EAUX MINÉRALES
Définition. — Qu'est-ce qu'une eau minérale? Il semble que la réponse à cette question soit facile, et cependant les définitions que donnent les auteurs ne sont pas complètement d'accord. En y réfléchissant un peu, on voit qu'il est difficile en effet de définir et même de justifier cette expression: eaux minérales. L'eau n'appartient-elle pas essentiellement au règne minéral? et puisque toutes les eaux, même l'eau de pluie, contiennent des principes étrangers à leurs éléments essentiels, ne sont-elles pas toutes des eaux minérales dans le sens où ce terme est pris généralement? Si l'on a voulu désigner par là des eaux plus chargées que les eaux douces de principes étrangers,. l'expression, dans ce cas encore, manque de justesse; car certaines eaux douces, comme celles de la Marne ou d'Arcueil par exemple, contiennent en poids, plus de principes étrangers que beaucoup d'eaux minérales telles que les eaux de Pfâffers, de Bains. d'Ax, d'Amélie-les-Bains, de Bagnères-de-Luchon, etc. Mais c'est évidemment la nature de ces principes, ce sont les caractères particuliers résultant de leur présence, comme l'odeur, la saveur, que l'on a voulu qualifier par la dénomination d'eaux minérales; ces mots impliquent aussi l'idée de l'usage médical au moins autant que celle des caractères physiques ou chimiques. En résumé, on entend par eaux minérales celles qui peuvent être employées comme médicament. De là le nom d'eaux médicinales qui leur a été donné par quelques auteurs.
Les mers sont autant d'immenses réservoirs d'une eau minérale, très-rapprochée dans sa nature de celle que donnent certaines sources naturelles ou qu'on obtient par des forages dans les terrains salifères.
L'eau de mer doit être étudiée à part, ainsi que ses usages médicaux, qui sont une branche importante de la balnéothérapie.
Parmi les eaux minérales, les unes sont froides, les autres thermales. Qu'entend-on par eaux thermales? Quelques auteurs, comme Mérat et Delens, faisant dériver ce mot de (kp^aù ou thermœ, on dit que les eaux thermales étaient ainsi nommées « à cause de leur usage ordinaire en bains; » d'autres ont désigné sous ce nom les eaux ayant, à leur émergence, une certaine chaleur (Oepp], chaleur, Oepubv, eau chaude), par opposition à celles qui sortent froides du sein de la terre. Mais à quelle température une eau prendra-t-elle le nom de thermale? Ici, nouvelle difficulté. Pour quelques-uns l'eau n'est thermale qu'à 25a ou 30°. D'autres admettent qu'une source peut être considérée comme thermale à la température de 18° (de Saussure) et même de 12° à 13° (Filhol), quand cette température est constante. En général, les définitions se résument ainsi : une source est thermale quand sa température est constante et supérieure à la température moyenne de l'année et à celle de son point d'émergence. Il est donc évident que pour la plupart des auteurs le mot thermale s'applique surtout à ce qu'on a nommé la chaleur propre, parce que, quel que soit son degré, cette chaleur ne vient ni de l'atmosphère ni des couches superficielles du sol d'où émergent les eaux.
Mais, si l'on admet ce principe d'une manière absolue, une eau sera thermale ou froide, suivant la ligne isotherme sous laquelle est située la source. Il faut donc prendre une moyenne et tenir compte en même temps de Pappréciation commune dans une question où le contrôle des sens ne peut être récusé. En se restreignant aux deux qualifications de froides et de thermales, on réunit, il est vrai, des sources de températures éloignées et l'on en sépare d'autres qui ne diffèrent que de quelques dixièmes de degrés. C'est un inconvénient, sans doute, mais le mot tempérée, qu'on a proposé comme transition, est un terme vague, qui n'exprime ni un chiffre ni une sensation franche et