PARIS MICHEL LÉVY FRÈRES, LIBRAIRES-ÉDITEURS
RUB VIVIENNB, 2 BIS
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UlfE LÉGENDE ZÉLANDAISE
Le pays où nous hiyeniions a ses légendes, légendes terribles et sanglantes, légendes de meurtres et de vengeances, qui peuvent se comparer à ce que noms avons de mieux en ce genre dans les annales de nos temps de barbarie.
Six mois de cohabitation familière avec les naturels, le prestige de mon état de médecin, les services rendus à quelques-uns d'entre eux, m'ont permis d'entrer plus avant que personne dans cette formidable arcane historique, fermée aux Européens.
2 LES BALEIiNIËRS
Je vais donc dire sur l'antropophagie tout ce que Ton a dit avant moi, et j'ajouterai à ce résumé sinistre ce que personne n'en a dit encore et ce que j'en ai appris par mes propres études.
Les naturels de la péninsule de Bank et des baies voisines vers le sud, ceux avec lesquels j'ai des relations de tous les jours, de toutes les heures et de tous les moments, ne sont plus que les faibles débris d'une nation jadis puissante, détruite en partie par les excursions de ce terrible Taraboulo dont ils redoutent encore à chaque instant l'apparition.
Cet infatigable ennemi vient périodiquement détruire leurs récoltes; il choisit, pour entrer en campagne, le moment où les navires baleiniers se tiennent au large et où le bâtiment de guerre qui les protège a fait voile pour la Tasmanie ou pour tout autre port de ravitaillement.
Les habitants de la péninsule, qui savent ce que présage le désarmement de le^rs côtes, s'enfuient alors vers Otago. Mais ils n'échappent pas toujours à Taraboulo, le vautour de Gloudy-Bay.
Les malheurs de cette tribu, dont Thy-ga-rit est le véritable chef, datent de 1828.
En 1828, le chef de l'île de Kapiti, située dans le détroit de Cook, se nommait Topahdi, C'était un homme énergique et aventureux. Émerveillé des miracles de la civilisation, il demanda à un capitaine anglais de le conduire en Europe, et, sur son refus, il se cramponna à la misaine, jurant qu'on le hacherait plutôt que de le faire retourner à Kapiti sans qu'il eût vu l'Angleterre.
Le capitaine consentit enfin à l'emmener.
Au bout de deux ans, il revint.
Le capitaine et les matelots avaient pris Topahaï en amitié, l'avaient comblé de soins et d'attentions, l'avaient ramené enfin dans son île, dans sa famille, où il avait été reçu avec de grandes démonstrations de joie.
Il raconta comment, ayant eu, en Angleterre, une maladie grave, ses amis l'avaient fait soigner, le veillant tour à tom\ et, à force de tendres attentions, d'attentions conmie en ont seuls ces grands et su-
blimes enfants qu'on appelle les soldats et les marins, ils lui avaient sauvé la vie.
Que ferait, en échange, Topahaï pour ses bienfaiteurs? comment leur prouverait-il sa reconnaissance?
En leur donnant tout ce qu'il pourrait recueillir de jade vert, car le jade vert est la pierre que les Nouveauî-Zélandais tiennent pour la plus précieuse. Et le jade vert ne se recueille que sur les bords d'un lac sacré, situé au milieu de l'île de Tavaî-Pounamou, dans le sud-ouest de la péninsule de Bank.
Topahaï partit donc de Kapitî à la recherche du jade vert, comme les anciens héros mythologiques qui allaient à la récherche de la toison d'or, ou des pommes des Hespérides.
Il passa par Akaroa. Les habitants le connaissaient de réputation et savaient son voyage en Europe : ils le retinrent et le fêtèrent pendant quelques jours.
Cette fête et cette violence amicale avaient les plus cordiales apparences; maL^au fond s'agitait un autre sentiment.
Les Akaroens ne pouvaient comprendre qu'un
sentiment de reconnaissance fît seul entreprendre à Topahaï un si long et si pénible voyage, et ils soupçonnèrent que ce chef aventureux, ce guerrier terrible, n'était venu chez eux que pour les espionner, reconnaître leurs forces et étudier le terrain, afin de revenir ensuite avec ses guerriers pour les réduire en esclavage. Sa mort fut donc résolue, et ils l'assassinèrent pendant les fêtes du départ.
