‹ Les ballonsChapitre 13 sur 110 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

secrets, ou Journal d'un Observateur, racontent que ce ballon fut travaillé dans sa contexture avec une propreté rare qui enchantait les plus ignorants. Il était à côtes et de la forme d'un melon, composé de taffetas découpés en losanges par compartiments rouges et jaunes, extrêmement lisses et polis.

M. Charles, disent-ils, a obtenu que l'expérience aurait lieu dans les Tuileries fermées. Ce vaste emplacement, la beauté du local, la commodité d'y aborder, leur ont suggéré une spéculation de fortune. En conséquence, les aéronautes ont annoncé qu'on n'entrerait qu'avec des billets de trois livres pièce.

De tous côtés les souscripteurs abondent , et l'on est forcé de remettre l'ascension au lundi 2 septembre, pour avoir le temps de faire de nouveaux billets. Pendant ce temps, on dresse le théâtre sur le bassin même des Tuileries. L'aérostat est attaché aux premiers arbres de l'allée : plusieurs tentes établies renferment les principaux chefs destinés à veiller nuit et jour aux travaux et à la conservation de la machine. Des voies de bois arrivent d'heure en heure pour entretenir le feu nécessaire à cette petite armée de physiciens, de chimistes, d'ouvriers, de manœuvres de toute espèce. Une garde irrite la curiosité générale en l'empêchant de se satisfaire; on fait même espérer que la reine y viendra. Pendant ce temps, les partisans de Montgolfier font rage contre MM. Charles et Robert. Le ballon ne partira pas, disent-ils. Les Robert n'oseront pas; l'un d'eux renonce déjà au voyage, à cause de sa femme enceinte et prête d'accoucher. On publie les vers suivants, aussi méchants que peu spirituels :

Profitez bien, messieurs, de la commune erreur. La recette est considérable;

C?est un tour de Bobert-le-Diable , Mais non pas de Richard-sans-P«nir,

Digit

Mais le \** décembre, à raidi, les académies et les personnes qui avaient payé quatre louis viennent prendre place sur les amphithéâtres, en demi-cercle, qui entouraient l'estrade de l'ascension. Le thermomètre marquait 4 degrés. Un monde immense, dit le Journal d'un Observateur, s'était rassemblé dans le jardin des Tuileries par un temps très-beau et très-favorable. Il s'est répandu le bruit que MM, Charles et Robert avaient reçu un ordre du roi, qui , vu le danger de leur expérience, leur défendait, à eux et à tout autre, de monter dans la machine aérostatique à ballon perdu. On ne sait pas précisément qui avait donné au roi de pareilles inquiétudes; mais la défense était certain^ M. Charles, indigné f s'est transporté endiligeuce chez M. le baron de Breteuil, qui, en ce moment, donnait sa première audience, et lui a représenté que Sa Majesté était maltresse de sa vie et non de son honneur; qu'il avait pris des engagements trop sacrés avec le public pour y manquer, et qu'il se brûlerait la cervelle si on lui ôtait la faculté de les remplir; qu'au surplus, c'était une pitié fausse et cruelle qu'on avait inspirée au roi.

Il paraît que le baron de Breteuil, touché de l'injustice de Tordre surpris au roi, et ne pouvant l'instruire assez lot, a pris sur lui d'en autoriser la transgression.

Cependant les ennemis de M. Charles assuraient dans l'assemblée que son ascension n'aurait pas lieu : ils assuraient même que la défense de Sa Majesté avait été sollh citée indirectement à son instigation, afin d'être dispensé de rendre l'argent au public.

Ces propos calomnieux étaient soutenus d'une grande distribution de l'épigramme citée plus haut; mais, à une heure quarante minutes, MM. Charles et Robert ayant fait tous les préparatifs nécessaires, lancèrent d'abord un

I «go 3 1 .

Arrivée de MM. Charles et Robert dans la prairie de Xesfe.

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