INTRODUCTION. — SEJOURS D HIVER. XLVI
Ceux qui n'ont rien à craindre d'un climat excitant sont les seuls a qui cette station convienne.
La température est douce, avec des écarts fréquents, et assez étendus. En hiver, les matinées et les soirées sont froides, une brise assez forte importune souvent les promeneurs qui, suivant la direction et l'exposition de la route, passent d'un air chaud dans un air plus ou moins froid. En outre, il n'y a pas à Amélie de promenades horizontales, on est toujours dans la montagne, sur un terrain en pente. Plusieurs points cependant ont le privilège d'une température également chaude pendant les heures où le soleil est sur l'horizon.
La température moyenne de janvier, le mois le plus froid, est de 7°, 8, celle du mois de juillet, le plus chaud, de 24°, 6. Le thermomètre descend souvent, pendant la saison froide et avant le lever du soleil, à zéro et môme un ou deux degrés au-dessous ; on a noté par exception des minima de —3° et — k°. On compte en moyenne dans l'année 210 jours sereins, 8k jours nuageux ou couverts et 71 jours pluvieux. M. ledocteur Genieys, qui depuis longtemps exerce k Amélie-les-Bains, dit qu'il règne dans cette station une sécheresse douce, moins rude que sur les bords de la mer. La pluie y est rare et, lorsqu'il pleut pendant un ou deux jours, on est to«t surpris de ne pas avoir, en respirant, la sensation d'un air humide. La plus belle saison est l'automne, du l61 septembre au 15 décembre, et parfois jusqu'au 15 ou 25 janvier. En hiver, il y a toujours une quinzaine difficile à passer, à cause du temps variable, âpre ou pluvieux. Cette période se présente tantôt en janvier, tantôt en février, en mars ou même en avril. Le printemps est plus désagréable que l'hiver, c'est la saison du vent.
En résumé le climat d'Amélie est caractérisé par une sécheresse habituelle assez douce, une âpreté notable dans les temps variables et pluvieux, et des brises inattendues qui exigent les plus grandes précautions.
M. Genieys considère le climat d'Amélie comme favorable aux constitutions molles, lymphatiques, ayant besoin de stimulation; ce climat relève les forces, mais il est contraire aux personnes nerveuses, trop sanguines ou sujettes aux jhétnorrhaffies.
Le Vernet, au N. 0. du Canigou, sur un de ses contreforts, à 640 met. d'altitude, est, comme station d'hiver, dans des conditions climatologiques analogues à celles d'Amélie et, quoique situé beaucoup plus haut, jouit d'une température assez douce, pendant l'hiver, pour retenir une partie de ses malades ou en attirer d'autres pendant la saison froide. Le climat du Vernet est excitant et répond sous ce rapport aux mêmes indications que celui d'Amélie ; mais la différence d'altitude est ici de grande importance. Un certain nombre de malades, même avec de l'emphysème et de la dyspnée, supportent bien le séjour des montagnes, dans un air moins doux que celui des basses vallées ou des côtes, d'autres en souffrent au contraire et ne se trouvent bien que sous une pression atmosphérique plus grande. Cette disposition, particulière au malade, décidera du choix entre les deux stations dont nous venons de parler.
Pau, une des stations d'hiver les plus fréquentées, est situé à une altitude moyenne de 190 met. et abrité par les montagnes des vents du S. au N.-O. Son climat est sédatif des systèmes nerveux et sanguin, il convient essentiellement aux constitutions facilement excitables. Pour 5 années (1837-41) la température moyenne annuelle a été, d'après le docteur Taylor, de 13°,35; hiver 5°, 74 ; printemps 12°,26; été 21°, 47-, automne 13°, 94. Pour les deux années 1840-42, la moyenne de l'hiver a été de 7°, 7. On a observé, comme températures extrêmes + 33°, et — 12°, 8. Dans les 5 années 1837-41, il y a eu en moyenne, pour les 7 mois d'octobre-avril, 11 chutes de neige et 22 jours où le thermomètre est descendu au-dessous de zéro.
Les oscillations thermométriques sont uniformes et assez étendues. Dans la saison froide, l'écart de température est très grand lorsqu'on passe du soleil à l'ombre; le côté du corps exposé au soleil est fortement échauffé, tandis qu'on a froid de l'autre côté. Ces transitions, inévitables aux promeneurs, sont fâcheuses surtout pour les rhumatisants.
