AVIS BIBLIOGRAPHIQUE
'exemplaire des Œuvres de Pogge où j’ai découvert cette lettre, très-peu connue et non traduite en français, est un incunable à longues lignes, imprimé en caractères ronds, par Iehan Petit, à Paris, sans date, sub signo lilii aurei. Notre édition n’a été décrite ni par de Bure, ni par Brunet. Cette charmante description y est placée entre celle des ruines de Rome, de ruina Romance civitatis, et la lettre à Leonardo d’Arezzo sur le supplice de Jérôme de Prague, de Hieronimi heretici obitu et supplicio. Ce volume est divisé en deux parties : la première, composée des œuvres mêlées, contient cent deux feuillets de quarante à la page, chiffrés au recto en caractères romains, plus quatre feuillets de table; la seconde, qui renferme seulement les facéties: Poggii Florentinifacetiarum liber , a quarante-deux feuillets chiffrés de même, plus également quatre feuillets de table. Disons en passant que ces mordantes historiettes n’ont jamais été complètement traduites; à peine la moitié est-elle connue des lecteurs français. On peut cependant voir, dans ce facétieux recueil, de
véritables documents historiques sur les mœurs de la cour romaine de ce temps-là. Les conteurs, qui se réunissaient en joyeux cénacle dans un coin du palais, et dont Pogge s’est fait le secrétaire, s’étaient promis de ne raconter que les souvenirs et les anecdotes épicés qu’ils auraient recueillis dans la journée. Les hauts censurés du bugiale, où se commettaient ces spirituelles indiscrétions, en riaient d’abord tous les premiers ; mais ils finirent par se fâcher, les conteurs devinrent vieux, et la pièce d’où partaient ces cuisants projectiles fut endouée.
Il me reste à indiquer le sens des premières phrases de cette description, qui cadrent assez mal avec le sujet principal. Ces quelques lignes résument une lettre perdue, où Pogge, resté tolérant et ami de la vérité malgré ses fonctions de secrétaire pontifical, flagellait l’intolérance d’un célèbre juif espagnol converti. Ce Jérôme dont il critique ici les œuvres et le caractère s’était attiré le blâme du spirituel Florentin par ses conférences outrecuidantes de Catalogne et d’Aragon, et par les étranges commentaires qu’il avait faits sur certains passages de la Bible pour la conversion de ses anciens coreligionnaires. Ce passage, que mon respect pour l’intégrité d’un texte m’a empêché de retrancher, nous donne une excellente idée du caractère et du libéralisme de croyances de Pogge et de ses amis. On y trouve la preuve qu’ils avaient déjà une dose suffisante de ce scepticisme de bon goût qui a toujours distingué les intelligences d’élite de France et d’Italie. Ils avaient dû réserver, dans leur for intérieur, une fenêtre toujours ouverte aux curiosités supérieures, une issue toujours prête à laisser pénétrer chez eux les nouveautés vivantes de la science, qui doivent progressivement contrôler et amender les hypothèses du sentiment.