‹ Les ballons et leur emploi à la guerreChapitre 17 sur 29 · QS I · texte numérisé non relu

QS I

clulest) depense 1^0 — Chemin parcouru 170 kilom.

(a l'atterrissage 10 — Vitesse raoyen. 21 k. a l'heure,

Hauteur maximum 2 670 m.

Point de depart : Chalais-Meudon.

Atterrissage : Grand-Luce (Sarthe).

server les mouvements de Taerostat, et a jeter du lest en temps opportun ; mais cela seul suffit et necessite une attention de tous les instants ; le pilote doit prevenir la moindre tendance de chute, et y deployer du flair et dela dexterite. Les qnalites d'un bon pilote sont celles d'un bon marin.

Voila done le ballon parvenu sur sa premiere zone d'equilibre, a 400 ou 500 metres au-dessus du sol. H file dans cette region, emporte par le vent, jusqu'a ce qu'un alourclissement passager le force a descendre.

Le pilote jette du lest et enraye le plus vite possible, avant que la vitesse n'ait eu le temps de s'accelerer.

Le ballon ralentit son allure, et s'arrete, flasque ; dans cet etat il est encore plus instable etle moindre grain de lest jete en trop, la moindre couche d'air un peu plus chaude, determine une ascension nouvelle; etcomme, tant qu'il est flasque, sa force ascensionnelle reste constante, il monte tout d'un trait jusqu'au point ou le gaz le remplit en se dilataat : ce point est evidemmentsa premiere zone de navigation.

Ya-t-il s'y arreter?

Non; car tout le lest jete lui constitue un surcroit de force ascensionnelle qui doit lui faire depasser cette ancienne zone, pour en atteindre une nouvelle, plus elevee, correspondant a son nouvel etat.

En resume :

Apres chaque clescenle ay ant occasionne une perte de lest, tout mouvement ascensionnel devra porter r aerostat plus haut que precedemment.

Un voyage aerien est done compose d'une serie

C0NDUITE D'UNE ASCENSION. 55

de bonds de plus en plus eleves, et la rnoyenne du mouvement figure un plan incline, en tenant compte de l'entrainement horizontal du a Teffort clu vent. La vitesse de cet entrainement varie, du reste, suivant les couches que Ton traverse etqui sont animees de courants differents.

L'areonaute est insensible a ces changements de regime : il est dans le ealme relatif le plus complet ; rien ne flotte, rien ne bouge : ni les cordes equatoriales qui pendent tout autour de lui, ni le pavilion qui se souleve a peine lorsqu'un mouvement de descente s'accentue.

L'ascension peut etre considered comme terminee, lorsqu'il ne reste plus que la quantite de lest strictement necessaire a amortir la descente definitive.

Nous venons de le voir, en effet, un aerostat qui descendrait de lui-meme, irait en accelerant sa vitesse, en semballant, suivant un neologisme presque consacre.

II y a une limite a cette acceleration ; car la resistance de l'air s'accroit comme le carre de la vitesse, et il arrive par consequent un moment ou cette resistance equilibre la force de chute. La vitesse reste alors constante ; mais elle est bien suffisante encore pour que le choc a terre ne soit pas sans danger, et Ton s'efforce, par un judicieux emploi da lest, d'enrayer constamment l'acceleration, de maniere que la vitesse ne depasse jamais 2 metres par seconde. La quantite de lest qu'il convient de reserver ainsi pour la descente varie avec la grandeur du ballon et meme avec les circonstances meteorolo-

giqu.es. Pour des ballons cle 5 a 600 metres cubes, elle est generalement de 20 kilogrammes. Le poids total dulest etant ordinairement de!20a 130 kilogrammes ; on voit done qu'on peut disposer de 100 a 110 kilogrammes pour la route (1).

L'areonaute a pourtant a sa disposition un moyen de prolonger l'ascension.

Chaque ballon est pourvu d'une corde de 120 metres de long environ, que Ton appelle le guiderope (2).

On laisse cette corde se derouler et pendre hors de la nacelle ; elle se pose peu a peu a terre au moment cle Fatterrissage, deleslant ainsi le ballon du poids de toute la partie trainante; si nous combinons notre manoeuvre de maniere que ce delestage equivaille precisement a la force descensionnelle, lorsqu'on a pose une quarantaine de metres de guide-rope, le ballon s'arretera dans sa chute et continuera sa route horizontale avec de tres faibles

(1) Le commandant Renard est le premier qui ait etabli une theorie rationnelle du mouvement vertical des ballons ; les principes que nous venons de poser, et qu'il convient de substituer aux nombreux paradoxes qui avaient cours avaut lui, ont ete exposes en partie dans VAeronaute (1881).

(2) Le guide-rope a ete invente par l'aeronaute anglais Gryne. II sert d'une maniere generale a amortir Tatterrissage, et e'est par le guide-rope que les paysans accourus peuvent saisir et arreter l'aerostat.

CONDUITE D'UNE ASCENSION

oscillations verticales, faisant varier d'une facon insensible le delestage du au guide-rope.

On pourrait croire que, dans sa course, celui-ci cloit s'accrocher aux moindres obstacles: il n'en est rien.

On le voit glisser a travers champs, franchissant sans degat les recoltes, les haies, les arbres, les maisons elles-memes, jusqu'au moment ou le ballon, perdant de plus en plus sa force ascensionnelle, se rapproche du sol davantage encore.

II faut alors se resoudre a descendre definitivement ; l'operation ne laisse pas d'etre delicate et de demander, de la part de Taeronaute, de l'experience et du sang-froid.

Sur le trajet suivi par l'aerostat, on choisit mi emplacement convenable et decouvert. Un leger coup de soupape determine au besoin la descente, et, pour peu qu'on soit a grande hauteur et que le vent soit fort, il faut s'y prendre assez tot pour ne pas depasser l'endroit choisi.

Dans un de mes voyages aeriens — quon me permette ici ce souvenir personnel, — au moment ou notre lest epuise ne nous permettait pas de contiiiuer plus longtemps notre course, nous resolumes de nous arreter avant d'atteindre un taillis qui s'etendait a perte de vue. Nous etions encore a une centaine de metres d'altitude, et le vent, tres violent, menacait de nous entrainer au-dessus de ce terrain peu propice.

II fallait prendre une resolution rapide, sans balancer, sans hesiter.

Nous nous consultants d'un mot, et mon compagnon de route, saisissant la cordelette cle soupape, la declancha violemment en grand. II me sembla que la nacelle se derobait sous moi, et c'est certainement la une des sensations les plus desagreables que je connaisse.

Nous nous suspendimes aux cordes d'agres, pour amortir le choc, qui n'eut, en definitive, aucun effet trop rude.

L'ancre, qu'on avait laisse tomber au bout de son cordage de 40 metres, avait mordu dans un pommier, qui fut a moitie arrache par la violence cle la traction ; le ballon rebondit et se releva a une vingtaine de metres au bout de la corde d'ancre ; puis il retomba avec violence, pour se relever encore trois ou quatre fois.

Mais par l'ouverture beante de la soupape, il perdait rapiclement son gaz, et quelques paysans (il en accourt toujours de tous les points cle Fhorizon) suffirent a le maitriser.

Le vent avait, ce jour-la, une vitesse de 10 metres a la seconde. Cela peut etre considere comme un vent assez fort, quoique non dangereux ; et 1'on voit que, meme dans ces conditions relativement favorabies, un atterrissage est toujours une operation pleine d'imprevu et non depourvue d emotions.

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