‹ Les ballons pendant le siége:Chapitre 2 sur 4 · TI · texte numérisé non relu

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Photographie xnicrosoopiqae.

L'emploi des pigeons a donné naissance à une invention merveillease, due à la pbo* tographie.Cet art si complètement français, puisque ce sont deui savants français qui en ont doté l'humanité moderne. Les Romains auraient élevé un temple pour célébrer Tunion des frères Montgolûer avec Niepce et Daguerre. C'est encore M. Rampont qui eut Tidée d'employer la photographie microscopique à la condensation des dépêches, condensation si incroyable qu'un pigeon pût porter la mesure d'un in•8^ sous le poids d'un gramme et sous le volufoe d'une plume ! Les résultats obtenus seront toujours un honneur pour la ville intelligente et patriotique, où l'on a pu les réa-

User en quelques jours! On estime à i 15,000 le nombre des messages qui furent confiés aux pigeons pendant Finvestissement de Paris et dont la majeure partie étaient envoyés par des amis, des parents du dehors ! Quels trésors d'affection n'étaient point confiés à nos gracieuses colombes, qu'un décret spécial avait mis à la disposition du public. Comme tous les pigeons ne revenaient point au colombier de Tadministration, on inventa la répétition des dépêches. Quelques personnes prudentes profitèrent de cette disposition pour faire répéter jusqu'à vingt fois leurs lettres. La persévérance de ceux qui ont agi de la sorte, a été récompensée par le succès le plus complet qu'il fût possible d'espérer.

On inventa bientôt un système de réponse abrégée par oui et par non, qui permettait d'avoir les nouvelles essentielles du dehors pour le prix d'une correspondance ordinaire. Rien ne limitait Tadministration qui aurait pu satisfaire à une

correspondance beaucoup plus active, car chaque pigeon portait cinquante mille dépêches, contenant la matière de trente-six pages in-folio d'imprimerie et en aurait pu^emporter aisément le triple, reproduites sur 18 pellicules ! Ces 48 pellicules auraient pesé à peine deux grammes ! L'emploi de la photographie microscopique aurait été bien plus utile encore si le public avait pu avoir confiance, mais peut-on commander la foi dans des opérations qui paraissent encore fantastiques après qu*on a expédié de la sorte deux millions cinq cent mille dépêches. Les employés de la poste de Londres, était-ce jalousie de métier, ou consigne donnée par des agents prussiens, affectaient de ne point croire à l'efficacité de ce mode de correspondance.

Ils disaient ouvertement au public que ce procédé ne leur 'inspirait aucune confiance ! Leurs calomnies sont parvenues à m'en dégoûter moi-même.

Les premières dépêches-pigeons furent envoyées de Tours, avant l'arrivée de

M. Dagron qui avait inventé les pellicules de collodion d'une homogénéité parfaite défiant presque le grossissement microscopique.

Elles avaient été préparées sur papier par un opticien du pays, sous la direction de M. Barrescwil. L'arrivée de 14,000 dépêches fut déjà un événement des plus heureux et considéré comme une grande victoire. Mais ce n'étaient point des victoires de cette nature qui pouvaient sauver la France. Un pigeon qui arriva au commencement de décembre apporta de bien tristes nouvelles. L'armée de la Loire était définitivement vaincue. Le général Trochu reçut cette dépêche au mili'eu de la grande sortie qui s'annonçait d'une façon si brillante par la prise du plateau d'Avron. Paris n'avait plus à espérer l'arrivée d'une armée de secours, au moins de ee côté. Il fallut abandonner les positions si péniblement mais si glorieusement conquises.

Les calomniateurs exploitèrent et ex.

ploitent encore ce mouvement rétrograde

dont il n'était pas possible de donner la raison sans trahir la République française.

Les pigeons devinrent un objet sacré, comme Tétaient les cygognes chez les Athéniens. On voyait souvent des groupes de citoyens et de citoyennes s'arrêter dans les rues pour regarder avec attendrissement les pigeons isolés, qui s'abattaient sur le faîte des maisons ou des monuments publics. Un décret vivement approuvé, interdit sous les peines les plus sévères, le meurtre de ces gracieux oiseaux, qui pouvaient apporter tant de messages d'amitié et d'amour.

La colombe sortie de l'arche n'était point attendue avec plus d'impatience. Elle ne fut point saluée avec plus de joie que les oiseaux de la République française, de retour à leur pigeonnier. On ne fit pas meilleur accueil à l'intelligent oiseau qui portait dans son bec un rameau d'espérance. Une magnifique gravure, publiée depuis, représente Paris assiégé, c'est

une femme vêtue de noir, qui attend d'un air ému le retour d'une colombe.

Le 5 janvier, dès que les vents se mirent k souffler du Sud, on reçut des dépêches <létaiilées de province. On eut le texte du grand discours que Gambetta avait prononcé à Bordeaux pour le renouvellement de l'année, mais les magnifiques espérances, qu'il engageait à concevoir, devaient bientôt être affreusement déçues.

C'était le cas de dire avec Shakespeare :

« Des mots, des mots encore, des mots toujours. » De tristes nouvelles, moins de vingt jours après, devaient confirmer les plus sinistres appréhensions. Au lendemain d'une journée glorieuse, dans laquelle la garde nationale parisienne avait montré un élan et une solidité digne de vieilles troupes, des pigeons maudits apprenaient encore une fois à Paris que la République épuisée n'avait point une seule armée à opposer à l'envahisseur. Cette fois, il n'y avait plus d'espérance. Il ne restait plus à Paris d'autre ressource que de capituler devant un en-

nemi implacable, la faim, qui a toujours eu le privilège de dompter les plus braves.

Cette fois eiicoi^e, les ennemis de la France exploitèrent l^hement les malheurs publics pour soulever l'opinion contre le Gouvernement de la Défense.

Ce sont les échos de ces calomnies que Ton entend encore aujourd'hui à Versailles dans la bouche de la plupart des dix-huit chefs de la Commune et de leurs défenseurs.

Appareils de la poste.

