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VIII. — La conduite d'une ascension libre

Et maintenant, en ballon !

L'aerostat est equipe pres du sol. Le gonflement

Fig. 10. — Ballon chinois.

CONDUITE D'UNE ASCENSION. 49

fini, il se dresse fierement, pret a prendre son essor sil n'etait retenu par ses cordes equatoriales attaches a des piquets ou aux mains de solides gaillards.

On attache au cercle de suspension les cordes qui pendent des pattes d'oie du filet; puis on approche la nacelle pour la fixer a la suspension.

Les aeronautes passent par-dessus la mince paroi d'osier, et s'installent sur les deux petits sieges. lis verifient qu'ils ont tous leurs instruments et equilibrent le ballon, en mettant dans le fond de la nacelle autant de sacs, de lest qu'il en faut pour enrayer toute tendance a l'ascension.

Le poids total du lest embarque represente evidemment toute la force ascensionnelle disponible.

Cette operation s'appelle peser le ballon .

Tout est pret : voila le moment du depart.

Dans les ascensions de fetes publiques, c'est le moment important : il s'agit d'effectuer un beau depart, impressionnant la foule.

Le ballon, tres deleste, est maintenu a grand'peine par de nombreux auxiliaires.

L'aeronaute fait de pompeux preparatifs. II prononce, en saluant la foule, le lachez tout! traditionnel.

L'aerostat part comme une fleche et se perd dans l'espace. Son conducteur quitte alors son role offlciel : il ne lui reste plus qu'a operer sa descente le plus promptement possible... pour reduire les frais de retour en chemin de fer.

Ce n'est pas ce genre d'ascension que nous prenclrons pour modele. Notre but est tout autre, dans les applications militaires. Nos ascensions sont des voyages de longue duree, puisque alter longtemps, cest aller loin. N'etait-ce pas la, en effet, le constant desir des aeronautes intrepides qui, forcant le blocus de Paris, en 1870-71, devaient franchir tout le pays occupe par les troupes ennemies avant de prendre terre?

Or c'est le lest, nous l'avons vu, qui assure la duree del'ascension : tout ce qui augmentera ou menagera notre provision de lest, prolongera done le voyage.

D'oul'on peutdeduire deux principes :

1° Partir avec une force ascensionnelle, ou rupture d'equilibre, aussi faible que possible, puisque toute la force ascensionnelle disponible est representee par les sacs de lest qui chargent la nacelle.

Rompre l'equilibre enjetant tout d'abord tres peu ,de lest, e'est en conserver beaucoup pour manoeuvrer.

Mais la consequence de ce fait, cest que le ballon, sous cette faible rupture d'equilibre, ne monterapas tres haut : 400 a 500 metres constituent une altitude suffisante pour cette premiere zone de navigation.

2° Le ballon sera completement plein au depart.

Voila quisetrouve en contradiction avec une pratique souvent admise et qui consiste a partir avec un ballon flasque. On veut economiser ainsi du gaz qui se perdrait sans profit, semble-t-il, pendant Fas-

GONDUITE D'UNE ASCENSION.

cension, puisque la dilatation le chasserait hors de l'enveloppe.

L'objection n'est que specieuse.

Que Ton suppose, en effet, deux ballons partant en meme temps : Fun est completement gonfle ; Fautre, incompletement rempli, est flasque.

Lorsqu'ils s'elevent dans Fatmosphere, le gaz se dilate dans Tun comme dans Fautre : il s'echappe par Fappendice du plethorique; il gonfle Fantre de plus en plus ; de telle sorte qu'arrives a une certaine hauteur commune, ils se trouvent completement pleins tous les deux et dans des conditions qui semblent identiques.

Mais, en realite, leurs routes ont ete toutes differentes.

Le ballon flasque a, du premier bond, du franchir comme nous Favons explique, toute Faltitude qui le separait de la zone ou il s'est trouve completement gonfle. Plus il etait flasque au depart, plus il est monte haut d'un seul coup. La, et des le debut de son voyage, il possede une faible quantite de lest dont l'epuisement marquera la fin rapide de Fascension.

L'autre aerostat, celui qu'on a eu la precaution de remplir exactement, emporte plus de lest que son voisin, car cette quantite est proportionnelle au volume du ballon. II ne monte pas comme une fleche a 1000 ou 1 500 metres, mais se maintient dans les basses regions tant qu'une influence accidentelle ne vient pas rompre son equilibre. Le supplement de lest qu'il emporte lui servira precisement a se main-

tenir ; ii atteindra l'altitude ou le premier s'esttrouve plein, beaucoup plus tard, et apres avoir parcouru une plus longue route.

Ge n'est done pas en pure perte qu'on gonfle Faerostat a refus, dut-il cracker, pendant F ascension* une parliedu gaz qu'il contient.

Nous voila done partis, montant presque sans Vitesse. Aucune secousse ne trahit du reste notre de placement : seul, le changement de grandeur relative des objets et Felargissement subit de notre horizon en donnent la sensation. Les accidents du sol, les reliefs s'effacent ; etnous n'avonsbientot plus sous les yeux qu'une excellente carte planimetrique, ou nous pouvons reconnaitre la justesse de la plupart des teintes conventiorinelles adoptees dans notre pratique topographique.

Nous nous partageons les roles : Fun de nousprencl le carnet aux observations — le journal de route — ; il range les cartes du voyage probable devant lui (1), il attache aux cordes de la suspension sa montre et son barometre, et se prepare a inscrire, toutes les cinq minutes, l'altitude atteinte, afin de pouvoir retracer plus tard la courbe horaire du voyage.

II n'a point de temps a perdre,car il faut pointer

(1) On doit autant que possible, avant Tascension, lancer quelques petits ballons-poste en papier, qui permettent de determiner la direction general e des courants aux diverses altitudes.

CONDUITE D'UNE ASCENSION

•successivement sur la carte la route suivie par Taerostat, marquer au journal cle bord l'heure du passage auK points remarquables, et, s'il se peut, relever encore les indications du thermometry

Le second aeronaute sert de pilote. Son rolesemble plus simple au premier abord : il n'a qn'a ob-

Soon

Fig. 1 1 . — DIAGRAMME IIORAIRE DE l'aSCENSION DU BALLON LE Hong-llOfl

(540 m. cubes; 29 juin 1886).

Aeronautes : MM. Espitallier, capitaine.

A. Dute-Poitevin, aeronaute civil.

. t ( eroporte 135 kil. Duree de l'ascension 8 heures.

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