUlé ci-après «
PROJET d'organisation.
J'ai pris pour base la disposition prochaine du bagne de Rochefort qui , lorsqu'il aura été complété, sera composé de quatre salles égales et pourra servir au logement d'environ deux mille forçats ; chaque sa]le contiendra quatre bancs ,
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en chaque banc recevra de cent ▼ingt à cenl trente coAdamnës. Il sardt facile d'appKquer, dans les aiutres porta, PorgamsatioD projetée, en Ini faisant subir qudques modifications que les difiBsrœces de localités rendraient nécessaires.
Toute la chionnne sera divisée en deux catégories : l'une formée des ciondamnés à temps y l'autre des condamnés à perpétuité*
La première occupera trois salles, la quatrième saUe ne sera occupée que par les hommes de la seconde catégorie.
Tous les condamnés à temps seront affectés à des travaux d'*t et d'intefUigenee ; tous les condamnés à perpétuité seront réserrés pour les travaux de force.
Les hommes de la première catégorie seront classés par corps d'état; ceux qui scwnt sans profession , ou qui ont exercé des professions non utilisées dans les ports, seront classés eomme apprentis dans la proportion des besoins des d^ vers chantiers.
On divisera les condamnés par escouade de dix hommes , parmi lesquels on choisira un chef et un sous-chef; deux escouades réunies formeront une brigade , qui sera ^isè soud les ordh*e& d'un caporal ou sergent de chiouî>mes ; enfin six
brigades fermeront imp compagnie , à la tête de laquelle on placera on sousr-^adjadaïit, et qui occupera un banc. Le commandement des quatre compagnies de chaque salle sera confié à un adjudant.
Les adjudans , les sons-adjudans et les sergens seront chargés de scmreîller les forçats, dont ils auront le commandement, dans les salles du bagixe et sur les chantiers , sous le triplé rapport de la moralité , de la sûreté et du bon emploi du temps.
îie^ serg^tïs, placés k ia fi^tâte des compagnies , seront destinés à remplir 1^ vacances qui p^mtront survenir, et, en duti^, à surteil' 1er tes «o^damnés mala^des dans les salles de l'hôpital.
Leis chefs et sous-chefs d'esdouades seront tenus d'assurer le maintien de Tordre parmi leurs subordonnés , de diriger leurs travaux en les partageant , de s'opposer aux évasions , et enfin de seconder les sous-dfficîers des chiourmes dans l'exécution de toutes les mesurés qui seront prescrites.
On attachera ces hommes aux nouveaux devoirs qui leur seront imposés en les faisant jouir de divers avantages propres à rendre leur sort
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^lus supportable, et surtout à les élever audessus des autres condamnés.
Les forçats de chaque escouade seront classés entre eux par rang d'âge : les chefs et sous-chefs seront répartis sur les bancs de manière à diviser les compagnies en demi-escouades.
Pour la fecilité des travaux, les hommes delà première catégorie seront mis en chaussette , et porteront seulement une petite manille d'acier ; Taccouplement ne sera employé pour eux que comme moyen de correction.
Tout f(H*çat , qui se sera évadé , ne pourra plus être mis en chaussette ; il en sera de même pour tout chef ou SOUS' chef d'escouade qui sera convaincu d'avoir eu connaissance d'un projet d'évasion et de ne pas s'être opposé k son exécution , soit directement , soit en en donnant avis au sergent de la brigade.
La seconde catégorie recevra la même organisation que la première ; mais pour multiplier les moyens de surveillance, on attachera en outre un caporal à chaque escouade.
La nécessité de maintenir dans les salles le plus grand ordre possible exige que tous les individus qui y sont renfermés , soient soumis au même régime, et en conséquence il parait indispensable
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d'isoler dans un local particulier les hommes condamnés à la double chaîne, et ceux qui sei*ont retenus au bagne par mesure de correction. C^est pour ces grands criminels , dont l'influence pernicieuse agit puissamment sur la masse des condamnés , et non pour les forçats à court terme y coïnme le propose M. Quantin, qu'il me semble convenable de faire usage du système cellulaire.
Un petit bâtiment, contenant une cinquantaine de cellules , sera construit k l'extrémité de la grande cour du bagne ; chaque cellule aura deux mètres cinquante centimètres de longueur sur un mètre vingt-cinq centimètres de laideur, avec un jour placé à deux mètres au-dessus du sol.
L'approche de ce bâtiment sera défendue par un entourage en chaînes.