Le docteur Ottley a observé en moyenne, pour 11 années, 140 jours de pluie, dont 94 d'octobre en avril inclusivement. La pluie dure rarement deux jours, jamais plus; elle tombe en général après le coucher du soleil, par fortes ondées, puis le
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ciel s'éclaireit et, grâce à sa perméabilité, le sol est promptement sec. Ces pluies, liicn que très-abondantes, ne donnent qu.; très peu d humidité à l'air.
Un des caractères les plus remarquables et les plus précieux du climal de Pau, c'est le calme de l'atmosphère. 11 n'y règne pas de vents périodiques et réguliers. Le vent d'O. est peu fréquent et souffle rarement plus de vingt-quatre heures. Les vents du S. et les vents froids sont arrêtés ou détournés par Les montagnes , le vent d'L. se fait très-rarement sentir et presque jamais les brises qui passent sur la ville n'ont une grande force. On a noté, par exception, du 31 décembre au 22 avril 1865-66, 76 jours où des brises se sont fait sentir et 25 jours avec de forts coups de vent. Un maître justement célèbre, Louis, passait à Pau six semaines, en 1855, sans voir fléchir une branche d1arbre sous le vent qui n'agitait que les feuilles, et chaque année présente des séries semblables de calme parfait.
A ces avantages du climat se joignent ceux que donne un percement de rues facilitant la circulation de l'air et la ventilation.
Le séjour de Pau est des plus favorables aux malades qui doivent éviter un climat excitant, le voisinage de la mer et tout ce qui peut éveiller ou augmenter l'irritation nerveuse, l'éréthisme qui domine dans leur constitution. 11 est contre-indiqué chez les rhumatisants, comme nous l'avons dit plus haut, ainsi que dans la forme torpide de la tuberculose.
Dax est situé à une altitude moyenne de 12 mètres, et à 2k kilom. de la mer; de grandes forêts de pins l'environnent, le voisinage relatif de la mer vivifie son air sans le rendre excitant comme l'air marin de la côte, et son climat, plus sédatif encore que celui de Pau, n'est pas comme ce dernier nuisible aux rhumatisants, qui se trouvent au contraire fort bien de l'atmosphère humide et tiède de Dax.
M. le docteur Dclmas a bien voulu nous communiquer un résumé des observations météorologiques faites à Dax, et dont une partie est due à Borda. Il résulte de ce tableau que la température moyenne annuelle est de IV',44, et celle de l'hiver de
BAINS D'EUROPE. d
7°, 49'. Pour une période de 5 années (1875-79) : température minima, en janvier 1876, — 0°,89; température maxima, en juillet 1878, 32».
« De 111 à 3 heures, dit M. le docteur Fauconneau-Dufresne, le thermomètre descend rarement au-dessous de 12°. La neige et l'a glace sont presque inconnues à Dax. On n'y trouve pas une différence aussi grande qu'a Pau entre la température au soleil et â l'ombre; les rayons solaires sont moins ardents, parce qu'ils traversent un air abondamment chargé de vapeur d'eau. En effet la moyenne hygrométrique est de 80 à 90 degrés. Les brouillards sont assez fréquents à cause de la proximité de l'Adour, mais on n'en voit que le matin, et il est bien rare qu'à dix heures ils ne soient pas complètement dissipés.
« Les forêts de pins maritimes qui renferment la ville et ses environs dans un vaste croissant, l'abritent des vents du N. et surtout du N.-E., direction dans laquelle ces forêts se trouvent sur un sol très-élevé. Du côté de l'O. la protection est moins efficace, mais les vents d'O., qui sont les vents dominants et ont parfois une grande violence, ne sont pas froids. Le vent du S., rafraîchi par la chaîne des Pyrénées, n'apporte qu'une douce chaleur et le ventd'E., que le beau temps accompagne toujours, est frais et très-modéré. Comme à Pau, il y a beaucoup de journées où lèvent ne se fait pas sentir et parfois l'atmosphère est merveilleusement calme. »
Les vents d'O. apportent une certaine proportion d'air marin qui, sans donner à l'atmosphère des propriétés excitantes, empêche que son action sédative n'aille jusqu'à débiliter.
De ce qui précède on peut conclure que Dax est un type excellent de séjour d'hiver pour les malades qui doivent rechercher un climat sédatif et notamment pour ceux, en assez grand nombre, chez qui la délicatesse ou la maladie des organes respiratoires s'accompagne de manifestations rhumatismales.
