CHAPITRE II
tournée vers le sud était remplie de trous ronds, dont plusieurs étaient considérables. Je dis alors : 11 faut descendre.
— Pourquoi ?
— Regardez, dis-je.
En même temps je pris mon éponge ; j'éteignis aisément le peu de feu qui minait quelques-uns des trous que je pus atteindre ; mais m'élant aperçu qu'en appuyant , pour essayer si le bas de la toile tenait bien au cercle qui l'entourait, elle s'en détachait très-facilement, je répétai à mon compagnon : Il faut descendre.
11 regarda sous lui, et me dit :
— Nous sommes sur Paris.
— N'importe , lui dis-je.
— Mais, voyons : n'y a-t-il aucun danger pour vous; ètes-vous bien tenu ?
— Oui.
J'examinai de mon côté, et j'aperçus qu'il n'y avait rien à craindre. Je fis plus , je frappai de mon éponge les cordes principales qui étaient à ma portée; toutes résistèrent, il n'y eut que deux ficelles qui partirent. Jfc dis alors : Nous pouvons traverser Paris.
Pendant cette opération , nous nous étions sensiblement approchés des toits ; nous faisons du feu , et nous nous relevons avec la plus grande facilité. Je regarde sous moi , et je découvre parfaitement les Missions-Étrangères. Il me semblait que nous nous dirigions vers les tours de Saint- Sulpice, que je pouvais apercevoir par l'étendue du diamètre de notre ouverture. En nous relevant, un courant d'air nous fit quitter cette direction pour nous porter vers le sud. Je vis , sur ma gauche , une espèce de bois que je crus être le Luxembourg.
Nous traversons le boulevard , et je m'écrie : Pour le coup, pied à terre. Nous cessons le feu ; l'intrépide Pilâtre, qui
ne perd point la tète et qui était en avant de notre direction, jugeant que nous donnions dans les moulins qui sont entre le petit Gentilly et le boulevard , m'avertit. Je jette une botte de paille en la secouant pour l'enflammer plus vivement ; nous nous relevons , et un nouveau courant nous porte un peu sur la gauche. Le brave de Rozier me crie encore :
— Gare les moulins !
Mais mon coup-d'œil fixé par le diamètre de l'ouverture, me faisant juger plus sûrement de notre direction, je via que nous ne pouvions pas les rencontrer, et je lui dis :
— Arrivons.
L'instant d'après , je m'aperçus que je passais sur l'eau. Je crus que c'était encore la rivière ; mais arrivé à terre, j'ai reconnu que c'était l'étang qui fait aller les machines de la manufacture de toiles peintes de MM. Brenier et C ic .
Nous nous sommes posés sur la butte aux Cailles , entre le moulin des Merveilles et le moulin Vieux, environ à 50 toises l'un de l'autre. Au moment où nous étions près de terre, je me soulevai sur la galerie en y appuyant mes deux mains. Je sentis le haut de la machine presser faiblement ma tête; je la repoussai et sautai hors de la galerie. En me retournant vers la machine, je crus la trouver pleine. Mais quel fut mon étonnement , elle était parfaitement plate et totalement aplatie. Je ne vois point M. Pilâtre , je cours de son côté pour l'aider à se débarrasser de l'amas de toile qui le couvrait; mais avant d'avoir tourné la machine, je l'aperçus sortant de dessous en chemise, attendu qu'avant de descendre il avait quitté sa redingote et l'avait mise dans son panier.
Nous étions seuls, et pas assez forts pour renverser la galerie et retirer la paille qui était enflammée. Il s'agissait d'empêcher qu'elle ne mît le feu à la machine. Nous crûmes