‹ Les ballons pendant le siége:Chapitre 1 sur 4 · BALLONS · texte numérisé non relu

BALLONS

Histoire des ballons de r£tat.

Les ballons ont été inventés par les frères Montgolfîer en 1783, quelques années seulement avant la fin du règne de Louis XVf , c'est-à-dire avant la Révolution française.

Mais c'est seulement lorsque la République fut proclamée, que Ton songea à en tirer parti autrement que pour un coûteux amusement. Le célèbre Guyton de Morveaux,

un des membres les plus illustres du comité de Sâlut public, imagina de faire servir les aérostats d'observatoires mobiles pour les armées. Une école aérostatique fut établie à Meudon, dans un château où Bonaparte rêva d'établir plus tard une école polytechnique de princes. Le premier Bonaparte détruisit ce que la première République avait créé. Ce ne sera que la Républi'que qui pourra rétablir ce que Bonapnrte a supprimé dans un moment d'orgueil. Deux des ballons de Meudon ont leur place dans l'histoire. On y construisit ï Entreprenant qui, sous la conduite de son capitaine, le vaillant Goutelle, figura glorieusement à la bataille de Fleurus.

Le second ballon, encore témoin des Iriomplies de nos habits bleus, par la victoire usés, se nommait le Céleste et fat employé au siège de Mayence.

Il y avait à l'école aérostatique de Meudon des cours de physique, de gymnastique et d'ascensions captives. L'aères- 4at, qui y était conser>'^é en permanence à

'état de gonflement, servit à Tadjudant-géléral Lomet pour faire une série d*obser^ nations, à la suite desquelles il recommanda Vadoption des aérostats comme obser*vatoires militaires, tout en reconnaissant combien il était difficile d'arriver à faire des observations sérieuses surtout sans une pratique constante. Ces ballons de la première République étaient en soie et gonflés avec du gaz bydrogène pur, préparé par Faction de Peau sur le fer. Cette préparation avait lieu en campagne, presque sous le feu deTennemi ; elle était trèspénible, il fallait chauffer le fer pendant trois jours et trois nuits sans désemparer pour que les ballons, qui étaient de mille mètres, pussent être remplis. A Theure actuelle on n'a pas encore mieux fait dans les laboratoires. La chimie moderne reculerait encore devant l'opération qui était un jeu patriotique pour les vaillants aéronautes de la grande République française.

Les aéronautes retenaient leur ballon à Vaide de deux pattes d'oie attachées à Té-

quateur et prolongées par de grands cordages. Ces cordages se terminaient par une série de cordelettes, de manière qu'un grand nombre d'hommes pussent tirer à la fois, sans se gêner les uns les autres. Il fallait plus d'une compagnie pour que le ballon pût braver un vent violent, et que les officiers républicains s'élevassent jusqu'aux nuages malgré la tempête.

Le ballon, du reste, avait été fortifié luimême. Il était doublé, le long de Téquateur, de manière à exercer une très-grande résistance à Tendroit qui fatiguait le plus.

Grâce à ces précautions, les ascensions avaient lieu pendant des vents si violents, que quelquefois la nacelle venait frapper contre terre. Quand nos aéronautes, abâtardis par le joug de l'Empire, voulurent imiter les ascensions républicaines, ils attendirent piteusement au pied de leur câble, pendant des journées entières, que le vent se calmât, qu'Éole leur donnât l'autorisation de s'élever dans les airs.

Les aéronautes, placés dans la nacelle.

envoyaient à terre leurs messages à Taide de sacs sur lesquels ils fichaient un drapeau pour que Ton pût mieux les apercevoir.

Les aérostats figurèrent encore dans les armées de Rhin et Danube; une compagnie d'aérostiers fut faite' prisonnière de guerre.

Certains journaux étaient déjà hostiles à l 'emploi des aérostats ; cependant, quand le directoire exécutif envoya une expédition en Egypte, les ballons y figurèrent* Malheureusement les fourneaux et équipages, nécessaires à la fabrication du gaz, furent pris à la bataille d'Aboukir. Les ballons, qui avaient été sauvés, restèrent inutiles jusqu'à leur retour en France, où ils servirent aux ascensions de Gay-Lussac. Ils furent gonflés par Conté, directeur de l'école aérostatique de Meudon, qui avait suivi Bonaparte en Egypte, et qui exerça ses talents nombreux dans les arsenaux du Caire, où il établit des usines de toute nature. La compagnie des aérostiers

militaires fournit les meilleurs ingénieurs et sous-officiers à ces établissements nationaux. Coutelle se déguisa en arabe et partit à la découverte des Sources du NiU ii parvint à remonter le fleuve au-delà des Cataractes.

Napoléon l«^qui n'aimait point les souvenirs de Tarmée d'Egypte qu'il avait désertée, prit en horreur les aérostats. Il saisit le prétexte d'un accident arrivé au ballon du Sacre qui avait été s'échouer sur le tombeau de Néron, pour supprimer l'école aérostatique de Meudon. Les ballons furent vendus aux enchères publiques. Un d'eux fut acheté par Robertson et lui ser- .vit à faire de grandes ascensions scientifiques dans le Nord de l'Europe. Les ballons républicains servirent donc à l'étude de l'atmosphère, et l'on n'a point encore dépassé les découvertes qu'ils ont servi à faire. Dans cette croisade, ne furent-lis point encore employés à la défense de la République, car on ne peut s'employer à la science sans enraciner le vrai gou-

yernement national sur notre noble terre de France.

