CHAPITRE SEIZIÈME
dernier voyage. — de paris en belgique. — ascension
du 6 octobre.
Mon cher Meuricb ,
Vous savez que nous sommes partis hier soir de l'Hippodrome vers 5 heures 20 minutes dans l'excellent ballon de M. Godard, la Ville-de-Paris , nous dirigeant vers les Batignolles et Saint-Denis, comme le disent les papiers publics de ce matin.
Vous avez sans doute appris aussi que nous sommes allés descendre en Belgique, à quelque distance de la mer, par une bonne nuit bien noire et par un vent à décorner les bœufs. Permettez-moi de vous donner quelques autres détails qui sont, je crois, assez curieux.
Depuis quelque temps , je suivais avec intérêt la construction du ballon de Godard ; j'avais vu le soin minutieux avec lequel les coutures étaient faites autour d'une bonne et forte corde; j'avais approuvé l'ingénieuse précaution qui consistait à fortifier les bandes du tissu avec des rubans de fil de distance en distance; j'avais enfin admiré la solidité que Godard s'était cru obligé de donner à la nacelle en la montant sur une épaisse charpente de chêne et en cerclant l'osier avec une lame de fer de quelques lignes d'épaisseur, lorsqu'en allant au Jardin-d'Hiver lui voir mettre la dernière couche de vernis, il me fit la proposition de l'accompagner dans son ascension d'essai.
Il y avait de si bonnes banquettes à dossier si bien rem-