Ai cm bon, avec son magnifique bassin et sa forêt aux émanations: résineuses, très-fréquenté comme station de bains de mer, quoiqu'on n'ypuisse pas prendre de bains à la lame, reçoit dans la saison froide un assez grand nombre de personnes qui viennent y passer l'hiver. Son climat est doux et assez égal
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comme température. La moyenne de l'année est de 15°, trois années (1864-65 à 1866-67) d'observation dans la forêt, à 8 heures et à midi, ont donné comme moyenne de l!bivèr 8", 4 ; en décembre 1864 on a observé un minimum de — 5°, el en février — 7°,2. Le Uiermomèlre descend 18 à 20 fois par an audessous de zéro. Les jours de pluie sont nombreux : environ un sur trois pour Tannée et un sur deux pour l'hiver. Pendant Panhée 1865 il est tombé 807 millim. d'eau, dont 256 en hiver, 202 au printemps et 209 en automne. Ces pluies et le voisinage de la mer donnent à l'air une grande humidité. La moyenne hygrométrique est, pour l'hiver, de 91 degrés, mais la perméabilité du sol prévient la stagnation des eaux pluviales. Les vents dominants sont le N.-O., PO. et le S.-O. Pendant l'hiver, ils soufflent quelquefois plusieurs jours de suite, sans interruption, nuit et jour et avec violence. Bien qu'ils ne soient pas froids, ils obligent les promeneurs à quitter la plage et à se réfugier dans la forêt.
Suivant M. le docteur Hameau, qui exerce depuis longtemps à Arcachon, le climat de cette station est sédatif et favorable aux constitutions facilement excitables. 11 doit être évité par les malades à constitution lymphatique, ayant besoin d'un air tonique, stimulant, et surtout dans la tuberculose de forme torpide.
l'enzaaee, Brighlon et Vile de Wight, sur la cote méridionale de l'Angleterre, Méran, dans le Tyrol, Vevey, Montreuse, IV/'uear, etc., sur la rive suisse du Léman, et beaucoup d'autres points dans le centre, l'ouest ou le nord de l'Europe sont considérés comme pouvant remplir les conditions d'une station hivernale, à cause de leur climat relativement doux. En effet Penzance, où le palmier ne gèle pas, mais où régnent le vent et le brouillard, peut sembler un séjour hospitalier à l'habitant du nord de l'Ecosse.
Montreux est à l'abri de la bise qui bat la rive gauche du Léman et rend Genève presque inhabitable en hiver. Mais ces avantages relatifs ne suffisent pas quand il faut aux malades le
climat du Béarn ou de la Provence, et les moyens termes ne peuvent être admis dans une question si grave.
On s'accorde généralement à reconnaître, pour toutes les stations hivernales dont nous avons parlé jusqu'ici, que leur mérite essentiel est d'avoir une température douce et sans grandes oscillations pendant l'hiver. Cependant un petit nombre de médecins, allemands pour la plupart, ne partagent pas cette manière de voir et assurent, au contraire, que les pays du nord sont préférables à ceux du midi, comme séjour d'hiver pour les tuberculeux. C'est d'après eux, dans les hautes montagnes qu'on doit faire hiverner les phthisiques et, comme type du genre, ils préconisent la station de Davos dans le canton des Grisons.
Davos am Platz, est situé à 1556 met. d'allitude, dans une vallée où, pendant l'hiver, l'atmosphère est presque toujours calme et où le thermomètre, à l'ombre, se tient constamment •au-dessous de zéro.
Depuis la fin d'octobre ou le commencement de novembre, le sol de la vallée est couvert d'une couche de neige qui ne fondra qu'en avril. Au solstice d'hiver, le soleil se lève pour Davos à 8 h. 35 min. et se couche à 3 h. 25 min., restant ainsi à peu près sept heures sur l'horizon. Il donne un peu plus longtemps sur le village voisin de Davos Dôrfli.
Quelques minutes avant le lever du soleil, le thermomètre est au-dessous de zéro, souvent à — 15° ou — 20°, et quelquefois, après l'avoir vu à — 22°, le matin vers 8 heures, on le voit le même jour, à 1 h., monter à 43°, lorsqu'il est exposé à l'action directe du soleil, tandis que, placé à l'ombre, il se tient à — 1°.
Nous n'avons pas à discuter ici les observations du thermomètre au soleil; nous enregistrons simplement les chiffres donnés par les observateurs.
Les malades se trouvent donc en contact d'un côté avec l'air à — 1°, et de l'autre avec les rayons solaires à + 43°. Des conditions analogues, sauf l'écart thermométrique moins considérable, sont considérées à Pau comme très-nuisibles aux rhumatisants: en est-il autrement à Davos? On peut en douter.
Les rayons solaires sont impuissants à fondre la neige et