CHAPITRE VI
chargé fut ramené à Dijon jusque dans l'enclos d'où il élait parti, et M. le prieur de Mirebeau nous ramena lui-même dans sa voiture à la ville, où nous arrivâmes vers les quatre heures du soir.
Ainsi , nous n'eûmes à regretter de cet accident que la satisfaction de revenir au point de notre départ dans notre aérostat, conduits à la remorque, et plus encore la possibilité de répéter et compléter l'expérience le lendemain, comme nous nous en étions flattés.
Après avoir décrit avec l'exactitude la plus scrupuleuse tout ce que nous avons fait et observé, nous croyons devoir ajouter ici quelques réflexions qui peuvent contribuer au progrès de l'art aérostatique, et qui auraient interrompu le fil de la narration.
Lorsque le vent était sensible, la résistance latérale de l'avant décidait peu à peu l'aérostat à prendre une position parallèle au courant, la proue fendant l'air.
Par un vent moins fort, le gouvernail restant dans le milieu de l'arc de sa révolution sans y être assujetti, s'est quelquefois présenté le premier, et nous marchions par l'arrière. Quelquefois aussi l'avant et le gouvernail faisaient voile, et nous étions portés quelques instants par le travers. Il nous était facile d'observer toutes ces évolutions en regardant l'ombre très-prononcée de l'aérostat sur les champs que nous traversions; mais cela ne durait qu'autant que nous ne faisions aucunes manœuvres ; le gouvernail seul a toujours décidé la position ; le déplacement était plus prompt quand on faisait travailler en même temps les rames de l'équateur et même de la gondole.
Pour s'assurer de l'effet du gouvernail, M. de Yirly m'avait proposé, dès que nous fûmes élevés, de manœuvrer pour placer à l'avant un chemin qui faisait alignement à l'arrière ; je le laissai agir seul ; il y parvint en très-peu
de temps. Cette expérience a été répétée plusieurs fois avec le même succès, tournant à droite ou à gauche à volonté.
Enfin, nous avons observé qu'il serait utile de placer les rames de l'équatèur à l'extrémité d'un axe prolongé d'environ 40 à 1 2 pouces, pour que, dans aucun cas, leur jeu ne fût pas gêné par le frottement des cordes sur le ballon, ce qui peut être exécuté tout aussi facilement et de la même manière que le point d'appui du centre de révolution de notre gouvernail, qui se trouve solidement établi à plus de 22 pouces de l'équateur. On y gagnera encore la liberté de donner à la surface des pales de ces rames toute l'amplitude dont elles sont susceptibles, et qui n'avait été bornée que dans la crainte qu'elles ne s'approchassent trop du ballon.
Fait à Dijon, le 45 juin 4784, en l'hôtel de l'intendance, où avaient été invités ceux qui s'étaient trouvés à notre descente, et qui ont bien voulu signer avec nous ce procès-verbal.
Signé : de Morveau et de Virly, et à la suite, de
Vesvrotte, Démange, Amelot, le marquis de Sassenàt, de Mbixmoron fils, Buvoint, prêtre, vicaire d'Etevaux; Lrfày, d'Oisillv, Roger, Dumay, échevin perpétuel de Mi rebeau, alcade des états de Bourgogne; Dumay, avocat, juge de Mirebeau ; Lbfeubrb, conseiller du roi, et Rude.
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