Depuis lors, les aérostats ne furent plus employés par l'État que pour les fêtes publiques. On louait des ballons et des aéronautes à forfait pour se lancer dans les airs en Thonneur des puissances du jour.

Pauvre ballon saute pour tout le monde.

Mais les despotes ignoraient ce qu'ils faisaient, en sauvant par orgueil les ballons, de Toubli dans lequel ils étaient tombés, ils maintenaient la tradition aéronautique, et préparaient le jour où l'homme, maître de l'air, fera régner enfin la liberté sur toute la terre. Nous devons cependant signaler la présence, à bord de la flq^^ qui conquit Alger, deTaéronauteMargratet de quelques ballons destinés à des observations captives. Le rapide succès de nos armes avait rendu les observations inutiles. Le roi Charles X était monté en ballon dans sa jeunesse, c'est peut-être à cette circonstance qu'il faut attribuer cet essai timide fait en leur faveur.

Lorsqu'il alla à la guerre d'Italie, Napoléon (II voulut avoir des ballons. Mais il les fit construire avec cette négligence qa*H mettait à tous ses actes utiles. Le ballon, qui coûta fort cher, arriva trop tard. Les expériences, tentées avec des appareils défectueux et du gaz ordinaire, échouèrent d'une façon honteuse. L'homme de Décembre était indigne de se servir d*UQ instrument destiné à sauver Thumanité de tant d'erreurs et à permettre la conquête de l'air.

VImpérial, c'est ainsi que fut nommé le ballon de la campagne d'Italie, fut mis pendant quelque temps à la disposition de

Société aéroiniutique de France, et servit à faire un certain nombre d'expéditions intéressantes, mais il fut brusquement retiré, sans que le despotisme daignât indiquer une raison quelconque pour cet acte arbitraire.

Il fut remisé au garde-meuble, où il pourrit inutilement jusqu'à la Révolution qui arracha la France à la domination de l'Em-

pire. Quand on voulut Fen tirer, il tombait en lambeaux. Malgré tons les efforts on ne put le rendre étanche. Quand on voulut lui faire prendre Fair, on s*aperçut à deux on trois reprises différentes qu'il fuyait, comme avait fui pendant vingt ans le trésor de TËmpire.

Efforts en faveur des ballons.

Un peu après le coup d'État, M. Henri Giffard,un de nos plus célèbres ingénieurs, alors au début de sa carrière, eut Taudace de s'enlever dans les airs, avec une machine à vapeur destinée à faire mouvoir un système d'hélices. Cet appareil produisit des effets notables, mais l'inventeur, voyant FindijOTérence publique pour la navigation aérienne, tourna son génie mécanique vers des recherches plus fructueuses et des inventions plus immédiatement réalisables.

L'année de l'Exposition universelle, il construisit, dans un terrain vague dépendant de l'usine Flaud, un aérostat captif, retenu par un gros cable enroulé sur un treuil, et

pouvant enlever trente personnes à 500 mètres de hauteur.

L'année suivante, cet appareil fut transporté à l'Hippodrome. En i869,M.Giffard construisit à Londres un appareil analogue, mais beaucoup plus puissant, pouvant enlever Irente voyageurs à une hauteur de 600 mètres. La machine à vapeur, qui n'était que de 90 chevaux de force, à Paris, était, à Londres, de 200 chevaux. M. Henri Giffard avait Tintention de consacrer un million à la construction d'un aéroslat encore' plus formidable, pouvant s'élever à 4,000 mètres à peu près en tout temps. IL n'aurait eu à redouter que la chute de la foudre. On avait demandé un emplacement situé dans les Champs-Elysées, du côté du Cours-la-Reine. L'Académie des sciences était favorable à l'exécution d'un projet si grandiose; il paraît que l'empereur et Fimpératrice Tapprouvaierit, mais un ingénieur des plantations fit remarquer qu'il fallait abattre quelques buissons. Il suffit de cette considération pour qu'on enterrât défi-

nitivement la belle proposition de M. Giffard. C'est seulement sous la République qu'elle pourra revivre. A M. Thiers sera réservé de faire ce que, malgré sa bonne volonté, un despote, paralysé par un valet de troisième catégorie, a été obligé d'interdire.

Il est bon de remarquer que, à ce moment. Napoléon III méditait de couronner son plébiscite par la conquête des provinces rhénanes, et que, dans le cas d'un siège de Paris, le ballon captif avait son emploi tout trouvé. On aurait pu apercevoir les Prussiens et les armées de secours à vingt lieues à la ronde I Mais il ne fallait point déranger quelques buissons, pour une hypothèse si improbable qu'elle étak presque factieuse. Qui aurait pu croire que les troupes d'un aussi grand empereur n*allaient point entrer à Berlin sans coup férir?

