‹ Les ballonsChapitre 30 sur 110 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

prendre du tabac, mais je n'avais pas ma boite ; je changeai plusieurs fois de siège, j'allais de la poupe à la proue. Bientôt deux vents furieux m'arrachèrent du calme et cornprimèrent mon globe avec tant de force, qu'il diminua à vue d'œil. Je jetai ce que je trouvai de sable dans mon vaisseau, ce qui me fit remonter un peu et éviter ces deux courants opposés qui m'agitaient violemment; mais j'en trouvai un autre qui me porta très-vite dans la direction d'où j'étais parti.

Comme je ne pouvais plus résister au grand froid, je ne fus pas fâché d'apercevoir que je descendais un peu , et, pour descendre plus promptement, je tirai ma soupape, mais elle résista; cependant je vins à bout de l'ouvrir, et je descendis rapidement sur la rivière, qui me parut d'abord comme un fil blanchâtre, ensuite comme un petit ruban , puis ensuite comme une pièce de drap. Je jetai dans l'eau un pain de quatre livres, qu'un ouvrier avait mis dans mon vaisseau; et comme je suivais le courant de la rivière , la crainte que j'eus de descendre sur l'eau fit que J'agitai mon gouvernail assez vivement: je crois que c'est à ses mouvements que je dois d'avoir pris la rivière transversalement. Je vous observerai , Monsieur, qu'au moment où j'aperçus que je descendais, ma petite boussole m'assura bien que je tenais la route de Versailles, mais j'ignorais si j'étais en deçà ou en delà.

Lorsque je me vis sur la plaine de Billancourt , je reconnus le pont de Sèvres et la route de Versailles; j'étais alors à peu près sur la plaine , à la hauteur des tours de Notre-Dame. J'entendais distinctement les applaudissements et les cris de joie que faisaient les voyageurs ; chacun sortait de sa voiture et m'adressait la parole ; je pouvais à peine répondre; j'étais occupé à me débarrasser de certains débris de ma mécanique, afin de descendre dou-

cément. D'ailleurs , je m'apercevais que , malgré que je criasse fortement : u Rassurez-vous, j'ai quitté la rivière ! » on m'entendait à peine. Enfin, je me promenai dans cette plaine environ deux cents pieds de longueur, en rasant la terre. Des personnes accoururent, et, à ma demande, fixèrent mon vaisseau. Bientôt je fus environné de seigneurs et d'un nombre infini de courriers, qui arrivèrent de toutes parts. Je fus au château de Billancourt, chez M. de Seutre, qui a bien voulu m'engager à venir chez lui, où je dressai mon procès-verbal.

Voilà, Monsieur, comme s'est terminé mon voyage, qui a duré cinq quarts d'heure; j'étais parti du Champ -de- Mars à midi et demi, et je descendais dans la plaine à une heure trois quarts. Actuellement, Monsieur, il me reste à vous satisfaire sur certains détails.

4 Q Le poids de mou globe était de. , . , 402

2° Celui du filet et du cerceau. . , . . . 63

3° Celui du bateau et des cordages. ... 75

4° Le poids de Dom Pech 122

5° Le mien, 4 10

6° Le lest, uu pain de quatre livres et

autant de sable 8

Total 480

Quant aux trois autres questions, je crois, Monsieur, avoir eu l'honneur d'y répondre dans le cours de ma lettre. J'ai celui d'être

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