Mais quelques-uns des guerriers de la suite de Topahaï échappèrent au massacre, et, revenant à Eapiti, annoncèrent le meurtre de leur chef.
Ce fut un grand désespoir dans File, d'autant plus que le nls de Topahaï était encore trop jeune pour conduire la tribu au combat de la vengeance.
C'est alors que se révéla Taraboulo.
C'était un esclave affranchi de Topahaï, un homme actif, rusé, énergique, courageux et reconnaissant, n se dit que c'était à lui qu'appartenait la vengeance, et il fit le serment de venger rUlustre mort sur Maramvaï et sou fils, le chef présent et le chef futur de la tribu où Topahaï avait été assassiné.
Il offrit donc ses services aux Kapitiens. Ceux-ci le reronnaîssaîent pour leur maître en fait de ruse et de courage, ils le reconnureot pour chef et lui laissèrent le soin de tout préparer pour arriver au but désiré.
Taraboulo était trop habile pour aller attaquer ouvertement une tribu nombreuse, et qui^ après le crime qu'elle avait commis, devait se tenir sur ses gardes. 11 médita l'entreprise, arrêta son plan, et attendit avec la patience d'uh sauvage le moment de l'exécuter.
Cette occasion se présenta en 1830.
En 1830, le brick anglais VÉlisabeth, expédié de Sidriey à la Nouvelle-Zélande pour acheter du phormium-tenax, vint mouiller à Cloudy-Bay.
Taraboulo offrit alors au capitaine Stewart dix tonneaux de phormium s'il voulait le laisser embarquer sur le brick avec cent guerriers, et le conduire àAkaroa.
Stewart accepta le marché, embarqua les Kapitiens, et entra à Akaroa comme s'il venait pour y trafiquer.
MaramTaï, chef d'Akaroa, sa femme, son ffls et ses deux filles, se rendirent aussitôt à bord du brick, où le capitaine Stewart les reçut avec de grandes démonstrations d'amitié; mais à peine furent-ils descendus dans la chambre où on les avait conviés à un repas, que Taraboulo s'empara d'eux, les fit prisonniers, puis, à la tête de ses cent guerriers, tomba à Vimproviste sur les malheureux habitants qui avaient suivi leur chei et qui encombraient déjà le pont du navire.
Ce fut une horrible boucherie.
On dit même que «'est à la vue du sang — Todeur du sang produit Tivresse comme celle du vin, — que les matelots anglais, prenant parti pour Taraboulo, se mêlèrent à ces terribles représailles et fusillèrent les Zélandais qui se jetaient à la mer pour regagner la côte à la nage.
Ce massacre accompli, les Kapitiens s'embarquèrent dans les canots de leurs victimes, et, comme la catastrophe s'était passée presque hors de vue du rivage, les habitants des villages situés autour de la
baie laissèrent aborder tranquillement leurs enuenûs, croyant au retour de leurs compatriotes.
Nouveaux massacres encore )
Puis, quand la nuit vint, les fourneaux du brick s'allumèrent, les chaudières s'emplirent de membres humains, et, sous les yeux de Téquipage et du capitaine anglais, les anthropophages mangèrent!...
Le lendemain, le capitaine Stewart reprit la route du détroit de Gook, emportant les vainqueurs et leurs esclaves.
Maramvaï avait été jeté, pieds et poings liés, sur le pont, au milieu des morts et des mom*ants. Son fils, grièvement blessé, gisait à quelques pas de lui ; pendant que les vainqueurs se livraient aux joies du festin, le fUs approcha sa bouche de l'oreille du père et lui dit :
— Vous êtes vieux, vous, mon père; on vous tuera; mais, moi, on me laissera vivre, et je serai condamné à remplir quelque honteux emploi. Taraboulo fera de moi son esclave, son cuisinier peut-
étret Préservez-moi de cette infamie : à deux pas de vous est une hache, prenez-la et tuez-moi...
Le père, sans répondre, montra les cordes qui rétenaient ses mains; mais, de la tète, il approuva le projet de son fils. Le fils alors rampa insensiblement jusqu'à la hache, s'en empara, coupa les liens deMaramvaï, lui mit la hache entre les mains, et, conmie s'il eût voulu reposer plus doucement, il plaça sa tète sur la caisse d'un des bas mâts.
