‹ Les ballonsChapitre 51 sur 110 · CHA1MT H K VII · texte numérisé non relu

CHA1MT H K VII

Nous la perdîmes bientôt de vue. Alors nous remontâmes, et le baromètre descendit à 21 pouces 6 lignes.

Nous étions toujours au nord-est; quand je jugeai que nous approchions de la ville, je m'occupai de la descente que nous venions de projeter ; j'engageai mon hardi compagnon à abandonner ses instruments pour m'aider à descendre avec mes ailes. Il s'empara des ailes du côté gauche et nous ramâmes à l'inverse pendant trois minutes; nous descendîmes facilement près de la ville de Neufchâtel , et bientôt, à tire d'ailes, nous parvînmes à planer dessus; nous saluâmes les habitants, qui faisaient retentir mon nom dans les airs. Il était alors 6 heures 15 minutes. Cette visite rendue , nous nous relevâmes au moyen de mes ailes , et notre départ parut jeter l'alarme chez ces braves citoyens; nous entendions leurs voix qui semblaient nous rappeler ; mais le jour nous permettait encore de voyager : nous nous relevâmes donc très-haut ; le baromètre descendit à 20 pouces et le thermomètre à 9 degrés. Il était alors 6 heures 20 minutes.

Nous voyageâmes à cette hauteur pendant six minutes , et à cette élévation nous tournâmes au nord-nord-ouesl ; après avoir traversé un nuage très-léger, j'aperçus la mer. Devant moi, dans le lointain, les rayons du soleil la rendaient resplendissante comme une glace; je distinguai dessus un petit point noir ; je n'en dis rien à mon compagnon , je ramai à toute force en plongeant , pour avancer vivement; ce petit point grossit à vue d'œil, et je reconnus que c'était un vaisseau. Mon compagnon qui s'occupait à examiner la beauté des nuages diversifiés, me dit :

— J'entends le bruit sourd d'une tempête, serait-ce un combat entre les nuages ou quelque effet dans le globe ?

— Ce n'est rien , lui dis-je.

Mais un peu plus loin , comme je procédais à baisser un peu , il me dit :

— Ce bruit augmente et ressemble aux flots de la mer.

— Vous ne vous trompez pas, mon cher compagnon, lui dis-je; retournez- vous, et vous allez voir le plus beau coup d'œil possible.

Cet aspect l'enchanta, il distingua comme moi le vaisseau.

— Il s'agit de voir, lui dis-je encore, si nous entreprendrons ce passage.

— Je le veux bien , me dit-il avec la plus grande sécurité, je vous laisse le maître ; vous avez bien dù.voir, pendant tout notre voyage, combien j'ai eu de confiance dans vos manœuvres. Je me réfère entièrement à votre volonté, et voire décision sera la mienne.

Sa constance aurait augmenté ma résolution à entreprendre ce trajet; nous n'étions alors qu'à deux lieues de la mer ; mais, avant que de me décider à cette traversée, je fis les observations que la prudence me suggérait ; j'examinai notre lest, qui était encore considérable, car le baromètre nous assurait une grande élévation; la boussole nous promettait aussi un heureux passage ; mais l'heure me fit craindre que celte entreprise ne fût téméraire; je balançai, et, tout considéré, je crus devoir descendre.

M. Boby se conforma à toutes mes volontés ; cette seule /Ws, pour descendre, je tirai ma soupape; elle produisit tout l'effet que j'en attendais. M. Boby, qui examinait le baromètre, me dit : Monsieur, nous descendons rapidement. — Il le faut, lui dis-je, nous sommes trop proche de la mer pour hasarder de prendre une ligne trop oblique, laquelle nous conduirait dessus. Examinez toujours bien votre baromètre ; quand il sera à 26 pouces, vous m'avertirez. . 4 II m'avertit ; alors je jetai autant de lest que je crus

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