La poste ne s*est point bornée à organiser le service que nous venons de décrire d'une façon sommaire et que nous pouvons certainement appeler admirable, car nous ne croyons pas que dans aucun temps, ni dans aucun pays, on n'aurait pu improviser rien de semblable.

L*esprit inventif de nos concitoyens s'est attaché à des combinaisons ingénieuses, qui auraient certainement donné des résultats fort utiles sans un concours de circonstances défavorables. On aurait fait merveille si Von avait trouvé au dehors de Paris, le même appui que dans l'intérieur. Mais les bruyants orateurs, qui ont impitoyablement reproché au

:goavernement de la Défense nationale les malheurs publics, ont été bien loin au moins dans le sujet qui nous occupe, de déployer la même activité, le même zèle que M. Rampont. Ils ont été innocents sans doute, mais que de lourdes fautes ils ont laissé commettre dans leur entourage.

Un des premiers appareils envoyés par les postes, fut une boite cylindrique en zinc, dont le poids était à peine supérieur à celui d'un même volume d'eau, de sorte que quand on le plonge dans un cours d'eau, il tombe forcément dans le fonds, mais il est disposé à obéir à la moindre impulsion. Ce cylindre est terminé par deux parties sphériques, de sorte qu'il ne peut se tenir en équilibre que s'il repose sur sa grande base.

La partie latérale est garnie de palettes sur laquelle l'eau agit, de sorte que le cylindre, renfermant un certain nombre de lettres, roule au fond du fieuve et descend de sa source vers son embouchure.

Si Ton a pris ]a précaution de barrer le

courant avec des filets, toutes les boules,

lancées dans le haut pays, viendront se

faire capturer au point où la réception a

y été organisée.

Des boules analogues avaient déjà servi à faire de la contrebande le long du cours du Rhône, quand M. Robert, ancien membre du Conseil général d'Alger, proposa à M. Rampont de les appliquer, et Foffre fut acceptéeavecenthousiasme, après quelques expériences qui eurent lieu dans le plus grand secret. /

M. Robert fut expédié par le ballon le Denis Pappin, avec son associé M. Delord, dans les premiers jours de décembre.

M. Robert avait en outre la mission de se mettre en rapport avec Tarmée de la Loire, dont on était fort inquiet, car à mesure qu'elle s'éloignait, disparaissaient les dernières chances. C'est en désespoir de cause que l'on songea à l'armée du Nord, cette armée si longtemps délaissée par le gouvernement de Tours, malgré les

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instructions formelles dont Gambetta luimême, était, parait-il, porteur.

On rendit un décret établissant à Moulins le centre du nouveau service postal, et fixant à un franc le prix de la lettre sinfiple, laquelle devait être introduite à Paris par un système breveté sans la garantie du gouvernement, c'est le cas de le dire. Mais le besoin de communiquer avec Paris était sivif,que cette restriction n'empêcha point le nombre des lettres remises avec cette destination de s'élever à cent cinquante mille. Malheureusement, radministration déléguée des postes mit une multitude d'entraves à Texécution des mesures adoptées par radministration à laquelle elle devait obéissance; on a le droit de se demander si les intrigues monarchiques et prussiennes n'étaient point pour quelque chose dans cette impéritie incurable que M. £schasseriaux, rapporteur de la commission d'enquête, fut obligé de signaler. Lorsque les premières boules furent lancées, il était trop tard pour qu'elles rendissent les

services qu'on en attendait, car le lieu où les filets avaient été établis ayant été livré aux Prussiens au commencement de Tarmistice, on fût obligé de les relever, et les boules, ne trouvant pas d'obstacle, continuèrent leur route jusqu'à rembouohure delà Seine. Mais comme Feau de mer est plus lourde que Teau des fleuves, les boules se mirent à surnager et on finit par les recueillir presque toutes. Une d'elles, contenant 4Q0 dépêches, étant arrivée avant la capitulation de Paris,fut mise en distribution. On peut dire que le succès expérimental est complet, et que sans les folles ou factieuses résistances de la poste du dehorSylesboulesRobertauraientparfaiteméftt répondu aux espérances que les expériences, exécutées à leur aide, avaient fait concevoir.

Quinze jours après le départ du Denis Pappin, le ballon la Délivrance emportait un autre inventeur avec un autre système et d'autres appareils, M. Reboul tombait dans le Morbihan avec un panier rempli de pe-

tites ampoules de verre, d*une délicatesse infinie, que l'on devait abandonner au cours du fleuve, et qui devaient se. confondre avec l'écume des eaux. Préoccupés de soins plus pressants, les Prussiens n^auraienl pu les saisir toutes, mais elles n'auraient pu franchir Paris et ses nombreux méandres sans qu'un œil vigilant les aperçut au passage. On fit à cette époque d'autres essais, qui auraient peutêtre pu produire quelques effets. Mais ou était persécuté par un mauvais destin, ennemi de la France.

Le 20 décembre, on expédie par le Gêné" rai Chanzy, un ingénieur et deux plongeurs qui devaient chercher à revenir à Pari$,en marchant sur le fonds de la Seine.

Cette expédition si hasardeuse devait être tentée à Faide de scaphandres, Textrémité du tube donnant de Tair devait flotter à la surface de Peau, et le plongeur devait, pendant la nuit, se glisser à travers les points que gardait l'étranger sur notre admirable rivière. Malheureusement le

Général CAan;3|/,égarédansune nuit noire, tomba en pleine Bavière. Les voyageurs furent en butte aux plus mauvais traitements et leurs appareils servirent de trophée aux ennemis de la France.

Un ancien capitaine au long cours, M. Delente, avait imaginé un bateau sous* marin qui devait naviguer dans la Seine, et se glisser comme les plongeurs du Général Chanzy, M. Delente se plaint énergiquement dans son rapport de la manière dont il fut reçut par M. Steenackers. Il ne quitta du reste Paris que le 15 janvier et apportait au Gouvernement délégué des nouvelles relatives à la grande sortie finale que le général Trochu préparait alors et que la réception des nouvelles de Faidherb^ devait rendre aussi infructueuse qu'elle fut glorieuse.

Nous devons encore citer une expédition faite trop tardivement pour être utile, mais qui aurait pu produire des résultats heureux si la ligne d'investissement n'eût point été si profonde.

