LA DIRECTION DES AÉROSTATS JUGÉE EN FRANGE ET A L'ÉTRANGER
Les expériences d'aérostats dirigeables que nous venons de décrire ont donné lieu à un grand nombre de publications intéressantes dont il nous parait curieux de résumer l'esprit.
Un progrès considérable a été fait dans l'opinion des savants, des ingénieurs et du public. On ne nie plus la possibilité de diriger les ballons; il a été démontré que le point d'appui se irouydiit dans l'air comme dans l'eau, et qu'il ne s'agissait aujourd'hui que de construire de grands aérostats très allongés munis de moteurs très puissants et très légers. Dans un remarquable travail publié dans la Revue des Deux Mondes (*), M. Jamin, l'éminent secrétaire perpétuel de l'Académie des Sciences a résumé avec beaucoup de netteté l'état de la question au point de vue pratique, et les pages qu'il a écrites sur les conditions d'un aérostat dirigeable sont magistralement exposées.
('} Bévue des Deux- Mondes, i" janvier i885, page ii3.
Après avoir décrit la mémorable expérience de M. Dupuy de Lôme, M. Jamin résume l'histoire de nos propres expériences. « Lee frères Tissandier, dit le savant physicien, firent deux ascensions, le 8 octobre i883 et le 26 septembre 1884, réussirent à donner au ballon une direction presque contraire à celle du vent, une fois même à marcher contre lui; il était clair que rien ne manquait à la complète solution qu'une force plus grande du moteur. )>
M. Jamin expose ensuite les travaux et les expériences de MM. Ch. Renard et A. Krebs, et explique que le moteur électrique plus énergique employé par les savants officiers a pu imprimer à leur navire aérien une vitesse plus considérable. « C'est un beau résultat, mais on y était préparé : il ne faut pas que l'opinion publique croie qu'il y avait un secret pour la direction des ballons, et qu'il a tout à coup été découvert par les derniers chercheurs. Il y avait un problème travaillé par beaucoup de personnes, résolu théoriquement, et même pratiquement dans l'air calme, et la solution vient d'être étendue jusqu'au cas où la vitesse de l'air est de 5" : elle s'arrête là. Il faudra pour dominer une vitesse supérieure de nouveaux travaux^ une meilleure machine : mais l'auteur inconnu de ce progrès désiré et prochain n'effacera pas plus le succès de MM. Renard et Krebs, que ceux-ci les progrès qu'on doit à leurs prédécesseurs. »
L'Académie des Sciences, qui comptait jadis des adversaires déclarés de la direction des ballons
(Babinet doit être cité parmi les plus ardents d'entre eux), n'en compte plus aujourd'hui, et la savante Compagnie s'est montrée, depuis les belles expériences de M. Dupuy de Lôme, disposée à encourager les tentatives de ce genre. Le monde des ingénieurs est éminemment favorable à la question de la navigation aérienne par les aérostats, et nous avons été récemment appelé à exposer l'état de la question devant la réunion des ingénieurs des Arts et manufactures qui se tient à l'hôtel Continental. La Société des ingénieurs civils ne s'est pas désintéressée de ce grand problème, et l'un de ses membres les plus compétents, M. Duroy de Bruignac, y a récemment présenté un très intéressant mémoire qui a été publié sous le titre de VEtat présent de V aéronautique. M. Duroy de Bruignac résume les expériences fondamentales de M. Henri Giffard, de M. Dupuy de Lôme, de MM. Tissandier frères et de MM. Ch. Renard et A. Krebs ; il étudie les avantages et les inconvénients des différents systèmes, et il conclut en disant que l'aéronautique est près d'atteindre son but. « Il faut, dit-il, perfectionner les dispositions du navire aérien, trouver un moteur de plus en plus léger, et améliorer le rendement du propulseur. »
Des opinions tout à fait analogues ont été émises à l'étranger, en Amérique, en Angleterre et en Allemagne. De l'autre côté du Rhin, M. le major Buchholtza fait une longue conférence sur la direc tion des ballons, devant les membres AeVElektro-
technischen^erein; il rend hommage aux travaux préliminaires de Giffard et de M. Dupuy de Lôme, et aux expériences récentes exécutées à l'aide de propulseurs électriques.
Comme l'a dit M. Hervé Mangon, dans la séance du lo novembre de l'Académie des Sciences : a Le problème est aujourd'hui pratiquement résolu. Les plus sceptiques ne peuvent plus élever un doute. La France possède dès aujourd'hui un petit navire de l'air; elle fera construire, dès qu'elle le voudra, le vaisseau de ligne de l'Océan aérien, »