CHAPITRE III
petit ballon d'essai, dont M. MontgolBer coupa la corde, et partirent ensuite an milieu des applaudissements des spectateurs; aussitôt un poëte enthousiaste écrivit au crayon et distribua dans la foule le quatrain suivant :
Revenez, nation légère , De *oe soupçons injurieux; Voyez ramper l'envie à terre, Et Charles s'élever aux deux.
L'aérostat* arrivé à la hauteur de Monceaux, resta un instant en station, et, suivant la direction du vent, traversa la Seine entre Saint-Ouen et Asnières, et passa presque au-dessus de Genevillers. Comme la rivière fait de très-grandes sinuosités, elle fut franchie une seconde fois non loin d'Argenteuil, et les voyageurs filèrent dans la direction de Franconville, Eau-Bonne, Viiliers, nie- Adam, et, après un trajet de neuf lieues, ils arrivèrent dans la prairie de Nesles.
Laissons parler maintenant M, Charles lui-même :
« Notre char (superbe nacelle bleue et or) s'avançait majestueusement sur un plan incliné, mais des arbres se présentèrent, je craignis que leurs branches ne vinssent heurter le char; je jetai deux livres de lest, et le char s'éleva par-dessus en bondissant à peu près comme tin coursier qui franchit une haie. Nous parcourûmes plus de vingt toises à un ou deux pieds de terre. Nous avions l'air de voyager en traîneau. Les paysans couraient après nous sans pouvoir nous atteindre, oomme des enfant* qui poursuivent des papillons dans une prairie. »
Enfin, des paysans les atteignent, et M. le duc de Chartres accompagné du duc de Fitz-James, montés sur d'excellents chevaux, rejoignirent l'aérostat qu'ils sui* vaient depuis son départ.
M. Robert descendit alors, et M. Charles repartit
te LES BALLONS.
comme un trait à une hauteur de plus de 4,500 toises. Après avoir été ballotté par des courants en sens contraire pendant quelque temps, il redescendit à environ une lieue de la seconde ascension.
On ne saurait rendre la sensation que cette ascension causa dans Paris; c'était la matière de toutes les conversations; on ne parlait absolument que de cet immense événement. Le lendemain 2 décembre, une foule considérable se rendit à la porte de M. Charles pour le féliciter. Il n'était pas encore de retour. Les poissardes l'attendirent jusqu'à cinq heures et demie du soir, et à son arrivée il reçut les bouquets et les lauriers de ce premier corps du peuple (Journal d'un Observateur). Un peu reposé, M. Charles est allé au Palais-Royal pour remercier M. le duc de Chartres. M. le marquis deLafayette Ta conduit dans son carrosse. Le bruit de sa venue s'est bientôt répandu dans les environs; le peuple s'est amassé, et, quand M. Charles est descendu, on est allé le prendre jusque sur les escaliers, l'enlever sur les épaules, et on Ta porté aipsi en triomphe jusqu'au carrosse; les plus enthousiastes étaient même tentés de dételer les chevaux et de le conduire chez lui à bras.
A huit heures du soir, le globe, auquel il n'est arrivé aucune espèce d'accident, après avoir été vidé et ployé, est rentré à Paris dans une sorte de triomphe. On a allumé des flambeaux dans le faubourg Saint-Denis, et on l'a reconduit ainsi, aux acclamations de la populace, jusqu'à la place des Victoires, sa demeure.
Le procédé de M. Charles pour monter et descendre à volonté avec sa machine était bien simple : il lestait d'abord sa gondole, et en jetait pour s'élever; puis opérait sa descente en lâchant l'hydrogène par la soupape. C'est exactement le procédé actuel.