Maramvaï, alors, se releva avec un cri de triomphe, et l'on vit tournoyer la hache entre ses mains, et, en même temps, la tête de son fils rouler à dix pas de lui.
Cette action qui, si elle était racontée par Tite- Live ou Plutarque, et attribuée à un Romain ou à un Spartiate, serait de l'héroïsme; cette action qui, racontée par moi, et attribuée à un chef de la Nouvelle-Zélande, n'est que dç la barbarie, excita l'enthousiasme des compagnons de Maramvaï. Ils poussèrent des cris d'admiration; Taraboulo accourut,
et, furieux de voir le plus beau trophée de sa vieil. 1.
toire lui échapper, il fit lier fle nouveau les inaihs 'à Maramvaï, enfonça un crOc de »fer' (tons le plafond de la cabine, et y accrocha son ennemi -par la mâchoire inférieure.
Ainsi suspendu, IMLaTamvaî arriva Vivant à Eapîti.
Pendant la route, ime^de ses filles ayant o«é le prendre à bras-le-corps afin de soulager ses souffrances, un matelot anglais, de garde auprès du supplicié, la repoussa si violemment, qu'elle alla tomber contre un angle' des boiseries, et setua du coup.
Son autre sœur succomba sOus les brutalités de l'équipage.
Leur mère se jeta pteir^dessus le bord ^ et se 'noya.
Le jour même de son arrivée à Rapiti, TVÏararavaï fut mis à mort. Taraboulo lui-même ^^ervit» de bourleau. Il lui ouvrit Tartère carotide, reçut dans le creux de ses deux rtaitis le sang 'qui s'en édhïipflâit, et le but...
Puis il lui arracha les yeux et les avala, afin de se rendre la vue plus perçante et de s'inoculer le cou-
rage du vaincu, auquel lui-même, le vainqueur, il était forcé d'accorder sa sauvage admiration.
Le capitaine Stewart, de retour à Sidney, fut mis en jugement et acquitté.
Les récits des voyageurs sont remplis de contradictions sur Je cannibalisme, qu'ils regardent tantôt comme permis par les lois religieuses de tel ou tel pays, tantôt comme provoqué par un sentiment de vengeance implacable, tantôt enJBn comme le résultat de la disette et même de la sensualité. De ces divers mobiles, ils en choisissent un seul, selon leurs convenances, et y rattachent exclusivemeat cette horrible coutume, tandis qu'en réalité, d'après les circonstances, le mobile varie ou se complique avec un autre. Ces erreurs ont surtout été commises par les navigateurs qui passent rapidement d'une terre à l'autre en Océanie, et n'ont eu, par conséquent, que quelque? heures de contact avec les indigènes, heures trop courte pour étudier leur» mœurs et leurs usages. Ils ont donc été forcés de répéter ce qu'avaient déjà dit leurs devanciers et de recueillir au
Yol quelques traditions déjà énoucées et Msifiées encore par les diiScultés d'interprétation du langage.
Le cannibalisme, de nos jours, n'existe, à l'état de coutume, qu'en^Océanie. On en trouve des exemples chez les peuples anciens et modernes, il est vrai, mais ce ne sont que des cas exceptionnels. Un séjour de six mois sur la péninsule de Bank, c'est-à-dire au cœur de l'île sud de la Nouvelle-Zélande, une existence presque constamment mêlée à cdle des tribus de la côte, m'ont permis de recueillir sur l'aothropophagie qualques détails assez neufs, auxquels j'ajouterai ce qu'en ont dit de plus curieux et déplus réel d'autres voyageurs.
TARABOULO
Un jour, pendant notre relâche, une petite goélette mouilla dans la crique d'Oéteta. Elle annonçait que le terrible Taraboulo, chef suprême de Tîle, venait d'embrasser la religion chrétienne, et ordonnait que les tribus du Sud suivissent son exemple.
Il défendait en même temps de manger de la chah* humaine, et menaçait, si ses ordres n'étaient pas exécutés, de venir exterminer, depuis le premier jusqu'au dernier, ceux qui auraient osé y contrevenir.
La goélette était entrée dans le poi*t à onze heures du matin, et, dès le môme jour, vers deux heures, les
habitants venaient en foule à bord pour nous demander des Bibles.
Nous n'en possédions pas une seule; mais tout ce qui avait la forme d'un livre était bon. Es n'en demandaient pas davantage, et nos matelots échangèrent, contre des nattes et des coquillages, leurs recueils de chansons et leurs dictionnaires poissards.