Le ballon le Général Faidherbe, parti de la gare du Nord le 13 à 3 heures et demie du matin, portait un nommé . Hurel avec cinq chiens habitués à faire la contrebande, et qui devaient essayer de rentrer à Paris malgré les vedettes prussiennes. Mais nous ne croyons point que Ton ait essayé à Taide de ces animaux la moindre tentative sérieuse.

La cause en est sans doute à quelque résistance incompréhensible venant du dehors.

Plusieurs autres expéditions avaient évidemment un but analogue, mais nous ne savons par suite de quelles circonstances, elles sont restées inutiles. Nous nous bornerons à citer le voyage de M. d'Almeîda, professeur de physique, se disant membre du comité scientifique de la défense nationale, et qui partit à bord du GuUemberg dans la nuit du i 7 au 18 Décembre. Un crédit de 50,000 francs avait été mis à la dispositiondeM. d^Almeida, nous ignorons sMl a été employé, et nous ignorons également ce qu'il a servi à faire.

Expéditions scientlJUiaes.

Contrairement à son habitude, l'Académie des sciences se préoccupa vivement, pendant toute la durée du siège, des questions relatives à la navigation* aérienne. Il est resté de cette grande crise Tidée que Ton peut s'occuper des aérostats sans se déshonorer, quoique Ton soit homme de science. Cette idée est déjà un progrès en elle-même.

Un des membres ies plus influents de TÂcadémie des sdences, M. Dupuis de Lôme, le constructeur des vaisseaux cuirassés, et un des anciens ministres de TEmpire, voulut se mettre constructeur de ballons dirigeables. Le projet pour lequel le Gouvernement lui accorda une

somme de 40,000 francs éiait, à peu de choses près, celui qui avait été essayé, vingt ans auparavant, par M. Gififard.

M. Dupuis de Lôme, malgré toute son expérience et son patriotisme, ne put surpasser son prédécesseur. En effet, le jeune ingénieur de 1851 avait compris qu'on ne pouvait vaincre des résistances un peu considérables, sans avoir recours à des machines à vapeur.

Mais M. Dupuis de Lôme, peu habitué aux questions célestes, s'imaginait qu*ii n'y avait qu'à envoyer une chiourme aérienne dans les nuages. Le ballon ne put être terminé en temps opportun, quoique M. Dupuis de Lôme eût pris soin de s'assurer le concours de constructeurs d'aérostats qui avaient constamment travaillé pour le compte de M. Giffard, et qui même avaient fait avec lui une ascension dans des conditions périlleuses et intéressantes.

En même temps, un marin distingué, M. l'amiral Labrousse, attaquait la solution du même problème avec un ballon

rond, forme beaucoup plus simple et beaucoup plus rationnelle, lorsqu^on veut se contenter d'une faible vitesse, et que Ton borne son ambition à introduire dans la route une composante, dont on peut dis* poser à volonté. f

C'était un appareil rustique maniable et qui, bien dirigé, aurait permis de profiter d*un vent favorable, sans donner trop de choses au hasard.

Le ballon, gréé d'après le système Labrousse, se nomma le Duquesne. Il fut expédié le 9 janvier, à 5 heures 50 du matin, le jour de la pleine lune. On avait mis à bord un quartier-maître de marine, nommé Richard, et trois matelots chargés de faire tourner les hélices, qui avaient été disposées d'une façon très-simple. Mais aucun de ces quatre hommes n'avait été en aérostat; tous quatre étaient étrangers aux premiers éléments de l'art. Les deux hélices étaient indépendantes l'une de Tautre, de sorte qu'en tournant, avec une vitesse convenable, tantôt celle de droite, tantôi

celle de gauche, on espérait arriver à maîtriser la rotation du ballon.

Cétait une idée simple et très-praticable si Ton avait pu empêcher, pour ainsi dire, la rotation de naître.

i Mais cette manœuvre nécessitait une dextérité, dont des apprentis aéronautes étaient profondément incapables. Peut-être même était-elle tout-à-fait impossible, sans un petit instrument que j'inventai dans les derniers jours de la guerre, lorsque je rencontrai Richard à Lille, où il me fit le récit de son ascension dans ses plus grands détails.

Non-seulement le Duqiœsne partit la nuit, avec un équipage tout nouveau dans la profession aéronautique, mais encore il faisait un vent détestable, qui Tentraînait en pays occupé. Malgré ces circonstances funestes, les académiciens, qui assistaient au départ, donnèrent à leurs collègues les espérances les plus rassurantes !

Hélas ! rexpédition devaitavoir une triste issue. Les hélices étaient mises en mouve-

ment par des arbres en fer, maintenus par un cadre, et débordant de droite et de gauche. Un de ces morceaux de fer ayant accroché pendant le traînage, la nacelle a été renversée, et Téquipage a élé traîné sous ce couvercle avec une grande violence.

Richard, qui avait eu la tête prise entre les cordages, a perdu connaissance. Quand le ballon s'est arrêté, grâce à des paysans qui s'étaient accrochés aux cordes, Richard ne bougeait plus. Les matelots qu'il commandait, et qui en avaient été quittes pour des contusions légères, Font cru mort. Ils lui ont pris son argent, qu'ils ont déposé chez le maire du village, et ses dépêches, qu'ils ont portées au gouvernement des départements du Nord.

Peu de ballons remplirent' leur mission avec plus de rapidité que cet aérostat naufragé.Composé de braves marins, l'équipage sut vaincreune série de difficultés accumulées par une horrible méchance. Que ne feraient des hommes pareils, si leur zèle était éclairé par une véritable science?

Mais les paysans qui s'étaient approchés pour dégonfler le ballon, le placer en lieu sûr et le cacher, se sont aperçu que le malheureux Richard vivait encore; ilsTont porté à Reims ; on Ta soigné à Thôpital, où il fit fut reçu à Finsu des autorités prussiennes, et une fois guéri, on Texpédia à Lille, où j'eus le plaisir de le voir. On croyait encore à TAcadémie des sciences que le Dtiquesne avait gagné la Suisse à cause de Tangle de déviation que les hélices lui avaient permis de faire.