Quand la guerre fut déclarée, Godard, Nadar et moi, nous adressâmes séparément des demandes au gouvernement im-

pénal |MMir noos in«Ur« à s« disposition coamie lérostiers militaires. J^Ytis été Irès-intittemejit lié avec plusieurs minls^ très de TEmpire^ que j'avais cessé de voir depuis leur élévation^ et avec lesquels je ne voulais plus avoir de rapports* Mais en présence des danfiers de la pairle« il n'y avait plus à liésiter« J'écrivis donc sans remords une lettre à laquelle on sVmpressa de ne rien répondre. Orgueilleux et Ignare, corrompu et corrupteur, TEmpIre était condamné à la plus inttme des mortn.

Fidèle à son origine, il repoussait obstiné* ment tout ce qui pouvait le sauver, m<^me les plus petites choses.

Les ascensions captives pendant le siège de Paris. .

Nadar et Godard avaient été plus heureux. On leur avait accordé les autorisations nécessaires pour établir leur station d'observations caplives. On avait, donné à Nadar le poste de la place Saint-Pierre, à Montmartre. Godard s'était placé dans le voisinage de TObservatoire météorologique de Mont-Souris.

Une commission scientiflque, créée du temps de l'Empire^ et que la République fut bien obligée de conserver, devait présider à Torganisation de ces deux postes.

Ces ingénieurs, qui ne connaissaient rien à la navigation aérienne, ne voulurent point s*en rapporter aux résultats de Tex-

périence des aérostiers de la République.

Ils se bornèrent à inventer une sorte de

trapèze, servant à amarrer les cordes et

donnant lieu à de très-violents coups de

tangage. Ils adoptèrent négligemment un

projet de construction d'aérostats en soie,

avec du gaz hydrogène pur. Mais ce projet,

étudié sans enthousiasme, était condamné

d'avance.

Les ascensions captives n'eurent pas lieu longtemps à la place assignée à Godard. Il trouva plus avantageux de se rapprocher dans un terrain abrité, situé près de la barrière d'Italie et dans le voisinage d'une grosse conduite de gaz.

Hâtons-nous d'ajouter une circonstance

tout-à-fait atténuante pour nos confrères

et pour nous-mêmes. C'est seulement après

Véquinoxe que le vent se calma, mais le

commencement du mois fut signalé par

une série de violentes tempêtes bien peu

favorables aux progrès de la navigation

aérienne. On aurait dit que les éléments

eux-mêmes avaient horreur des crimes

que la féodalité allemande allait commettre sur le sol de la République française.

Cette période d'orages coïncida arec la proclamation de la République. (Tétait pendant ces jours néfastes que l*armèe prussienne s'avançait à marches forcées pour surprendre la capitale de la France, encore engourdie par le souvenir de vingt ans d^mpire. La commission des ballons que le baptême républicain, donné le 4 septembre, n'avait pu régénérer, se garda bien d'employer ce délai à construire des engins aéronantiques à la hauteur des dangers de la patrie.

Lorsque l'air fut devenu plus calme, il fallut envoyer les ballons qui avaient figuré dans les foires ou les fêtes du 15 août, en province. Car grâce k la négligence systématique de l'empire, la République n'en possédait point d'autres à celte heure. L'on vit bien alors que les aérostats, avec lesquels on avait la témérité d'essayer des ascensions captives, étaient à peine bons pour tenter des voyages ordinaires. Tous ceux qui

furent expédiés étaient si mauvais, que Taéronaute ne fut jamais à même de choisir sa descente. Si les lignes prussiennes eussent eu déjà la moitié de la profondeur qu'elles devaient malheureusement acquérir lors de la Gn de l'investissement, aucun d'eux n'échappait à Tennemi, qui avait accumulé ses bataillons autour de nos remparts.

M. Giffart avait fait construire un aérostat nommé le Céleste, qu'il m'avait donné pour exécuter des expériences aéronautiques. Je ne m'en étais servi qu'une fois pour une ascension au profit des arènes mérovingiennes, si miraculeusement découvertes et que l'empire tenait à sacrifier à la Société des omnibus ! Je m'empressai de mettre cet aérostat à la disposition de l'État, et quelques ascensions captives eurent lieu, d'abord à l'usine de Yaugirard, ensuite dans un terrain de la rue de Vanves.

Je me rappellerai toujours avec plaisir les cris de : Vive la République ! qui sa-

luèretit chacune de nos ascensions. On croyait alors naïvement que les Mlons pourraient sauver la France. Hélas, les ballons eux-mêmes se ressentaient de la démoralisation impériale ! Contre comWen d'obstacles n'ai-je pas eu à lutter dans ma modeste sphère. Que de services n'auraisje pas rendu à rÉtat, si j'avais été mieux secondé, au lieu d'user mon activité pour triompher d'obstacles de détails. Combien plus n'ont pas eu à lutter ceux qui étaient improvisés directeurs de nos grandes administrations, généraux de nos armée^ nationales! Un détail mérite d'être signalé, car il est caractéristique. Malgn tous les efforts, c'est seulement le jourdf la proclamation delà République, quel'ovi parvint à mettre du gaz dans le ballon la Ville de Florence. Il fallait qu'il fût dit qo dans les mains de l'Empire, l'aéronautiqt n'avait été qu'un moyen de plus pou:

tromper le peuple, et qu'il gonflait de ballons à peu près de la même manier qu'il remportait des victoires.

irr

Li'ox^aiiisation du serrice des postes.