J'en fus personnellement quitte pour un volume des Odes d'Horace, que je ne donnai pas pour une Bible, mais qui me fut volé.
Thy-ga-rit, à cette nouvelle inattendue, avait quitté sa maison d'été et était revenu à Oéteta, et, là, il avait réuni tout son peuple, avait signifié, à tous, les ordres de l'autorité supérieure, et invité les habitants à se réunir, le matin et le soir, pour écouter l'office divin.
Dès le lendemain, les rites chrétiens commencèrent.
Un canon de fusil fut suspendu en travers d'un poteau ; on frappait dessus avec un morceau de fer quelconque.
LES 3^ALEINIERS 15
CëtaSt là cMche'cpli ^sonflàR la%eîftfe.
Al0i»s, HdUs lésïhiabitatits 'sre itiéttâieht & ^(]Wx, faisaient le signe dèia dtok, îoiafvtàletit iè^H livres qu'ils 'tehaiënt rewéPsés ^du de *tt»a^érs, »€rt; avaient l'air d'y lire les versets des psaumes qu'ife'iîHattMiëht à tue-tête.
J'ai mmr^ (tetts>les'OfèUtes Cette iÉitt»oyiàWfe 1b!u ,ique qui dUi'ait tttetletffe le «latinJéftllttéiièui^te^i'.
Tout cefe'dtosiFatt€ète«de Tarablïtilo/'le'^foiiUfelûitaiiie d%a'toa»^l!ilavi .
lEt tout cela fiit»peïdu, car TaiPabwdo^tie'viut ptfs.
'Mais, à sa ^laôe, quelques sensaifies|)SusHatii, •vinrent des missiotonaii^es .
Les saints hommes ftirihntmdniiinJbléiiient^Àeéaeillis, et'settrifenttoitaiédiatemant àleûr cauvre^de salut.
tfes'BîM«es' apocryphes»faTent'dénoi»€éesvet l'wdre doilûé deles confisquer ;'iliaifi le© înBUlaires<>bli^^ la permission de ^avder ies livres potn^ew^faîredes bourres de fusil.
Le bruit^courait, parmi les équipages des havîres baleiniers péchant dans les eaux de la péninsule,
16 LES BALKINIKRS
que la menace de cette yenae de Taraboulo avait sauvé la vie à une pauvre femme qm devait être mangée à Oéleta à la fin de la piés^ite lune.
Je n'ai pu vérifier le &it, mais j'ai la conviction qu'il est exact.
Yoid sur quoi j'appuie ma croyance :
Un jour que nous croisions dans la grande baie Pégasus, une pirogue, commandée par Ivico, un des ch^ de l'ile, passa le long de notre bord.
Il conduisait à bord d'un navire de Yan-Diémen qui se tenait sous voile aux environs *de l'île Tablé, un déserteur anglais arrêlé au port Olive, et, pendant le trajet, mouillait la nuit, à l'abri déterre, chaque fois que le temps le lui permettait.
Le capitaine de ce navire faisait grande pèche, et, comme les tonneaux manquaioit, il avait établi ses tonneliers sur la lisière d'une forêt du port Olive, afin de fabriquer des pièces à huile.
C'était de là que le déserteur s'était enfui, après s'être battu avec un de ses compagnons qu'il avait grièvement blessé.
Ivico, comme nous venons de le dire, le ramena et reçut du capitaine anglais une bonne récompenses, puis il reprit le chemin de la presqu'île ; mais un coup de vent le rejeta sur la grande terre.
Alors, s'étant mis à l'abri dans une anse, il y rencontra un homme et deux femmes.
Comment étaient-ils venus là ? Quels étaient-ils ? Étaiçnt-ce des naufragés? Étaient-ce des espions d'une tribu du Nord?
Cette dernière supposition prévalut, et l'on s'empara d'eux.
L'homme fut assez agile pour s'enfuir dans la montagne ; le temps pressait, on ne put l'y poursuivre; mais les deux femmes, moins heureuses, furent prises et jetées, pieds et poings liés, dans la pirogue, qui reprit sa route.
Ivico repassa près de nous, mais ne nous aborda point au retour ; seulement, on remarqua, à l'aide de longues-vues, que son équipage s'était accru de deux femmes.