Le Duquesne a été envoyé lui-même à la station aéronautique de Lille, où il fut mis en état de reprendre l'air. Il est actuellement à Grenelle, où Tadministration des postes a réuni tout son matériel. La nacelle et les débris des hélices pourraient très-bien être utilisées à de nouvelles expériences, en prenant les précautions convenables pour que le même sinistre ne vînt point couronner la tentative.

L'académie s'intéressa à une autre expédition faite avec leFo/to, parM; Janssens,

hi

qui venait de retourner de l'Inde, où il I avait observé la grande éclipse totale do 11869. M. Janssens est un physicien très- 'habile qui a fait des découvertes très-injtéressantes dans un art nouveau que Ton ^appelle l'analyse spectrale des protubérances du soleil. Il voulait aller étudier avec des instruments perfectionnés dont il est rinventeur, Téclipse de la lin de décembre.

L'empire était si indifférent pour tout ce qui tenait à la gloire scientifique de la France, qu'aucun préparatif n'était fait lorsque la proclamation spontanée de la République vint donner le signal de la délivrance de la nation. Lorsque l'on put matériellement songer aux éclipses de soleil, dont Véclipse de Badinguet avait forcément détourné l'attention, il était trop tard pour passer par voie de terre. Les savants anglais s'émurent, et demandèrent un sauf-conduit que M. de Bismarck n'osa refuser. Mais M. Janssens refusa noblement de s'en servir. Les appareils nom-

Roue aéronauti(

L Siège de Paris.

breux, ftesants, fabriqués avec un soin inouï wdei^s le commencement de TinvestisseméTii^e:^.TParis, furent emballés avec une solidité à toute épreuve, et M. Janssens s'éleva tout joyeux à 6 heures du matin, le 2 décembre. C'était une noble manière de célébrer Tanniversaire des crimes dont les suites devaient coûter si cher à la France.

M. Janssens constata dans son voyage un grand nombre de faits curieux. Dès que le soleil se montra à Thorizon, il éprouva un froid intense, dont il ne tarda point à découvrir la cause. Les rayons du soleil avaient dissipé un léger rideau de brumes, garantissant Taérostat contre le refroidissement nocturne, et le ballon, rayonnant librement vers les espaces stellaires, perdait ainsi fatalement une portion notable de sa chaleur. Le soleil continuant à monter au-dessus de Thorizon, Teffet inverse ne tarda pointa se produire et M. Janssens vit son ballon s'élever progressivement comme l'aurait fait une montgolfière.

ai-

M. Janssens constata également la grande transparence dç Fair, el la possibilité de se servir de Tobservation des objets terrestres, pour déterminer à chaque instant soit la vitesse de translation, soit la direction de Taérostat. L'habile astronome accoucha d'un instrument qui se trouva analogue à un appareil, dont j'avais donné la description, ce qu'il reconnut avec beaucoup de bonne grâce.

Nous rapprocherons de cette ascension, celle du Sleenackers, qui eut lieu avec deux caisses de dynamite, destinées à l'armée du général Hourbaki. Malheureusement, au moment où Ton envoyait à l'armée de l'Est ce supplément d'artifices, elle était en pleine déroute. L'aérostat était parti avec une grande vitesse de cent kilomètres à l'heure, il prit terre juste sur les côtes du Zuyderzée. Si l'aéronaute avait montré moins de hardiesse et d*habileté, il allait, avec sa cargaison de dynamite, boire dans la grande tasse'.

Le ballon fut mis en lambeaux, les dé-

bris furent cependant ramassés etrecueill à la station aéronautique de Lille. Ils sa actuellement à l'usine de Grenelle.

Ils ne pouvaient être réparés, et les laii beaux que Ton a pu retrouver, tous cos verts de boue et de fange, serviront à!

réparation d'autres aérostats, à moi»

qu'on ne les laisse périr dans ce nouvel dépôt aéronautique de la République, < si la République tient à imiter les ifr ditions du garde-meuble de Napoléon II où les ballons tombaient si royalementc!

poussière.

Les Ballons et rOcéan.

La belle ascension de M. Janssens aurait eu elle-même une issue funeste, si Tbabile astronome ne s'était rendu compte qu'il naviguait dans une direction dangereuse; mais sitôt qu'il vit apparaître à l'horizon une espèce d'échancrure, il se bâta de faire ouvrir la soupape par le matelot qui lui servait d'aide dans toutes ses manœuvres.

La mer est le grand danger des ascensions nocturnes exécutées à Paris. Les détails que nous donnons le montreront de la façon la plus évidente.M.Lissajous Je célèbrefprofesseur d'acoustique, montait la BataiUede Pa^ ris, conduite par un gymnaste de l'Hippodrome. Il effectua sa descente en vue de ia mer et le péril fut augmenté par la lâcheté

du prétendu aéronaute, qui descendit i| terre par les cordes traînantes, laissanl son voyageur et ses dépêches rebondir i perte de vue dans les airs. '

M. Ducoux, ancien préfet de police ei directeur des Petites Voitures, qui montait le Bayard, courut un danger encore plus grand, car le ballon avait dépassé les côtes de la Vendée et s*en allait en pleine mer. Heureusement pour le hardi voyageur, les courants maritimes sont généralement peu épais. Une brise du large, dae à réchauffement de l'air de la mer, ramenii le Boyard qui put effectuer sa descente.

Le temps ayant été très-froid, Taéronaute du Bayard prétendit qu'un de ses pigeons, qu'il trouva mort, avait succombé à la rigueur de la température. Rien n'est moins prouvé. 11 est plus raisonnable de croire que le pigeon avait été asphyxié, lors de ia descente rapide, par du gaz sortant par l'appendice. Autant ces gracieux animaux sont durs au froid, autant ils sont sensibles à la pureté de l'air.

L*ascension du général Renault^ qui portait à bord Fingénieur Larmenjat, auteur d'un moteur électrique très- habilement combiné, ressemble beaucoup à la précédente. Il se produisit même une complication nouvelle. Avant de partir, on avait donné à Taéronaute la consigne de rester un certain nombre d'heures en Tair, et cet homme ne voulait point descendre, trouvant qu'il n'avait pas son compte d'heures.

