CHAPITRE VI
néanmoins ce que nous avons éprouvé, et qui nous a obligés de veiller sans relâche au progrès de la dilatation, et d'ouvrir de moment en moment la soupape supérieure. Nous savions que les enveloppes de taffetas verni étaient susceptibles de prendre une chaleur considérable, et que la dilatation devait croître en proportion. Nous avions encore observé, le 3 juin, que notre ballon, rempli aux trois quarts d'air commun, et laissé la nuit à l'air, après qu'on eut mesuré, aussi exactement qu'il était possible, sa hauteur et la base sur laquelle il reposait, s'était trouvé le lendemain à huit heures du matin plus élevé de 4 pouces 4/2, ce qui annonçait une augmentation de volume d'à peu près 4 80 pieds cubes. Mais ici le soleil ne nous avait pas quittés un seul instant, et nous ne pouvions attribuer la condensation qui nous avait fait descendre qu'à la dispersion des vapeurs dont nous avons parlé plus haut, qui en effet avaient disparu subitement, et qui, s'élevant jusqu'à nous, avaient sans doute refroidi l'atmosphère, sans y laisser apercevoir aucune trace sensible. Ces alternatives presque subites de condensation et de raréfaction nous paraissent mériter la plus grande attention. M. Champy, notre confrère, avait placé dans la gondole, au moment de notre départ, un instrument destiné à nous en avertir : c'est un siphon à trois branches dont la première, presque capillaire, communique, par le moyen d'un robinet, à une vessie pleine d'air ; la seconde, bien plus grosse, contient une liqueur colorée qui s'élève et s'abaisse à mesure que l'air de la vessie est raréfié on condensé, et la planche sur laquelle elle est fixée porte des divisions en lignes et pouces cubes, ou parties aliquotes de la capacité connue de la vessie.
Cet instrument, très-sensible, peut devenir très-avantageux, mais nous croyons que pour suivre exactement
les variations du ballon, il faut le placer de manière qu'il soit dans la môme position par rapport à l'impression des rayons du soleil, et surtout que l'air soit de môme nature et renfermé dans la môme matière.
L'inquiétude que nous causait cette prodigieuse dilatation me fît penser qu'on pourrait peut-ôtre s'en garantir entièrement en employant l'enveloppe solide dont j'ai parlé dans la première partie du rapport fait à l'Académie de la première expérience. Il suffirait de l'exposer à une dilatation graduée ; on fermerait le robinet lorsque le gaz y serait suffisamment raréfié, et comme le volume ne changerait pas, on gagnerait encore de la légèreté.
On conçoit qu'il nous fut impossible de manœuvrer pendant tout le temps que dura cette nouvelle dilatation, et nous suivîmes la ligne 7-8 en passant sur le bois de Saint - Julien, M, sur celui d'Arcelot, N, laissant le village à notre droite. Il est probable que le vent avait alors changé, quoiqu'il ne marquât aucune direction décidée sur les flammes de notre avant, puisqu'il dut nécessairement influer sur notre marche, non-seulement dans cette ligne, mais encore dans les lignes 9, 40, M et 42.
Arrivés sur les carrières de Dromont, R, qui se trouvaient perpendiculairement sous nos Gis à plomb, étant pour lors rassurés sur la dilatation, nous primes la résolution de profiter du calme pour nous porter en droite ligne sur Dijon. M. de Virly manifesta cette intention par un billet attaché à une pelote qui pouvait peser deux onces, avec banderoles, qu'il laissa tomber tout près de ce hameau. A neuf heures dix-sept minutes, le baromètre était à 23 pouces 5 lignes, et le thermomètre à \ 8 degrés ; sa chute jusqu'à terre, où nous la revîmes après qu'elle fut arrêtée, fut de 37 secondes.
Ayant viré par le gouvernail, nous fîmes force de