C'est à rënergie de M. Rampont le nouveau directeur des postes républicaines, que Ton doit Torganisalion du service postal aérien. S'il n*avait été gêné par des obstacles inattendus, si surtout il avait été plus inteiligemment secondé par la délégation du debors, les ballons, déjà si utiles, auraient rendu de bien antres services à la France. Deux jours après Tinvestissement de Paris, une première tentative était faite avec le ballon YUnion^ appartenant à un ouvrier bijoutier qui faisait de l'aéronautique dans ses moments perdus, et qui senommaitGabrielMangin.Hanginétaittont fier d'être propriétaire d'un ballon, et il ne

^'apercevait pas que son ballon n'était qu'une loque bonne à mettre aux chiffons.

\\ proposait bravement d'emporter dans son ballon 600 kilos de dépêches, un pos> lier et un aéronaute. Un peu plus, il aurait proposé d'emporter les postes ellesmêmes. Le grand fourgon des postes ar~ riva ponctuellement à l'heure dite, comme à une gare de chemin de fer ; mais il fallut s'en retourner bien vite, le ballon, tout en lambeaux, ne voulait point garder le gaz.

— C'était un tonneau des Danaïdes à Tusage des filles de l'air.

Un directeur des postes impériales se.

serait rebuté, mais le lendemain M. Rampont convoquait dans son cabinet plusieurs aéronautes. II y était décidé, séance tenante, que tous les ballons actuellement existants à Paris, seraient successivement expédiés avec une charge de lettres, et que l'on commencerait la construction de ballons qui devraient être terminés sous dédit en dix jours. Les X ballons devaient faire le service in-

térimaire au préjudice des ascensions captives, qui n'avaient encore donné aucun résultat, et qui ne pouvaient en donner sans précautions nombreuses. La commande fut faite à une société Yon d'Artois, dont Nadar était le patron, par pur dévouement à la République et à Tart.

Le lendemain, Tadministration des lignes télégraphiques, que Fempire avait organisée distincte de celle des postes, afin de multiplier les fonctions, les moyens de corruption et les dépenses, faisait une commande analogue à Eugène Godard.

Les gares des chemins de fer étant libres, on les désigna naturellement comme ateliers de couture et de [vernissage, Godard prit la gare d'Orléans qu'il conserva jusqu'au commencement de janvier, époque ot les progrès du bombardement l'obligèrent à se replier sur la gare de l'Est. La S)ciété Yon d'Artois se servit jusqu'à la fia du siège de la gare du Nord, où six aérostats étaient finis lors de la signature ce l'armistice. Godard en avait à peu près

autant à la gare de TEst, son nouveau quartier-général. VÉgalité, le pluH gros ballon du siège, fut construit à la gare de Lyon par Gratien, pour le compte d'une société particuMère. Jusqu'alors ce Gratien n'avait construit que des ballons grotesques destinés à amuser le public, dans les foires. Le ballon la Liberté, ancien captif de l'Exposition universelle, fut renfloué à la gare de TEst (marchandises).

Une société particulière fit construire à TElysée-Montmartre une montgolfière qui devait être dirigeable, mais qui, heureusement pour les futurs voyageurs, ne vit jamais Tair. Au commencement, les ascensions de Godard avaient lieu à la barrière d'Italie, mais il fit bientôt partir de la gare d'Orléans, ce qui était plus raisonnable. 11 fut imité par Nadar, qui s'aperçut que les buttes Montmartre gênaient le départ avec des vents venant du sud. Avant d'aller à la gare du Nord,Nadar essaya du bassin des Tuileries, position qui a l'avantage d'être centrale. Mais la situation ne

permet pas d'avoir facilement du gaz ^ et surtout la place est exposée aux vents.

Quelques départs de ballons particuliers eurent lien de Fusine à gaz de la Yillette où, avant la guerre, j'avais exécuté des ascensions privées assez nombreuses. Quelques autres ont eu lieu à Tusine à gaz d& Yaugirard. Les ascensions dans les usines avaient l'avantage de permettre la préparation d*un gaz léger très-peu riche en carbone. Une tentative d'ascension eut lieu avec du gaz pur, préparé avec l'ancien procédé des tonneaux. Un des gazomètres de la Yillette a servi à recueillir le gaz et a eu quelque mal à se soulever. Des pertes assez sensibles ont eu lieu par les joints considérés comme étanches pour l'hydrogène carbonné, ce qui tient à ce que le gaz pur est plus subtil. On a observé, pendant cette préparation, que l'action du soleil sur le gaz renfermé sous la cloche, produisait des gondolements nombreux et soudains. Le& grandes plaques de tôle, qui la ferment par le haut, ondulaient d'une façon effrayante»

Les premières ascensions.

