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CHAPITRE XVI

bourré, l'aérostat était si régulièrement et si parfaitement conformé, que ma réponse affirmative ne se fit pas longtemps attendre.

On espérait que la première ascension aurait lieu le dimanche 29 septembre ; mais il fallait qu'une commission visitât le ballon et lui donnât son passe-port; elle vint, et, malgré les insinuations malveillantes dont il avait été l'objet, il fut reconnu bon, solide et apte à porter facilement sept personnes. L'autorisation officielle fut donc donnée â Godard d'emmener avec lui six voyageurs.

Il ne restait plus qu'à voir confirmer par l'expérience les conclusions de la commission, et notre voyage, que je vais vous raconter , prouve que les précautions prises par l'administration étaient parfaitement justes et qu'elle a droit d'exiger de tout aérostat une construction au moins aussi solide que celle de la Ville-de-Paris.

En effet, dans toute autre nacelle, nous aurions certainement été broyés, et, selon l'expression de l'un de mes compagnons de voyage au moment du plus grand danger, nous aurions fait une belle omelette d'hommes.

Mais n'anticipons pas sur les événements , et revenons à notre départ.

Vers 5 heures, M. le comte de Nicolay, M. Maxime Mazen et moi , nous nous trouvions réunis au milieu de la vaste enceinte de l'Hippodrome , nous toisant du regard et tâchant de diagnostiquer au milieu des personnes qui nous entouraient quels devaient être nos compagnons de route. Avant que personne ne nous eût présentés l'un à l'autre , nous nous étions reconnus et nous causions. — Je vous assure , mon cher Meurice , que nous ne faisions guère attention à la foule qui nous entourait : toutes nos pensées se tournaient vers le globe énorme que nous voyions se remplir peu à peu.

Vous m'avez souvent demandé quelle sorte d'émotion on éprouvait au moment du départ; je vous ai répondu que le seul sentiment qui domine est une impatience inouïe de partir, et une frayeur extrême qu'un accident quelconque vienne empêcher l'ascension. On pourra prendre cela pour une fanfaronnade ; mais je vous assure que c'est l'impression générale , et mes deux nouveaux compagnons de voyage, néophytes aéronautes, en sont bien une preuve.

— Quand partons -nous? demandaient -ils à chaque instant.

M. de Nicolay surtout trouvait fort inutiles toutes les cabrioles des jongleurs anglais, et la hardiesse de l'acrobate espagnole ne le touchait en aucune sorte ; il voulait partir à toute force.

Enfin le moment arriva, les sacs de sable qui retenaient le ballon écrasé vers la terre furent rapprochés jusqu'au cercle de la nacelle.

Godard m'appela, et, superbement harnaché de l'étui en peau jaune d'un grand thermomètre dont on m'avait affublé, et qui me donnait l'air guerrier d'un chasseur de la plaine Saint-Denis, je m'installai sur une des banquettes; M. de Nicolay, bouillant d'impatience, me suivit bientôt et s'assit à ma droite. On détacha alors les sacs de sable et le cercle s'éleva au-dessus de la nacelle.

M. Mazen, avocat, et M. Louis Deschamps, régisseur de l'Hippodrome, s'assirent alors.

M. Louis Godard grimpa dans le cercle, et M. Eugène Godard , notre capitaine , donna ordre de laisser élever le ballon à quelques pieds de hauteur ; lâchant alors une sorte de mousqueton qui enchaîne le câble , le dernier lien qui nous retenait à la terre fut détaché , et le ballon s'éleva rapidement dans la direction , non pas des Batignoîles et de Saint-Denis, mais droit sur le parc d'Asnières, au-des-

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