Le lendemain, nous rentrâmes à Oéteta à la nuit
close. Le dernier quartier de la lune était à son déclin.
Les feux du village nous guidèrent pour gagner notre ancrage habituel, et, contre Thabitude, pas un naturel ne vint à bord.
Vers minuit, nous entendimes des coups de fusil et un bruit infernal dans la direction des cases. Un grand feu brillait devant la maison de Thy-ga-rit; les hurlements des chiens se mêlaient auK hurlements des femmes, et Ton voyait ces dernières gambader sur la grève en secouant des torches d'herbes sèches imprégnées d'huile de baleine.
Il y avait, je vous le jure, de l'horrible et du fantastique dans cette scène incompréhensible pour nous.
Noué n'y pûmes tenir, le second du bâtiment et moi. Nous vînmes trouver le capitaine et lui demandâmes la permission d'aller à terre; mais il nous refusa obstinément, nous donnant pour raison que les naturels célébraient sans doute quelque fête religieuse et que notre visite indiscrète engendrerait peut-être une querelle.
LIES BALBINIEBS 19
Le ttrtnulle ne t'ipaiim ^^ la Al de *i huit, ^aiid j'aiHaS à Itere le «tath, je n'y rematittuai rien d*extrtioi*dmïiire : toat ëtait i'entrt dons lô càlm»; la place du bràliier^ noiile et chefud^e ënelère^ témxsS^Bii ôènlé Ôe la «èie WdctCfrrie.
Ilnteit(!)^eai ni^s itteilleut^ amis insulaires; j'intcfrrôgéîai le i»6i, 6ies fife. Sa femMè; j'ïnteiTogeaii de& enfants, et tonjcrtirs 11 «tfe fcrt rëpoÉdu avec un 8Ji^g-1Md «et n«e indîfféi^encêtels -^ que j^lesrecéïWrtis ffldlement poûr é<^e latfeetës, que la ^ibu avîrit <^lëbré la nuJtdcmrièré iiflè de lenrs fêtes saèrëefe, làqnelle, ébmme d-hftbîttide, «'ëtarit tenninée ipà^ le sacrifice au grand Atona^ <ét 'par un fealtin cfh Fôn avait mange des chiens 'éB^!rafàsés «dans ce ^bnt.
Tout dans cette réponse était vt^feewiblaMe, car lés chiens, à l^ëitet sauvage, paftntent sur la èôte, eUes tiattfréfe'otït Thabitudie d^m captui<w*qttelqt«lsuns et de les enfermefr dans 'd'dtrôftes cainaiies, d^dti ils les Itpent pour les manger laprès les avoir ëÉi^ifesés avec dii pcdsson.
Ces chiens deviennent même une ressource im-
portante quand le poisson est atteint d'une maladie particulière aux mers de la Nouvelle-Zélande, et que la récolte des pommes de terre n'a pas été abondante.
Mais une fille de la tribu fut moins discrète.
A quelques jours de là, dans un moment d'oubli, elle confia à un matelot, son amant, que, pendant cette mystérieuse nuit, on avait massacré, rôti et dévoré une des deux femmes rencontrées par Ivico; que la survivante était captive et à l'engrais dans une cabane tabouée, et que son sacrifice aurait lieu lors du dernier quartier de la lune prochaine.
Selon leur croyance, la lune est en colère quand elle ne brille pas, et il faut des prières et des sacrifices pour l'apaiser, afin qu'elle consente de nouveau à éclairer les nuits. . •
Il y avait plusieurs maisons tabouées dans le village. On nous en éloignait par de grands cris et avec des menaces aussitôt que nous en approchions ; il me fut donc impossible de découvrir la prison de la malheureuse victime. Les capitaines des navires présents dans les différentes baies de l'île du Sud par-
LES BALEINIERS %l
laient de réunir leurs équipages pour délivrer cette infortunée, quand arriva, par bonheur, la goélette porteur du manifeste de Taraboulo.
Je crois que, précédemment, M. le commandant Cécile avait enlevé à cette même tribu une ou deux femmes destinées à être mangées et déjà mises à Tengrais. Thy-ga-rit, que M. le commandant Cécile nomme Thégaré, est, comme je Taî dit, le véritable chef deTogolabo.
