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EXPÉRIENCE DU 48 JUILLET

Je suis parti des anciennes casernes de Rouen avec M. Boby, à cinq heures quinze minutes du soir, ayant à peu près 240 livres de lest. Pendant que nous nous élevions avec majesté verticalement, nous ne cessions de saluer nos spectateurs avec nos drapeaux. Le baromètre, dans l'espace de sept minutes, descendit de 4 pouces 6 lignes ; le thermomètre, dans ce moment, était à 48 degrés; la boussole nous assura que nous étions au nord-est. Un petit vent frais se fit sentir dans l'instant, et il nous aurait emportés , sans le désir que j'avais de faire des évolutions sur la ville, de monter et de descendre à volonté, comme je l'avais promis , et enfin de satisfaire toute ma province , sur laquelle je planais dans ce moment , et qui examinait mes manœuvres.

Ce désir fit que je luttai contre le courant, en lui présentant la convexité de mes ailes, que je fis agir avec véhémence; je parvins à tourner à l'ouest, après quoi je tournai mes ailes à l'envers, et toujours en les agitant. Je sentis avec joie que nous avions échappé à ce courant, qui nous aurait dérobés sur-le-champ à nos spectateurs, dont les applaudissements et les cris se faisaient encore entendre à nous.

La force ascensive voulait toujours faire son effet; mais comme je frappais l'air en raison de cette énergie , nous restâmes un moment stationnaires. Pendant ce temps, je demandai à M. Boby, qui contemplait la terre avec admiration, s'il reconnaissait la montagne Sainte-Catherine ; il la chercha, mais inutilement; il m'avoua de bonne foi qu'il était désorienté de ne voir plus la surface de la terre

que comme un niveau superbe qui enchantait son âme. Après avoir dit ensemble quelque chose d'à peu près semblable sur la grandeur du sujet, je travaillai à notre descente, et j'y réussis si bien, qu'on imagina que nous allions tomber. Le baromètre remonta beaucoup, et dans ce moment nous crûmes entendre des cris d'effroi jusqu'à nous. Nous jugeâmes alors qu'il ne fallait pas laisser nos spectateurs plus longtemps dans la crainte sur notre sort, et nous remontâmes bien promptement, au moyen de lest que je jetai et de mes ailes que j'agitai.

Si je n'avais eu l'intention d aller très-haut, nous aurions pu remonter sans ces deux moyens, puisque nous n'étions descendus qu'à la faveur de mes ailes. Nous montâmes donc considérablement, puisqu'à 5 heures 32 minutes le baroromètre était descendu à 21 pouces. Nous trouvâmes un calme. Je ne cherchai point à nous y dérober pendant quatre minutes; et après avoir promené çà et là nos regards sur la vaste étendue de l'univers, et avoir contemplé la beauté de ces nuages roulant les uns sur les autres, comme les flots d'une mer orageuse, nous nous félicitâmes d'être leurs voisins, et désirâmes ardemment de les traverser, ce que nous ne pouvions faire qu'en agitant les ailes, d'autant qu'il était prudent de conserver notre lest avant de sortir de ce calme où nous éprouvions des délices que je ne peux peindre.

Je tirai un papier de ma poche, qui avait été jeté dans mon vaisseau à notre départ ; nous crûmes que c'était une chanson ; nous en cherchâmes l'air tour à tour ; nous reconnûmes bientôt que c'étaient de charmants vers. Après cette lecture faite, nous pensâmes qu'il était temps de terminer notre course. Je demandai à M. Boby de quel côté il désirait que nous tournassions. — Au nord, me dit-il. Aussitôt agissant d'une seule aile à peu près, tournée sur

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