Quand on le décida à ouvrir la soupape, des coups de fusil accueillirent l'aérostat, qui se trouvait pris entre les Prussiens et la mer. 11 échappa heureusement à deux dangers presque aussi grands l'un que Tautre. Peut-être aurais-je préféré, pour ma part, me fier à la clémencedes éléments plutôt qu'à celle d'un ennemi en fureur.

Un cas pareil d'entêtement stupide se produisit lors de la descente du Jules FavrCj le deuxième du nom. L'aéronaute ne voulait pas descendre, mais le passager, officier de marine, voyant que Ton passait sur une terre, ouvrit la soupape

toute grande, la chute fut si terrible que l'aéronaute entêté reçut une blessure assez grave. Le ballon était sauvé par miracle.

Il tombait à Belle-Ile et, circonstance bizarre, sur la maison du père du général Trochu. Le Jules Favre apportait précisément des nouvelles de la grande sortie qui nous donnait Ghampigny, Bry-sur Marne, et qui semblait devoir se terminer d'une manière si brillante. La nouvelle de Toccupation d'Orléans par les troupes allemandes, apportée par un pigeon, était venue rendre la retraite nécessaire au moment où les patriotes de province commençaient à peine à se réjouir.

La descente singulière du Jtdes Favre n'est pas la seule coïncidence bizarre des ballons du siège. Le ballon YArmée de la Loire, parti le 31 décembre sous la direction de Taéronaute Lemoine fils, tomba précisément en vue de Tarmée dont il portait le nom. Ce furent des soldats et des officiers de Tamoée de la Loire qui aidèrent à sa descente ! ! ! Ne dirait-on

pas qu*il y a un Dieu au moins pour les aéronautes.

Une erreur, beaucoup plus funest« que celle du Jules Favre, fut celle de Taéronaute delaVtUe éCOrléans qui, parti de nuit, fut emporté sur la mer du Nord. Heureusement pour réquipage du ballon, un caprice du vent conduisit la ville ^Orléans en Noi'wége.

La YiUe d^Orléans avait accompli un merveilleux voyage, Tenthousiasme des Scandinaves fut immense. On conservera longtemps à Christiania, la ville d'Orléans comme une relique. Le voyage du Hanovre, est effacé ainsi que le grand voyage de Green dans le duché de Nassau. Mais les dépêches arrivèrent avec 15 jours de retard, ainsi que les pigeons échappés au naufrage.

Désireux de joindre un acte aux protestations contre les départs nocturnes, j'étais parti le matin même de l'ascension de la Ville d'Orléans, J'avais traversé les lignes prussiennes en méprisant les pro-

jectiles ridicules à Taide desquels ils voulaient arrêter la course de l'Égalité. Ma descente fut très-heureuse, toutes les lettres de mes amis arrivèrent. Mais Tadministration des postes, circonvenue par les partisans des voyages nocturnes, n'avait point voulu me donner de dépêches, comme je Tai déjà raconté plus haut. On avait eu la délicatesse de publier dans les journaux qu'on s*en était abstenu parce quMl partait un ballon le soir-même ! Ce ballon allait, grâce aux ténèbres, s'égarer dans les pays du Nord !

La démonstration de Texceilence relative de ma méthode était trop complète.

Jamais je n'aurais eu un triomphe si entier, s'il n'en avait tant coûté à cette malheureuse France. Car un jour de retard dans les dépêches était peut-être une occasion perdue, une victoire possible changée en défaite sûre.

La funeste expédition de Norwége n*est point la seule que Ton ait à déplorer. Le Jacquard, parti le 50 Novembre de la gare

d'Orléans, est emporté par un vent qui le jette droit sur la mer. La lune est sur son déclin et suit de près le soleil, avec lequel elle a disparu sous Thorizon. Itien ne guide le malheureux matelot expédié sans boussole, peut-être sans baromètre, au milieu des ténèbres, et esclave docile de la consigne qu'il a reçue avant de quitter la terre! Quand il veut descendre, il est trop tard. U ne lui reste plus qu'à périr de la plus horrible, de la plus affreuse des morts. Il aperçoit au loin le Cap-Lisàrd, la pointe d'Angleterre, et esclave du devoir, Prince, c'était son nom, reste dans les nuages, mais il jette par dessus bord ses valises... Elles sont recueillies par des marins flottant le long des rochers escarpés qui bordent le rivage ! Les lettres qu'elles contenaient ont été distribuées, mais le Jacquard, allégé par cette projection a bondi dans l'infini des cieux, puis après le bond immense est arrivée la chute incommensurable, il s'est précipité plus rapide vers les régions océaniques*

Nul ne saura jamais la profondeur des gouffres tempétueux qui ont englouti le malheureux aéronaute et son aérostat! Le rapporteur de la commission parlementaire dit philosophiquement que la descente des aérostats à eu lieu en général d^une façon régulière! Voilà comment on ose écrire Thistoire des ballons à TAssemblée nationale de Versailles. La discussion aura lieu sans qu'une voix, une seule, s'élève pour protester, mais la postérité vengera ilnjustice des hommes de notre âge. On parlera encore de Prince et du Jacquard^ quand le nom d'Eschasseriaux aura été effacé depuis longtemps de la ménooire des hommes !

Dans cette nuit sombre les vents avaient une allure déréglée, les sauts étaient fréquents. Il devait fatalement y avoir des sinistres en Tair. C'était quelques heures après ce grand naufrage que X^Jules Favre!

le ballon de Belle-Ile, se lançait k son tour au milieu d'un ciel frigide. Il fallait à tout prix porter des nouvelles à la province. Il

fallait que la province sût que Paris combattait, que Paris avait su vaincre ! Il fallait tâcher aussi d'obtenir que le gouvernement délégué suivit les ordres de Paris. Hélas ! il était peut-être déjà trop tard !

Prince n'est pas le seul martyr de l'aéronautique française. Tristan, un des élèves de Godard (Eugène), fut encore expédié seul pendant une nuit sans lune. Il montait le Wallace et partit le 27 janvier, porteur du décret qui convoquait les citoyens aux élections dont le Neptune avait annoncé Tajournement !