Les premières ascensions ont eu lieu, comme nous Tavons dit, avec le vieux matériel aéronautique, usé jusqu'à la corde dans les foires. Elles furent exécutées par des vents d'ouest très-mous, leur vitesse movenne a été de 22 kilomètres à Theure.

L'sftterrissage n'a oifert qu'un accident léger : Tissandier ayant mal détaché son ancre, a eu le bras foulé.

Le premier qui soit parti de Paris est Duruof, aéronaute qui avait exécuté plusieurs ascensions maritimes, avec son même ballon le Neptune» Duruof a pris du service dans les aérostiers de la Commune, dont il a été nommé capitaine. S'il n'est pas fusillé comme le bruit en acouru^ nous espérons que l'honneur d'avoir înau-

guré le service de la poste aérienne, lui sera compté par le gouvernement de la République. Les deux autres aéronautes avaient avec eux un voyageur. Le compagnon de Godard Louis, était un individu qui se prétendait marchand de bestiaux, et qui est le premier de ces innombrables ravilailleurs, que Ton a expédiés par voie aérienne. Les ennemis ou les factions bostiles au gouvernement de la République constitutionnelle ont dû plus d'une fois trouver des agents dans ces spéculateurs inconnus qui, sans but défini, se lançaient dans les airs. Il est à regretter que le personnel de ces passagers aériens n'ait pas été choisi avec un soin plus scrupuleux. Non-seulement ils n'auraient pu nuire, mais encore ils auraient pu rendre de grands services de plus d'une nature.

L'expédition de Godard Louis, l'aîné des trois frères, se composait de dc*ux vieux ballons, en soie, qui avaient été réunis à l'aide d'une perche, et qui ont navigué de la façon la plus étrange.

Comme il y avait deux ballons solidarisés par cet interminable morceau de bois transversal, il y avait naturellement deux nacelles. Godard se tenait àans Tune, et son j^assager, placé dans la plus petite, avait reçirF^dre de garder toujours les yeux fixés sur son capiuiae. Toutes les fois qu'il voyait Godard tirer la corde de soupape, il devait Timiter, toutes les fois qu'il le voyait jeter du lest il devait en jeter aussi. En un mot, pendant toute la durée du parcours, il devait être le singe de Godard.

Heureusement Godard était habitué à ce genre de voyages doubles, car il les faisait dans des conditions beaucoup plus dangereuses. I) se plaçait sur la perche qui reliait ces ballons Tun à Tautre, de manière à les tenir à une certaine distance. Ce tour de force avait beaucoup de succès dans les Hippodromes. Qui eut dit quMi devait servir, quelques années plus tard, à envoyer à la France éplorée, les proclamations républicaines de Paris, assiégé par FÂllemagne triomphante.

Ces premiers voyages ont donné lieu à qnelqaes circonstances dignes d'être mentionnées. Le passager de Mangin était an certainLutz, qui, paraît- il, n'avait en réalité aucune mission, et qui était parvenu, grâce au désordre qui régnait dans les administrations, à faire croire qu'on lui en avait donné une. Cet individu était habillé en garde national; aussitôt qu'il fut arrivé à terre, 11 chercha une auberge où il put changer de vêtements. Il en sortit méconnaissable, oubliant dans sa précipitation les papiers appartenant à TÉlat.

Mangin qui, après avoir dégonflé, accourait pour le rejoindre, les trouva et les apporta à Tours. La facilité avec laquelle Lutz se glissa dans la nacelle de la Cité de Florence^ provient des hésitations d'un grand démocrate, entraîneur à tous crins, qui avait reçu une mission importante, et qui finit par refuser sous prétexte qu'il avait le vertige. Plu s tard, ce personnage attaqua avec fureur le gouvernement de la Défense à l'Assemblée de Bordeaux, prétendant

qu'il parlait en garde national, quoiqu'il n'eût jamais vu le feu de l'ennemi. Il aurait eu à peu près autant de droit pour parler comme aéronaute.

Duruof emportait avec lui le décret relatif à l'ajournement des élections et Tissandîer, la proclamation de Jules Favre à l'armée Allemande. Il sema cette proclamation tout le long de la route, surtout lorsqu'il passa au-dessus de Versailles, Duruof lança les cartes de visite de Nadstr sur la tête des Prussiens. Il y joignit ses propres prospectus. Chaque ballon recevait des paquets de journaux pour faire connaître à la province les nouvelles (le Paris. Â chaque départ de ballon, on chargeait dans la nacelle quelques paquets iïOfficiel, dont l'aéronaute avait mis^n de se débarrasser pendant le cours de son voyage. Il en gardait cependant un certain nombre d'exemplaires, pour remettre au gouvernement de Tours. M. de Villemessant, toujours à l'affût de gagner de l'argent, inventa un journal petit format appolé

le BalLon-Postey dont le poids n'est cependant pas celui d'une lettre simple, et qui était accolé à une page blanche, sur laquelle Tabonné pouvait écrire ses propres correspondances.

Jamais Tenthousiasme des Parisiens pour le départ des ballons ne se calma.

