CHAPITRE 11. ft
alors que le seul moyen d'éviter cet inconvénient était de déchirer la toile : M. Pilâtre prit un côté, moi l'autre, et en tirant violemment, nous découvrîmes le foyer. Du moment qu'il fut délivré de la toile qui empêchait la communication de l'air, la paille s'enflamma avec force. En secouant un des paniers , nous jetons le feu sur celui qui avait transporté mon compagnon , la paille qui y restait prend feu ; le peuple accourt, se saisit de la redingote de M. Pilâtre et se la partage. La garde survient; avec son aide, en dix minutes, notre machine fut en sûreté , et une heure après elle était chez M. Réveillon , où M. Monlgolfier l'avait fait construire.
La première personne de marque que j'aie vue à notre arrivée est M. le comte de Laval. Bientôt après, les courriers de M. le duc et de M n " la duchesse de Polignae vinrent pour s'informer de nos nouvelles. Je souffrais de voir M. de Rozier en chemise , et , craignant que sa santé n'en fût altérée , car nous nousétions trôs-éohauffés en pliant la machine, j'eiigeai de lui qu'il se retirât dans la première maison; le serge nt de garde l'y escorta pour lui donner la facilité de percer la foule. 11 rencontra sur son chemin monseigneur le duc de Chartres, qui nous avait suivis, comme l'on voit, de très-près ; car j'avais eu l'honneur de causer avec lui un moment avant notre départ. Enfin, il nous arriva des voitures.
Il se faisait tard , M. Pilâtre n'avait qu'une mauvaise redingote qu'on lui avait prêtée. Il ne voulut pas revenir à la Muette.
Je partis seul, quoique avec le plus grand regret de quitter mon brave compagnon. »