On le vit passer rapidement, espèce de fantôme poussé par un vent horrible, audessus de Rochefort. Depuis on n'en entendit plus parler!

Emile Lacaze ne s'aperçut peut-être pas qu'il quittait le sol hospitalier de la République française. Pas un message, pas un signe... Rien, rien. L'aérostat entraînait silencieusement Taéronaute à une mort sûre ! Puisse ce malheureux ne point

Les Voyages politiques.

Le ballon qui portait Gambetta s'éleva de la place Saint-Pierre en même temps qu'un aatre ballon monté par des citoyens américains.

Les deux aérostats furent lancés au milieu de clameurs immenses. On peut dire que Tascension du futur dictateur eut tout réclat d'un véritable triomphe.

Les efforts faits par une certaine presse pour diminuer son mérite ne Grent que de le rehausser pour ainsi dire.

On disait que Gambetta n'avait pas voulu partir la veille, parce qu'on avait trouvé que le vent n'était point assez fort.

En cela Je ministre de Fintérieur aurait fait preuve d'une prudence qui certaine-

ment lui a fait plus d*une fois défaut dans ses grandes entreprises. Il aurait été à désirer, dit un critique fort juste quoique un peu sévère, qu'il eût apporté le sangfroid de ses ascensions dans les choses de la terre.

D'aulres adversaires ajoutaient que Gambetta avait exigé que l*on enveloppât la nacelle d'un filet, parce qu'il craignait le vertige. Cette précaution eut été peu sage.car c'est uniquement dans les rapides ascensions au pouvoir qu'il faut se garantir contre cette faiblesse, tout à fait inconnue aux aéronautes.

On tourna en ridicule jusqu'aux fourrures dont Gambetta s'était emmitouflé ainsi que son compagnon S. Pulier, fidèle achate aérien. Mais cette erreur n'est point particulière à Gambetta. Presque tous les voyageurs qui montent en ballon pour la première fois, même les plus crânes, s'en« veloppent comme s'ils allaient faire un^ voyage au Pôle.

Malgré tous ces racontars, le peuple sut

grand gré à Gambetta de son expédition.

La manière étrange dont Gambetta prit possession de son poste, entra pour beaucoup dans l'auréole qui s'attacha à son nom, et que son nom possède encore malgré bien des fautes.

Cette faveur persévérante est un hommage rendu aux ballons par la masse des braves gens qui restent à terre. Dieu veuille que Gambetta fasse de cette popu* larité un usage digne des instincts généreux du peuple de Paris qui le nomma, de Tarmée qui a attendu de lui de si grandes choses.

Les deux aérostats, partis simultanément le 7 octobre, ne tardèrent point à se séparer en l'air, L'Armand Barbes , celui qui portait Léon Gambetta et sa fortune, fut le plus malheureux, le plus mal conduit.

Un accident de soupape, arrivé grâce à rignorance de Taéronaute, produisit une descente forcée dans les bois, près d'une embuscade prussienne. Sans l'arrivée de paysans patriotes, Léon Gambetta allait

peut-être méditer dans une forteresse d'Allemagne sur les malheurs, les dangers de la République naissante.

Le général Trocbu avait préparé un plan d'opérations fort sage, fort longuement médité, et dont ii ùi confidence à mon frère Arthur, alors maire da 11"* arrondissement municipal ; ce plan avait pour base la Seine, et une armée du Nord opérant sur la rive droite pendant qu'une armée du sud opérait sur la rive gauche.

C'était le fleuve qui a fait Paris qui devait servir à le ravitailler, à le nourrir. Ce plan fut systématiquement négligé par la délégation de Tours, et le Gouvernement de la Défense nationale sentit le besoin de le rappeler d'une façon formelle aux dictateurs de la France du dehors.

L'ingénieur des ponts et chaussées, Cesama, fut expédié par le ballon le Fulton, partant le 2 novembre avec mission de rapporfer les instructions premières d'insister de la façon la plus pressante. Les vents furent favorables à la République, le

Fttlton effectua tranquillement sa descente près d'Angers, après avoir parcouru honnêtement ses 500 kilomètres en 4 heures.

Mais les avis furent superflus, le fruit de ce beau voyage fut perdu ! On persista à ne point utiliser la Seine ! On fit de la stratégie comme si nous n'étions pas maîtres de la mer et par conséquent des fleuves!

Nous avions deux éléments sur trois, Tair et l'eau. Si nous avions su les combiner, les Allemands, les lourds Allemands vî*âuraient jamais su se servir de leur terre.

Combien il en fut différemment du ballon le Parmentierje\[iéù\é dans la rude nuit du 17 décembre, et tombant près de Reims en plein pays occupé par les Prussien s. Le lendemain de l'atterrissage, le franc-tireur Jules Père remettait au général Paidherbe Tordre d'attaquer à tout prix. Le général Trochu voulait essayer du côté du Nord, si la fortune sourirait encore aux armes de la France.

Faidherbe n'avait pour ainsi dire pas d'armée. Le Nord, négligé systématique-

m«nt, possédait à peine une armée. Il fallait faire merveille, non pour vaincre, mais pour sauver Thonneur. Faidherbe faillit remporter une victoire décisive. 11 écrivit dans rhistoire ces noms de Pont-Noyelles, Saint- Quentin et Bapaume !

On expédia successivement par ballon Ranc, maire d'un arrondissement de Paris, qui n'a pas voulu Télire comme conseiller municipal, Ântonin Dubos, secrétaire général de la préfecture de police, et ancien rédacteur en chef intérimaire de la Marseillaise, Kératry, ancien préfet de police et ancien député au Corps législatif. Aucun de ces trois passagers ne paraît avoir rendu des services essentiels à la chose publique. Le voyage de Kératry eut lieu avec beaucoup d'ostentation. Le rapport est rédigé en termes dithyrambiques.

On sent que M. le Comte va porter hors de Paris, les préoccupations d'une personnalité envahissante, plus soucieuse de ses intérêts que du salut de la République française.