C'est toujours aux cris de : vive la République ! que les aérostats se lancèrent dans les airs. Ces cris étaient sincères, et il faut espérer qu'ils ont été mieux entendus là-haut, que les prières du monarque hypocrite, rendant grâces à un dieu jaloux, sanguinaire, des massacres qu'il annonçait scrupuleusement à la Reine sa tendre et chaste épouse.

Si la République a été vaincue, c'est qu'il fallait du temps pour qu'elle devînt sérieuse, et qu'on ne change pas de gouvernement aussi facilement qu'nn simple citoyen change de chemise.

Il fallaH expier dans la douleur les hontes de l'Empire.

Les pigeons.

M. Rampont eut ridée de donner aux | aéronautes un certain nombre de pigeons voyageurs, dont on était fort mal pourvu, grâce à Finconcevable négligence des ministres de l'empereur, car remploi de la poste aux pigeons n'est point une chose nouvelle. Non-seulement elle fut employée par les Orientaux dans leurs guerres et par les gueux dans les sièges qu'ils soutinrent contre le duc d'Albe, mais l'histoire de ces derniers temps en fait mention de la façon la plus honorable. En i849, les Vénitiens se servirent des pigeons pour donner de leurs nouvelles aux Italiens de terre ferme, et leurs gracieux messagers traversaient triomphalement les lignes

inemies, les campagnes désolées et la ler !

Les premiers pigeons voyageurs de la République française furent conflés k fangin qui, habitué à des travaux délicats, iuivit ponctuellement les instructions.

Quelques heures après son départ, un petit messager aérien venait donner des nouvelles de l'heureuse arrivée de la Ville de Florence. Tissandier recommença Texpérience et lança lui-même un pigpon pour aUTioncer rai:nvée du Céleste, mais la dépêche était mal attachée, la pluie la détacha. On ne fut fixé sur le sort de Taéronaute que lorsque Ton reçut les premiers pigeons arrivant de Tours.

L'idée de M. Rampont d'associer les pigeons aux ballons eut les conséquences les plus heureuses et réussit mieux qu'on n'aurait osé l'espérer dans les circonstances terribles au milieu desquelles oir se trouvait alors.

il faut espérer que des hommes ingénieux se donneront la peine de perfection-

— seller un art nouveau, inattendu, duq^uel a déjà tiré tant de choses. Puisse-t-on ployer les loisirs d'une paix, toujo précaire tant que TAlsace nous sera ra\ à multiplier le nombre des pigeonniers ds les grandes villes susceptibles d'être i veslies, à rendre le transport des pigeoj à grande distance à la fois plus sûr et pli commode par le procédé des ballons.

Que l'on nous permette de rappeler à o propos que ce fut Taéronaute français Robertson, qui eut le premier l'idée d'emporter des pigeons, dans un ballon. Il fut imité quaVante ans plus tard par le physicien anglais Glaisher. Mais Glaisher les lâcha à des hauteurs si grandes que l'air était trop rare pour les supporter. Ils tombèrent comme des pierres. Après les services rendus par les pigeons de Paris, une telle expérience devrait être considérée comme un sacrilège, et nous espérons bien qu'il ne se trouvera jamais d'aéronaute français pour la reprendre.

L'art d'attacher les dépêches, de lancer

les pigeons, de les soigner etc., offre tant de détails que M. Rampont ne tarda point à prendre une résolution fort sage. Il se décida à envoyer en province un certain nombre de spécialistes habitués à soigner, à diriger ces gracieux oiseaux. Lorsqu'un pigeonnier (c'est ainsi qu'on les nommait) se lançait dans les airs, il emportait avec lui une véritable volière. Le nombre des pigeons ainsi expédiés se monte à 250, effectif qui eût été suffisant, si les pigeons avaient tous été de race et parfaitement dressés. Mais les arrivages furent bien irréguliers à cause de l'inexpérience de ces serviteurs ailés de la République, improvisés comme les soldats en sabots qui défendaient les rives de la Loire. El l'on estime que 60 à peine de ces pauvres animaux revirent le pigeonnier natal. En décembre, mois où les nouvelles auraient été si importantes à avoir rapidement, on n'en reçut que i2. Ce fut bien pire en janvier, où on n'en reçut que 3.

Quelques-uns, il est vrai, faisaient l'é-

'Cole buîssonnière, car on en vit reparaître 5 en février, alors que la Prusse avait mis la main sur la capitale de la République française.

Faut-il blâmer les pauvres animaux qui avaient à lutter à la fois contre tant de iorces humaines et surhumaines pour rentrer à leur nid chéri, pour rapporter les messages conQés noblement à leur doux instinct d'amour ! Pauvres petits êtres •qui gazouillaient gracieusement au-dessus •de la tête de Taéronaute, qui étaient un des charmes du voyage,que dedangers n*avaient-ils point à courir, que de fatigues, avant d*accomplir la mission sainte, et de soustraire leur précieuse cargaison à la main brutale des satellites du souverain infâme ! Quand on avait été assez heareux pour les soustraire à Tennemi, comme chacun les considérait avec attendrissement. Avec quels soins jalouii Taéronaute, digne de ce nom, veillait sui leur repos, leur nourriture, afin qu^ui lâche espion prussien ne les étran

glât, ou ue leur fît donoer de Teau empoisonnée !