Les parents aiment beaucoup leurs enfants, mais en bas âge seulement. Le commandant Cécile raconte qu'en 1839, il avait remarqué à Togolabo une petite fille de cinq ans, d'un physionomie admirablement belle. Réfléchissant au sort qui attendait la malheureuse 'enfant 'dans ce pays de prostitution, il désira Ty soustraire en l'adoptant et en la conduisant en Europe.
Il oifritdonc, en échange de l'enfant, un uniforme et beaucoup d'autres objets, et il essaya de faire ^ comprendre aux naturels que lui, nayant pas d'enfant, il aurait soin d'elle comme si elle était sa fille.
Mais la mère ne voulut rien entendre et refusa toul,çs ces propositions.
Cependant, quelques jours avagat le départ de la cofYcAte» le père fit dire qu'il consentait à livreç sa fille, et le commandant se r^dit s^vec lu^ c^ez le chef de tïibu Tby-garrit pa^ y conclure le m^a^cbé.
liais ^ peine venaient-ils d'entre^ ep pourpai^l/^, qu'un naturel, d'ordinaire ti:^iHk>ux, ^Qtira^ pâle, de colère, et s'écria en anglais :
-r- Non, non, je ne le veux p£|£, la fille n^ partira
Le commandant lui fit $\lors observer que cette afiEura x^ le r^gardait en ^ucunç f^ç^n* M£\is il ré,pliqua qua le père de lenfs^^t é{ia;it son bçnu-frère, et que la mère, s^ ^ur, \ui ^yait i^ffé qye, s'il Isossait partir la }eune Heloï^ çUe sç, ve^gerailj eji:i le tu^t.
Pendant cette altercation, l'enËint, entr^éç par * sa mère, avait gagpé en toute bâte la montagne, et le commandant Cécile ne 1^ revitplus.Thy-g^-iit lui di^ que, 4 1^ fill/^ eut été^^ubjîle, l,e marché ^^ fCltj conclu sans difficulté.
Cette Heloi, ou plutôt I{eloa, et même eupbooiquement Eoa, je Tai revue quelques anuées plus tard.
La prostitution l'avait déjà flétrie, et Thy-ga-rit m'affirma que c'était la même que le rangaturo oui-ouh c'est-à-dire le chef français, avait voulu emmener au delà des mers.
Pauvre fille t j'ai conservé son portrait au doux profil, et je la revois encore dans mes souvenirs avec sa noii'e chevelure tombant en boucles sur ses
Gomme elle était svelte, légère et gracieuse, marchant pieds nus sur le gaillard d'arrière, respectée des matelots par l'influence seule de sa beauté t partout reine, partout déesse 1 fière de sa toilette improvisée, de son jupon fabriqué avec des chemises de laine rouge et de son corsage de calicot blanc, qui laissait voir ses braà et ses épaules aux chairs fermes et polies, et colorées d'un rose mat comme une certaine espèce de marbre. Elle portait, au milieu du front, une étoile de tatouage bleu. La figure des jo-
lies bohémiennes qui parcourent les contrées du midi de l'Europe était plus bistrée que la sienne; et je n'ai jamais vu, en opposition sur le même visage, dents si blanches et yeux si noirs que les yeux et les dents d'Ëoa.
La pauvre enfant! elle fut vendue pour une couverture de laine rouge, un vieux sabre de cavalerie et une paire de bottes, et ce prix enrichit toute sa famille.
Le père et la mère se partagèrent la couverture et s'en firent chacun une espèce de châle; l'oncle s'accommoda des bottes, mais il en enleva la semelle et ne porta que les tiges, attendu que son pied était trop fort; et son fiancé, le fiancé d'Eoa f jeune gaillard de diX'huit ans, haut de cinq pieds six pouces, vif et ardent, mais n'étant point encore allé au combat, s'empara du sabre, et jura qu'avec ce sabre il tuerait Taraboulo à la première descente que Taraboulo tenterait sur la presqu'île.
Mais j'ai promis à mes lecteurs d'être vrai ; je suis donc forcé de leur avouer que, toute charmante
qa'elle était, Eoa ayait un grand défaut, que le sultan, son maître, ne lui pardonna jamais :
Elle se livrait au péché de gourmandise.
Péché mortel, vilain péché, surtout quand nous aurons dit l'objet de la tentation.
Sachez d'abord que chaque officier éclaire sa cabine avec une petite lampe à roulis que le maître d'hôtel entretient et remplit d'huile de baleine.