Des passagers moins connus paraissent avoir rendu très-sérieusement des services éminents à la chose publique. Le colonel Lapierre, qui fut plus tard promu au grade de généra], rendit des services essentiels pour la constitution de Tarmée du Nord.

L*avocat Malapert, un des dignitaires du rite écossais, apporta en province un grand dé- I vouement à Tidée républicaine et un pa-

triotisme éprouvé. Ce fut lui qui protesta plus tard contre Hgnoble manifestation I des francs-maçons en Thonneur de la Gom-

I mune de Paris. Lefebvre, envoyé à Vienne

I pour représenter ia République, s'acquitta

i avec habileté de cette mission difficile.

Nous ne dirons pas la même chose d*Alavoine, ancien condamné du complot de l'Hippodrome, qui prit possession de son consulat à Gersey de la façon la plus folle.

Cet extravagant commença par rendre des décrets illégaux contre les Français qui étaient établis en Angleterre, et qui, presque tous, travaillaient d'une façon utile à entraîner le peuple anglais dans une

guerre contre la Prusse. Ce républicain maniaque mit d*un seul coup tous nos amis en suspicion, de sorte quMls n'osèrent plus affronter les réunions publiques, où ils étaient insultés comme mauvais Français.

Avec quelle joie les ennemis de la France n'enregistraient-its point les exagérations de cet énergumène. Il avait si peu le senti* ment de ses fautes, qu'il refusa de donner sa démission, et qu'on fut obligé de le destituer avec éclat pour lui faire quitter son consulat.

Le ballon qui apporta ce grotesque personnage, tomba à Bosselet, dans les Deux-Sèvres. 11 se nommait VArmée de Bretagne, Il vint encore par ballon M. Reutlinger, secrétaire de Jules Favre, qui alla immédiatement à Vienne pour s'acquitter d'une mission diplomatique importante. De là, il se rendit à Londres, où il séjourna jusqu'à la fin de Vinvestissement de Paris, s'employant avec beaucoup de zèle à seconder les efforts des patriotes qui cherchaient à

faire ouvrir les yeux à l'Angleterre sur ses véritables intérêts.

Les efforts des amis de la France pouvaient être couronnés de succès Tout

avait été disposé pour une réception triomphale irrésistible. Les compagnies de chemins de fer, elles-mêmes, n'avaient point méconnu Timportance de Timmense mouvement national, dont Jules Favre allait donner le signal. La cour de Saint- James tremblait d'avoir à choisir entre la couronne et ses instincts germaniqaes, Reuilinger, le diplomate aéronaute, triomphait Malédiction! on apprend que

Jules Favre renonce à venir. Les hommes, qui avaient fait le 51 octobre, qui devaient faire le 22 janvier et le 18 mars, avaient

reçu le mot d'ordre ils répandirent le

bruit que Jules Favre cherchait à se dérober à ses responsabilités, en acceptant une mission futile, ridicule, sans espoir.

Tout ce qui avait été préparé s'évanouissait comme un rêve d'espérance et d'amour.

xn.

Le Per&M>iiiiel aéronantique.

Les premières expéditions eurent lieu avec des ballons conduits par des aéronautes de profession, ou des personnes qui avaient conduit des aérostats et qui possédaient des connaissances techniques suffisantes. Si Ton avait cherché avec soin, ou aurai t accueilli les offres qui furent faites avec beaucoup de patriotisme, on aurait pu utiliser des dévouements précieux, mais on avait établi en règle que les fabricants de ballon fourniraient le ballon et Taéronaute. Eugène Godard eut une excellente idée, ce fut de former à la navigation aérienne des matelots appartenant à ces bataillons si dévoués, dont Paris a pu admirer tant de fois la discipline et la bravoure. Mal-

heureusement Téducation de ces braves serviteurs de la République laissait énormément à désirer au point de vue théorique. Quelques-uns ignoraient l'art de lire le baromètre comme Hervé Séné, le matelot qui conduisit le colonel Lapierre à Mutzig en pleines lignes prussiennes. 11 aurait fallu leur faire exécuter des ascensions libres dans l'intérieur de Paris, pendant les jours calmes. Vainement j'avais exécuté dix-huit mois auparavant deux ascensions prouvant que cette idée n'était pas chimérique. Ma voix ne fut pas écoutée. Elle ne pouvait l'être parce que, de crainte d'être confondu avec les hurleurs de la Commune, je fus réduit à me taire, déplorant Taveuglement de commissions dites sclentiOques parce qu'il y avait dans leur sein quelques savants par brevet, et qui ne savaient guère qu'envoyer les aéronautes à la captivité ou à la mort.

Le personnel de la Compagnie Yon d'Artois fut composé, à une certaine époque, d'acrobates de THippodrome. Ces

gymnastes montrèrent généralement aussi peu de patriotisme que de dévouement à leur mission. On les vit plus d^une fois mettre à profit leur science acrobatique pour se laisser glisser à terre, laissant le ballon, les pigeons, les messages devenir ce qu'ils pourraient. Les rapports des passagers retentirent des plaintes les plus vives à cet égard. Les accidents eussent été moins nombreux, la remise des dépêches eut été plus prompte, si TÉtat avait gardé Ja haute main sur le service aérien. Mais en disparaissant, Tempire avait laissé son venin. Des commissions d'incapables paralysaient les efforts intelligents et honnêtes.

Au dehors de Paris, l'intrigue avait encore plus de prise. Il parait que le gouvernement délégué nomma des commandants du corps des aéronautes, que ces commandants furent décorés, mais on ne les vit jamais faire une ascension ni une tentative quelconque. On inventa, dit-on, hors de Paris, les aéronautes en chambre»

xm.

Les Aérostats en province.

Un certain nombre d'aéronautes, en arrivant soit à Bordeaux, soit à Tours, reçurent la mission d'essayer de revenir par terre. Aucune de ces tentatives ne fui couronnée de succès. Les aéronautes furent moins heureux que leurs colombes.

Un jour, cependant, on vit revenir aux avant-postes français un homme revêtu de son uniforme de capitaine ballonnier. Cet homme était descendu par erreur en Allemagne. Il avait été prisonnier et prétendait s'être échappé....