Les compagnies de gardes - chiourmes seront supprimées, et les forçats seront gardés par des factionnaires dont le placement sera indiqué chaque jour par l'administrateur de la chiourme. Il est facile de juger qu'il suffira d'affecter journellement à ce service un détachement peu considérable, et qu'il y aura même lieu de le réduire successivement , à mesure que les bons effets du nouveau système commenceront à se faire sentir.
L'organisation proposée , analogue à celle qui
a élé adoptée pour les prisouniei» de guieire, sera une mesure avantageuse sous le raj^port de la moralité des focçats : elle permettra d^établîr une échelle de récompenses et de peines, et de donnear ainsi k ces bommes un intérêt puissant à se bien conduire ; faction continue des mêmes chefs sur les mêmes subordonnés aura pour effet d'impri* mer à la vie de ces denners une plus grande régularité, et la divistoo des .compagm'es en demi^^esoouades s'opposera d'une mamière f&caœ au déyeloppement de ia corruption } les forçats k temps seront séparés de ceux k perpétuité , et oes 4emters même , jouissant d\fpe existenèe plus tranquille , seront disposés ti subir leur peine a^ec plus de résignation.
Cette mesure sera également avantageuse sons le rapport de la sûreté des bagnes. La surveillance descendra fadlement jusqu'aux* dernières ramifications , 'Ot sera plus exacte parce cpï'dile sera plus circonscrite ; les individus , places k 1^ tête des escouades , ne seront plus Uvrés sans défense à l'influence corruptrice des grands soé^ lérats ; ils tie seront pins dtq)rès d'eux comme des compagnons , mais comme des chefe , jouissant d'une autorité réelle et ayant intérêt à la faire respecter pour pouvoir conserver 'les avantages
qui y auront £t£ attachés j ce ne sera plus de Ve$^ pionnage qu'on leur .demandera, mais l'exercice d'une surreillanee qui sera pour eux sans danger , et qui n'aura rien d'avilissant.
Enfin cette mesure s^ra avantageuse sons le rappdit de l'emploi des forçats e l'^gamsaidon des oompagtûes se prêtera ^ toutes les répartir tions, suivant les besoins jouriialiers des ateliers; les (dieiSs d'escouades , pris en général parmi les meilleurs ouvriers, car oe sont ordinaûr^nent ceux qui ont la conduite la pkis régulière, seixs^t aptes à remplir dans les chantiers remploi.d'aidesoontre^maîtres, jet léssergais des dhiourmes, s'ils sont convenablement choisis , seconderont très^ utileny^t les maîtres dans la smreiUance des travaux , swtout s'ils sont intéressés par uœ haute paie proportionnée à l'avancement et à la boni^ eobfection des ouvrages.
Le contact entr^ les individus des deux catégories sera à peu près nul dans le ba^e et sur le$ chantiers ; on pourra également Je rendre presque nul à l'hôpitaL Peut-^éfre , au reste , sera^-il plus convenable de traiter sans déjpiaee* ment les fd^çats malades de la seconde cat^orie? Le nombre de» eondapimés à perpétuité n'étant habttuellemafit que d'a^ivâron quatre cents ^ un
cinquième de leur salle pourrait être séparé par un mur de refend , pour former une înBrmerie.
LeA adjudans et les sous-adjudans ne partagent pas la défaveur déversée sur les compagnies de gardes-chiourmes ; on peut donc espérer que les sei^ns , placés immédiatement sous les ordres de ces sous-officiers , jouiront également d'une bonne réputation , et qu'ainsi il sera facile de les recruter parmi les ouvriers civils et militaires ; il sera juste d'ailleurs de leur accorder les avantages attribués aux sous-officiers qui se trouvent attachés aux compagnies de discipline.
On peut ajouter une considération à celles que la commission a fait valoir pour prouver qu'il est inutile de séparer les nouveaux forçats des anciens ; c'est que la division par catégories existe déjà en partie dans les bagnes , et que tous les condamnés n'y sont pas, comme le croit M. Quantin , confondus indistinctement. Au bagne de Rochefort , la salle Saint- Antoine renferme tous les forçats à perpétuité et les forçats à temps réputés les plus dangereux ; la salle Saint-Gilles, les condamnés à long terme, et l'ancienne caserne Martrou, les condamnés à court terme. On a renoncé depuis long-temps , du moins à Rochefort , à l'usage d'accoupler un grand criminel avec
un forçat à court terme , • et Fadministration a reconnu que, s'il était de son devoir de prévoir les évasions , c'était pour elle un devoir encore plus sacré de s'abstenir de toute mesure qui aurait pour résultat d^augmenter la démoralisation des condamnés.