Quelquefois ils donnaient lieu à des méprises ridicules bizarres.

L'aérostat te Général Renault opéra sa descente près des bords de la mer, Tennemi qui se trouvait dans le voisinage saluait l'arrivée du ballon par une mousqueterie impuissante. Le prétendu aéronaute, un des gymnastes de Tbippodrome, reçut sur la Ggure des grains de mil provenant de la cage des pigeons. Il prit peur et s'imagina que Tennemi Tavait atteint au visage. Cet homme du reste avait perdu toute sa raison et ne proférait que des paroles incohérentes !

Une circonstance particulière à Finstinct des pigeons a été la raison de bien des retards, ces pigeons ne remontant facilement que du midi vers le nord. Il fallait donc prendre la précaution bien longue de les ramener au midi, leur faisant faire un grand tour, chaque fois que la descente avait eu lieu dans le nord. Que de temps

perdu, que de dangers courus dans un voyage qui nécessitait presque toujours une traversée de mer. Souvent, quand ces pauvres animaux arrivaient à Tours où à Bordeaux, il était trop tard pour partir avec des chances sérieuses.

Une afifreuxbise soufflait dans une direction fatale; on les lâchait à touthasard,mais ils avaient à lutter contre le vent et le froid ! contre la rigueur du temps, contre la cruauté des ennemis de la France.Quand les Prussiens voyaient passer ces pigeons, ils cherchaient à les abattre et réussissaient- quelquefois à s'emparer ainsi des messages. On avait fait courir le bruit que les Allemands avaient amené de leur pays, des faucons ; ce bruit était absurde.

Des corbeaux et des oiseaux de proie vivant de charogne, avaient, il est vrai, suivi leurs armées comme depuis le commencement du monde ils suivent les hordes barbares. Mais le plus grand obstacle, contre lequel les pigeons avaient à lutter, provenait de Tinexpérience des

aréonautes, qui, même avec des directions excellentes, tombaient en pays occupé.

Quelquefois les passagers, chargés de soigner les pigeons, étaient des agents infidèles. L^administration réclama inutilement les pigeons confiés à un Journaliste parisien qui était tombé en Hollande.

Il est vrai que ce journaliste, fort dévoué à TËmpire pendant qu'il durait, navait peut-être point le même dévoûment pour la République naissante. Ce journaliste a prétendu depuis que les pigeons lui appartenaient et que TËtat n'avait pas le droit de s'inquiéter de ce quMl avait pu en faire.

Un ingénieur fit mettre en réquisition deux pigeons qu'un de ses compagnons de voyage avait emportés de Paris pour son compte. Quelquefois les autorités ellesmêmes commettaient des erreurs déplorables. Ainsi un des derniers aéronautes ayant eu une entrevue avec Gambetta à Lille, le jeune dictateur crut bien faire en lui retenant deux pigeons avant de le laisser partir pour le Sud. C'étaient deux

pigeons perdus ; aucun de ces pigeons ne revint et ne pouvait revenir. Si jamais Gambetta revient au pouvoir, si jamais pour son malheur la France républicaine a besoin de dictature, les pigeons de Lille devront plus d'une fois lui être remis en mémoire.

Nous tombâmes à Louvain au milieu d'une véritable disette pigeonnière; des sinistres nombreux, qu'il faut reprocher à rimpéritie des aéronautes, mais dont les vents étaient aussi coupables, avaient privé les pigeonniers de Tétat de tout ravitaillement pendant une longue période. Nous mîmes immédiatement à la disposition de rÉtat les pigeons particuliers que nos amis nous avaient donnés. Quoique blessé, mon lieutenant partit immédiartement pour Tours, porteur des précieuses cages.

Au lieu de disputer sur la propriété,nous sacrifiâmes la nôtre. Cependant l'État n'avait point payé notre ballon, et on avait afifecté de nous laisser partir sans nous donner un seul message !

Aussitôt que M. Rampont eut constaté rimportance extraordinaire des services que les pigeons étaient appelés à rendre, ii provoqua la création d'une Société colombophile auprès de laquelle il nomma un délégué.

Les membres de cette Société partirent successivement par ballon, la nacelle paraissait alors une véritable volière. Ces spécialistes éprouvèrent tous les hasards des excursions aériennes. Rosebecke avait emporté 28 pigeons qui faillirent périr dans le naufrage du Washington^ à Garnières. Cassier partagea la mauvaise fortune du Vauban qui eut une descente pénible près de Verdun, Nobecourt fut pris à Ferrières avec la majeure partie de ses trente pigeons. C'est de ces pigeons que les Prussiens se servirent pour donner les fausses nouvelles qui arrivèrent à Paris le iO décembre.

Tous les pigeons du ballon de Ferrières ne tombèrent point entre les mains des Prussiens. Un brave garde-chasse de M. de

Rothschild, profita du désordre de cena frage pour sauver une cage. II lança / pigeons qui s'y trouvaient, leur attacha à Taile la fatale nouvelle. Ce sinistre, siu connu, jeta d'autant plus la consternatfo dans les chefs du service aérien, qu'i n'était point isolé.

