‹ Les ballonsChapitre 39 sur 110 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

meau d'Espirey D. Il élait huit heures, le mercure se soutenait dans le baromètre à 25 pouces 4 ligne.

Après avoir parcouru la ligne" 2-3 , nous restâmes encore quelque temps stationnaires , et quoiqu'il n'y eût aucun courant sensible, nous vîmes très-bien que nous tournions sur nous-mêmes, lorsque nous ne faisions aucun usage de nos manœuvres.

Nous nous en servîmes pour tâcher de revenir à l'ouest de Pouilly; et, tantôt plus tantôt moins contrariés par le vent, nous suivîmes à peu près la courbe 3-4, coupant en travers le chemin de Dijon à Langres, un peu au-dessus de la fourche du chemin d'Is-sur-Tille, H. Lorsque ce chemin se trouva pour la première fois sous nos fils à plomb, il était huit heures et demie, le mercure élait descendu à 24 pouces 8 lignes, ce qui annonçait que nous nous élevions insensiblement, soit par le progrès de la dilatation, soit par la légèreté que nous acquérions chaque fois que nous ouvrions nos soupapes. L'hygromètre de M. de Saussure marquait 66 degrés.

Le ciel était toujours serein ; mais il s'élevait, d'une infinité de points, des vapeurs formant des petits nuages isolés qui nous paraissaient comme des cônes irréguliers dont la base portait à terre,, ou du moins en était trèsvoisine. Un de ces nuages, et le plus considérable, nous masqua quelque temps la ville, et plusieurs personnes ont jugé que nous l'avions traversé, quoiqu'il fût bien sûrement plus près d'elles que de nous.

Nous primes conseil pour savoir ce que nous devions entreprendre. M. de Virly aurait désiré terminer ce voyage aérostatique par une longue route dans la ligne du vent, de manière qu'il n'y eût plus à diriger que pour choisir le lieu de descente dans un arc de cercle de quelques degrés ; mais le vent n'était pas assez fort pour nous secon-

der dans ce projet. Nous essayâmes quelque temps la route de Langres ; nous manœuvrâmes en conséquence , et malgré nos efforts , le vent nous fit dériver suivant la ligne 4-5.

Il commençait à se former quelques plis à la partie inférieure du ballon , et bientôt nous vîmes les objets se grossir à nos yeux ; nous descendîmes jusqu'à environ 60 ou 70 pieds de terre, au point marqué 6. Nous demandâmes à quelques paysans qui venaient à nous comment se nommait le village qui était à notre droite, K. Us nous répondirent que c'était Ruffay. Ils s'apprêtaient à empoigner nos cordes pour nous faire arriver ; mais nous nous trouvions sur un terrain couvert d'assez grands arbres; nous avions perdu quelque temps à causer avec eux ; nous jetâmes précipitamment cinq ou six paquets de lest pesant huit ou dix livres; nous remontâmes tout de suite, à leur grand étonnement, et à la plus grande hauteur que nous ayons tenue dans cette expérience. Il était neuf heures précises ; le baromètre descendit à 23 pouces et une demi-ligne, ce qui donne une élévation d'environ 942 toises. L'hygromètre de M. de Saussure marqua 65 degrés 4/2, celui de M. Retz, qui était joint à notre baromètre, était à 45 ; le thermomètre, à 47 degrés au-dessus de 0. Il faut remarquer que dans toute notre traversée, il n'a jamais été au-dessous de 45 degrés 4/î. M. de Virly profita de cette ascension pour présenter de l'amadou à une lentille de 48 lignes de diamètre et de 6 lignes de foyer : il s'alluma sur-le-champ.

Un fait assez important, et qui pourra étonner les mêmes physiciens, c'est qu'après avoir donné tant de fois issue au gaz dilaté au point de descendre jusqu'à terre, si nous n'eussions jeté du lest, le ballon se soit ensuite retrouvé assez plein pour courir risque d'éclater ; c'est

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