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CHAPITRE VII

nécessaire pour nous mettre d'équilibre; je réussis si bien, que nous parcourûmes les plaines pendant deux minutes à la même hauteur.

Nous entendîmes des cris de toutes parts, et nous aperçûmes çà et là des paysans qui accouraient en foule, et je désignai sur-le-champ à mon compagnon la plaine que je choisissais pour descendre ; effectivement, je ramai de manière à nous y reposer. Nous nous reposâmes légèrement sur une pièce de trèfle; mais auparavant j'avertis M. Boby de se disposer, c'est-à-dire de tenir son frêle baromètre en équilibre pour éviter la rupture. Mais quel fut son étonnement, lorsqu'il se vit toucher légèrement la superficie des feuilles de trèfle, son baromètre pensa lui échapper des mains, et, me regardant, il me dit :

— Ah ! monsieur, quelle majestueuse descente ! Mais comme il voyait un nombre infini de paysans accourir en criant, il me dit : Renvolons-nous ; car qui connaît l'intention de ces gens-là? Et nous nous renvolâmes à 1,200 pieds. Mes ailes seules produisaient cet effet avec d'autant plus de facilité, que nous étions d'équilibre dans l'atmosphère ; le temps était calme, et un seul petit mouvement nous faisait monter ou descendre à volonté. Les cris de ces paysans nous rappelèrent vers eux. Je manœuvrai en conséquence. Nous les abordâmes à la hauteur d'environ 400 pieds. Nous vîmes les uns joindre les mains, d'autres s'agenouiller, et enfin la plupart, saisis de frayeur, prendre la fuite; les plus hardis nous contemplaient et s'écriaient : « Êtes- vous des hommes ou des dieux? Enfin qui ètesvous? faites-vous connaître. » Nous leur criâmes :

— Nous sommes des hommes comme vous ; en voici la preuve.

Nous nous dépouillâmes et nous leur jetâmes nos habits, qu'ils ramassèrent avec avidité, et nous remontâmes; et,

s'empressant de les toucher, nous vîmes l'instant où ils allaient les mettre en pièces. Cette scène nous amusait infiniment. Enfin , quand nous crûmes les avoir persuadés que nous étions leurs semblables, par leurs acclamations et les offres de leurs services qu'ils nous firent , nous primes le parti de descendre. Ils nous tendaient les bras , la joie était peinte sur le visage des uns et les autres pleuraient d'allégresse. Nous touchâmes légèrement une pièce de blé; les épis nous supportaient; nous longeâmes longtemps dans cet état; rien n'était plus majestueux que de nous voir glisser légèrement sur leur tète. Enfin , nous prîmes terre et fûmes entourés dans l'instant d'un nombre infini de personnes, qui n'avaient pas la force de nous parler. Nous dressâmes dans le vaisseau un procès-verbal.

Nota. La plaine de Puissanval , où nous avons descendu à 7 heures 30 minutes, est à 45 lieues du lieu de notre départ.

J'observai encore que dans la plus grande vivacité de notre course, une lumière ne se serait pas éteinte dans le vaisseau ; je conclus de là que des voiles adaptées à une nacelle ne s'enfleraient jamais. »

Faisons la part de l'exagération et de l'erreur, il reste encore assez dans ce récit pour laisser espérer qu'un jour la navigation aérienne sera possible ; quand Blanchard ne se serait enlevé que de dix pieds, quand il n'aurait fait dévier que de quelques lignes la direction de l'aérostat, cela suffirait. Les expériences de MM. Alban et Vpllet sont encore bien plus probantes.

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