M. de Bismarck avait eu raitentîon dé< licaie de faire prévenir la femme d'un des passagers de la iVbrmfl«fifie, capturé, comme nous l'avons vu, près de Metz, du malheur qui était arrivé à son mari. Le rusé ministre avait ses bonnes raisons pour s'attendrir.

Le pigeon annonçant l'arrivée de Bosc, aéronaute de la Ville de ChâteauduTij avait en outre apporté la nouvelle du naufrage du Galilée, capturé par les Prussiens près de Chartres, dans une direction excellente!

Des journalistes, peut-être complices de la Prusse, répétaient partout qu'on avait fait venir d'Allemagne un canon-hallon destiné à percer les aérostats avec une bombe perfectionnée. Ces contes ridicules agissant

sur une maltitude ignorsuote, on crut nécessaire de rassurer Topinion en décidant que dorénavant tous les ballons partiraient de nuit et se glisseraient au-dessus des lignes prussiennes à la faveur des ténèbres, au lieu de les braver en pleine lumière, comme on Tavait fait jusqu^alors.

Le premier ballon expédié de nuit emportait 54 pigeons, Tespoir de nos colombophiles républicains. Il fit un voyage extraordinaire et revint tomber à trente kilomètres seulement du point de départ, après avoir passé toute la nuit en Tair. Les voyageurs eurent beaucoup de peine à s*en tirer, car les Prussiens considéraient comme suspects d'arriver de Paris, tous les paysans qu'ils rencontraient avec des pigeons renfermés dans des cages. Les colombiers et les transports de colombes étaient soumis aune police des plus sévères.

Si ce n'était trop nous écarter de notre sujet, nous raconierions bien des épisodes odieux et burlesques de celte chasse aux pigeons, car rien ne permet de mieux ju-

ger les sentiments bas et vils de nos vainqueurs provisoires.

Nous nous bornerons à dire que bien rarement, hélas, les pigeons ont rapporté des nouvelles consolantes du monde extérieur. Nous en excepterons le pigeon du U novembre qui apprit à la population la glorieuse nouvelle de la prise d'Orléans par le général Aurelles de Paladines;ce fut le seul éclair qui sillonna notre ciel sombre ! Cette arrivée était d'autant plus opportune que déjà les complices de la Prusse faisaient courir des bruits sinistres, auxquels le gouvernement ne pouvait opposer aucune réponse décisive.

Depuis le 26 octobre, il était sans nouvelles de la province et les sectaires de la future Commune s'agitaient de nouveau dans Tombre. RangeronsHious dans la même catégorie des pigeons fastes, celui qui apporta la proclamation de Gambetta dévoilant la trahison de Bazaine et donnant un nouvel aliment à la polémique des feuilles factieuses? Bientôt ce pigeon fut

saivi par la communication de M. de Bis* roarck, annonçant que l'armée de la Loire avait été refoulée et qu'Orléans avait été évacué avec une précipitation terrible. Le Gouvernement de la Défense nationale re* fusa de profite^ de la permission d'envoyer un parlementaire pour s'assurer du véritable état des cboses, alors M. de Bismarck résolut de se servir des pigeons capturés à Ferrières. Il donna aux pauvres messagers, cbargés malgréeuxde dépôcbes menteuses, la mission d'ébranler le courage des défenseurs de Paris, de détruire les dernières espérances des amis de la République française.

£n faisant ce mensonge, M. de Bismarck n'avait point le mérite de l'invention.. Il ne faisait que copier ce qui se passa dans le siège de Tyr. Lors de la première croisade, le sultan de Damas envoya aux assiégés un pigeon, pour les avertir qu'il arrivait à leur secours. Malheureusement ce pigeon tomba entre les mains des croi* ses qui investissaient de très-près la place,

et qui, déjà à cette époque^ ne reculaient point devant une fraude pieuse. Les chrétiens enlevèrent ce billet et le remplacèrent par un autre, dans lequel ce prince disait à ses corceligionuaires de ne point compter sur son secours, car il était lui-même serré de très-près et avait beaucoup de mal à se défendre. Cette ruse réussit, parce que les croisés furent assez adroits pour imiter récriture des Sarrazins, et que le courage des assiégés n'était point très-solide. Mais il n'en fat point de même à Paris, parce que les Allemands rédigèrent leurs messages avec une maladresse comique, se montrant incapables d'imiter le slyle d'une lettre française, et faisant signer leurs dépêches du nom d*un patriote qui était à Paris, auprès du Gouvernement de la Défense. En outre, les Parisiens voulaient résister par eux-mêmes, tant qu'il leur resterait une bouchée de pain. Ils avaient la prétention sublime de prolonger la lutte jusqu'au bout, afin de donner aux étrangers le temps de les se-

courir et d*augroenter la honte ée leurs alliés s*ils assistaient impassibles i^ uae longue et héroïque défense.

Il fallait faire rougir jusqu*au sang la lâche Italie, et l'égoïste Angleterre.

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