Un soir, l'heureux maître d'Eoa, revenant d'une excursion de chasse ou d'herborisation, voulut allume]^ sa lampe.
Pas de coton, pas d'huile. Grande colère du maître d'hôtel, lequel jure qu'il a préparé la lampe comme à l'ordinaire, et, malgré ses serments, est obligé de la rééquiper de nouveau.
Le lendemain, même aventure.
Le troisième jour, pas plus d'huile et de coton que la veille.
Et c'était toujoure sur le maître d'hôtel que tombait la colère de notre camarade.
Mais voilà-t-il pas que, tandis qu'il jure, maugrée
et tempête, un petit ricanemeat résonne dans le coin de la cabane où £oa avait coutume de s'accroupir en attendant le retour de son seigneur.
Le seigneur et maître abaisse sa bougie vers elle. Bon Dieu ! que voit-il? que découvre-t-il? quel mystère lui est-il dévoilé?
Un bout de mèche de la lampe sortait par la commissure des jolies lèvres de la charmante Mahouri.
Oui, c'était Eoa, la belle Zélandaise au doux nom, aux yeux noirs, aux dents blanches, à l'étoile bleue, c'était Eoa qui, chaque soir, avalait l'huile de la lampe et en gardait la mèche dans la bouche pour en savourer plus longtemps le délicieux nectar !
Hâtons-nous de dire qu'elle fut corrigée, et soyons assez franc pour ajouter que cela ne la corrigea point.
Quelles mœurs, hélas t que celles de ces enfants de la nature, tant vantées par les philosophes du xvm® siècle. Les filles deviennent, jusqu'à leur mariage, un objet de commerce ; elles sont fiancées
dès leur bas âge, maïs le fiance ne les épouse que lorsqu'il a été à la guerre, ou bien qu'il s'est battu pour sa défense personnelle ou pour celle de la tribu.
Ces fiançailles n'empêchent pas qu'on ne livre la fille aux étrangers, et j'ai vu des parents oser mettre en \ ente des enfants de six à sept ans.
La chose se passa à bord de lAsia : un père offrait sa fille, âgée de sept ans à peine. Le capitaine Jay lui défendit de remettre jamais le pied à bord.
Malheureusement, l'exemple du capitaine Jay n'a pas toujours été suivi, et peu de navires restent dans les mouillages de la péninsule, sans que de pareilles infamies y aient été souffertes.
n est vrai que plusieurs voyageurs prétendent que si les jeunes filles se livrent à la prostitution, les femmes mariées, au contraire, peuvent passer pour des modèles de fidélité conjugale.
J'ai vu bien souvent le contraire. Kao-Kao, notre pourvoyeur de patates, le tayo du navire, mon compagnon de chasse, était un mari très-complaisant, et
sa jeune femme, aux épaules et aux seins omés de petites étoiles en tatouage bleu, a souvent promené ses faveurs du gaillard d'avant au gaillard d'arrière.
La femme mariée est plutôt forcément fidèle à son mari que naturellement sage. La jeunesse et la beauté des Zélandaises est éphémère. Les plus rudes travaux accomplis en plein air, la pêche des crustacés sous les galets du rivage, la préparation fatigante du phormium, la récolte du bois mort dans les forêts de la montagne, et, plus que tout cela, les fréquentes grossesses enlèvent, avant vingt ans, aux mallieureuses créatures, leurs charmes si vantés des Européens.
Les suites de la grossesse, surtout, achèvent de les flétrir.
A peine la femme zélandaise a-t-elle donné le jour à son enfant, qu'elle devient tabouée, pendant un mois au moins. Elle ne fait plus en quelque sorte partie de la tribu.
Reléguée au seuil d'une masure, accroupie près
d'un poteau, espèce de tronc d'arbre mort, aux branches duquel on suspend quelques paniers en nattes, remplis de patates, de racines de fougère et de poissons secs, elle allaite son enfant en plein air, dans Tisolement et la misère, et personne ne lui adresse la parole; si les provisions lui manquent, on les lui présente au bout d'une perche.
Puis, quand cette rude quarantaine est terminée, elle rentre dans la société et y reprend sa laborieuse existence.
Tel est son sort, qu'elle soit femme d'un chef ou d'un simple insulaire, ou même d'un esclave !
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