BLANCHARD , L'ABBE M10LLAN , LE DUC DE CHARTRES
Dans l'ordre chronologique, nous aurions dû parler du voyage que Blanchard fit à Rouen le 23 mai 4784. Mais nous remettons le récit de cette ascension au moment où nous raconterons celle bien plus curieuse qu'il effectua dans la même ville le 48 juillet de la môme année; nous avons maintenant à parler de deux entreprises dont Tune échoua complètement, et l'autre ne réussit que bien peu , mais qui toutes deux donnèrent sujet à force quatrains et chansons aux rimeurs du temps. La première est celle de l'abbé Miollan , qui s'était adjoint M. Janinet pour construire à l'Observatoire une grande montgolfière de 400 pieds de haut sur 84 de large , et dans laquelle il était entré plus de 3,750 aunes de toile. On trouve dans le Journal de Paris les détails suivants :
« 11 n'est pas à présumer que l'entreprise de MM. l'abbé Miollan et Janinet ait été une spéculation pécuniaire ; il paraît qu'ils n'ont pu être conduits que par l'amour de la science et leur enthousiasme pour la superbe découverte de MM. Montgolfier. Le prospectus qu'ils donnèrent au mois de mars dernier annonçait du talent et de la modestie ; mais le public, déjà familiarisé avec le plus étonnant des phénomènes, ne s'empressa point de les seconder. Leur persévérance prouve assez sensiblement leur zèle pour les sciences en elles-mêmes ; la médiocrité de leur fortune ne
fut point un obstacle pour eux ; et s'ils n'ont point rempli plus tôt leurs engagements, c'est sans doute par le défaut d'encouragement de la part du public et de la difficulté des avances.
Ils ont fait , du reste , à d'autres égards , plus qu'ils n'avaient promis ; leur prospectus annonçait une montgolfière de 70 pieds de diamètre ; ils en ont beaucoup augmenté les dimensions , et conséquemment les frais ; leur machine est la plus grande que Ton ait vue jusqu'à ce jour dans la capitale : il est entré dans sa construction plus de 3,700 aunes de toile; sa hauteur, en y comprenant sa galerie, est de plus de 400 pieds, son diamètre de 84 et sa circonférence de 264. Toutes les expériences faites jusqu'à pré- 1 sent, sous les yeux de la capitale, n'ont présenté que deux voyageurs ; cette machine sera montée par quatre , savoir : MM. l'abbé Miolian et Janinet , auteurs de cet aérostat; M. le marquis d'Arlandes et M. Bredin , mécanicien.
Nous avons remarqué que l'attention des auteurs s'est d'abord portée à simplifier l'appareil de la machine. Ils ont supprimé l'estrade où on la plaçait ordinairement , et des mâts extérieurs , et ils les ont suppléés par des mâts porta tifs fixés à la galerie et destinés à voyager avec elle. Cette précaution a le triple avantage de permettre la suppression de l'estrade, de donner de la facilité pour remplir la machine dans le premier endroit venu et de la préserver du feu, en empêchant, au moment de la descente, le trop grand abaissement des toiles. Enfin, les voyageurs se pourvoient d'un étouffoir pour mettre sur le réchaud, d'une certaine quantité d'eau , de quelques éponges , de deux soupapes très-commodes, d'un ancre et d'une échelle de corde.
MM. l'abbé Miolian et Janinet ne s'étant pas proposé de donner au public un vain spectacle déjà connu , se desti-