III. — Le r61e militaire des ballons
Les ballons ont leur emploi tout indique a la guerre, ou Ton recherche les observatoires eleves. On ne saurait en avoir de plus avantageux que cette nacelle suspendue a 4 ou 500 metres du sol, cons- Les ballons. 2
tamment a la disposition da combattant, a l'emplacement le plus favorable. A cette hauteur, on decouvre merveilleusement le terrain, jusqua la distance de bonne portee des meilleures lunettes. Les mouvements de troupes, ceux-la memes qui s'effeetuent a Tabri d'un rideau de bois et des accidents du sol, se dessinent nettement, comme sur une carte parfaite.
G'est sous la premiere republique qu'a l'inspiration de Guyton de Morveau, on songea, pour la premiere foi s, a utiliser les ballons en campagne.
Deux compagnies d'aerostiers furent successivement formees et envoyees aux armees, sous le commandement de Coutelle, tandis que des ateliers de fabrication et une ecole d'aerostation etaient crees a Meudon, sous la direction de l'liabile chimiste et physicien Conte.
Nous serions entraines trop loin par l'historique de leur intervention salntaire a Maubeuge, a Gharleroi, a Fleurus (1), ou ils rendirent de grands services, mais au prix de quels efforts ! Les aerostiers de Coutelle surmonterent tous les obstacles avec une opiniatrete et une abnegation toutes militaires.
G'est leur souvenir, sans doute, qui poussa quel-
(1) Le ballon de Fleurus, VEntreprenant, avait 27 pieds de diametre, soit 8 metres environ. Le jour de la bataille, il resta pres de dix heures en T air, et le general Morlot, qui se trouvait dans la nacelle avec Coutelle, ne cessa pas un instant de tenir Jourdanau courant des moindres mouvements des Autrichiens.
ROLE MILITAIRE DES BALLONS. d5
qaes intrepides aeronautes (1) a creer, pendant la seconde partie de la guerre franco- allemande, un pare de ballons captifs attache a l'armee de la Loire.
Lies echecs successifs de cette vaillante armee empecherent d'obtenir les resultats qu'on en pouvait attendre ; mais ces resultats entrevus ne permettaient plus d'abandonner cette question. Dans ce meme domaine national de Meudon qui avait abrite jadis les premiers aerostiers de Coutelle et de Conte, se fonderent de nouveaux ateliers, une nouvelle ecole d'aerostation ; tandis que les capitaines Renard et Krebs poursuivaient fievreusement la solution de leur grand probleme de la direction des ballons, ils etablissaient en meme temps un pare aerostatique darmee dont l'ensemble a fait ses premieres armes au Tonkin, sous une forme reduite par la necessite de le rendre mobile dans un pays depourvu de routes.
Les ateliers de Chalais-Meudon surent improviser tres rapidement ce materiel leger dont le transport devait uniquement se faire a bras. Le mode luimeme de preparation de l'hydrogene fut modifie de maniere a ne plus necessiter de voiture. Le ballon ainsi equipe put arriver pour cooperer a la prise de Bac-Ninh (mars 1884) et aux operations qui suivirent, jusqu'au ler fevrier 1885.
Un pare complet, apres avoir figure aux manoeuvres de 1880-81-82 et 1883, s'est tres brillamment
(I) Parmi lesquels MM. G. et A. Tissandier, Mangin, Duruof et Bertaux.
€omporte aux grandes manoeuvres de l'annee 1886. Apres des marches longues et difficiles qui ont demontre sa mobilite, le ballon est venu s'etablir, le jour de la bataille, a 500 metres du general en chef, auquel le reliaient quatre cavaliers seulement. Un vent tres fort donnait au cable une inclinaison telle que la nacelle ne se trouvait pas a plus de 80 metres d'altitude. Malgre cela, le rayon d'observation s'etendit a plus de 5 kilometres, et les renseignements transmis par le telephone au poste de terre, et de la au general, par les plantons a cheval, lui parvinrent toujours vingt minutes avant ceux de la cavalerie.
Aujourd'hui, le service d'aerostation militaire est definitivement organise, et pourvude tousles moyens d'investigation. II n'est pas jusqu'aux procedes photographiques que Ton n'utilise pour fixer le resultat des reconnaissances. Outre la belle photographie executee au-dessus de Seniis qui forme le frontispice de ce travail, nous donnons ici une curieuse epreuve obtenue a Grenoble au moment du passage du President de la Republique.
Si les ballons captifs sont de tres precieux auxiliaires en campagne, on peut, dans la guerre de siege, attendre les plus grands services des aerostats libres, sans parler des engins dirigeables; il suffit, pour s'en convaincre, de rappeler leur role dans Paris investi, d'ou soixante-quatre ballons purent sortir et francbir les lignes ennemies, emportant
Fig. 2. — Le cortege du president Carnot a Grenoble (photo-
graphie prise en ballon).