Son récit fut accueilli avec incrédulité.

Lorsque la Commune fut proclamée, il s'engagea dans la garde nationale fédérée, et trouva la mort dans la même sortie que

Flourens. Des papiers aérouautiques, trouvés sur son cadavre, aidèrent à le reconnaître.

M. Rampont était très-partisan que Ton essayât de rentrer par voie aéronautique.

L*insuccès était peu dangereux, peu coûteux. Au pis aller, les aérostats de la République, planant sur les territoires investis, répandaient sur tout leur parcours les nouvelles, les proclamations, réchauffaient le patriotisme, stimulaient Tespérance.

Malheureusement, les nobles et patriotiques idées furent mal comprises par le Gouvernement délégué. M. Steenackers fit preuve d'une inertie très-grande. La seule tentative un peu sérieuse eut lieu avec le Jean Bart, dans le courant d'octobre. Les aéronautes essayèrent de partir de Rouen et de revenir à Paris, en se guidant sur le cours de la Seine. Mais cette tentative ne fut pas réitérée; c'est avec regret qu'on s'y prêta. M. Steenackers ne comprenait pas qu'il faut se servir des

ballons pour rentrer à Paris, comme V va à la roulette de Monaco, par exempli Mais avec cette différence quMl suffisait gagner une fois coûte que coûte, et qi cette fois suffisait amplement poi rattrapper dun seul coup toutes ii mises. ' '

La commission scientifique du dehors, entourée de rêveurs et composée de notabilités incompétentes, faisait étudier les montgoiflères ! Elle fit construire unbalioii ^e soie, qui a, parait-il, disparu. On m'a affirmé qu'on ne sait ce qu*il est devenu à cette heure !

Nous avons vu que le matériel aéronautique de la première République, vendn aux enchères par le Domaine pour plaire à un empereur ennemi des ballons, avait été utilisé par le célèbre Roberlson, et que le ballon d'Égyple a servi aux observations de Gay-Lussac. La troisième République ne laisserai, pas, nous en sommes persuadés, pourrir inutilement les aérostats qu'elle possède. Ils serviront plus

d^nne fois à guider les savants français dans les profondeurs de Tatmosphère.

J'eus riieureuse chance de rencontrer à Londres le colonel anglais Stuarl Wortley, et M'"'' Henri Mailet, la femme du banquier de Paris, qui s'intérc$saient viyementaux opérations aérostatiques : le colonel, par sympathie pour la France, M"« Mallet, pour faire parvenir des messages à son mari, alors renfermé dans la grande cité captive. On m'offrit l'argent nécessaire pour acheter un grand ballon appartenant à un des plus habiles aéronautes anglais. J'écrivis à la délégation une lettre ironique et indignée, les menaçant de dévoiler leur inepte conduite, s'ils persistaient à refuser d'établir une station aéronautique dans les départements du Nord. Cette lettre produisit son effet malheureusement trop tard, les ballons arrivèrent à Lille vers le milieu de janvier, et les vents ne se mirent à soufQer du nord, qu'au moment où nos destins,hélas! étaient fixés d'une façon définitive. Il resta heu-

reusement de cette tentative trop tardive, la station aéronautique de Lille, où je fis recueillir tous les ballons tombés dans le nord-ouest de la France, en Belgique et en Hollande. Une dizaine de ballons ont été ainsi récupérés et se trouvent actuellement au dépôt de Grenelle, dont nous avons déjà eu plusieurs fois Toccasion de parler. Un ou deux aérostats ont été prêtés par Tadministraiion des postes à mon ancien lieutenant Bunelle, qui exécute à leur aide des ascensions dans le nord delà France et en Belgique, au profit d'œuvres de bienfaisance.

Dans la dernière de ces ascensions (juillet 1871), il est tombé en Prusse, à Linlz, près de Coblentz. On Ta gardé prisonnier sur parole, jusqu*à ce que son ideniité ait été établie. On affectait de le considérer comme un communeux^ échappé de Paris ! Sans doute messieurs les Prussiens s'imaginaient qu*un ballon communeux peut rester plus de six semaines dans les airs.

Les Ballons aux armées.

Une des plaies de la jeune République fut de chercher Timilation de ce qui s'était fait en 1793. Il fallait que la Révolution eut ses singes, comme TEmpire avait eu les siens. De grands démocrates, quelquesuns improvisés, cherchèrent à se mettre dans le gilet à revers et Thabit à boutons d'or de Robespierre, comme de très- grands impérialistes avaient mis le petit chapeau et la redingote grise. A nos singes de la Terreur, il ne manqua même pas le morceau de lard !

Les défenseurs de Paris avaient renoncé aux observations captives: sauf un dernier essai qui fut fait du côté du Point-du-jour, on n'en entendit point parler jusqu'à la

fin da siège. Les armées de pnovince eurent leurs aéronautes comme à Fleuras ; mais hélas! sll y eut des ballons, il n*y eut pas(fe Fleurus.

On essaya de faire ce qu'avaient fait les Républicains de la grande époque, sans s'apercevoir qu'il y avait moyen de rendre des services plus essentiels à la nation»

en profitant des progrès de la science.

Personne ne songea à employer les ballons signaux, décrits, inventés, expérimentés au camp de Châlons par Eugène Godard, qui avait pourtant obtenu à leur aide des résultats très-remarquables. On négligea aussi un moyen très-simple de faire parvenir les ordres, les dépêches, à d'Immenses distances. Que de services, cependant, n'auraient pas rendu quelques dépêches arrivant en temps utile, avertissant par exemple l'armée de Paris qu'un corps nombreux, détaché de l'armée d'investissement, allait écraser les troupes républicaines, soit à Saint-Quentin, soit à la bataille du Mans !

Ajoutons que les aéronautes détachés aux armées avaient des ballons imparfaits, et du gaz d'éclairage. On n'avait point poussé rimitation de la grande République, jusqu'à copier les détails essentiels auxquels on devait les succès obtenus à la fin du siècle dernier, dans des circonstances aussi gravesr, mais plus glorieuses que les conjonctures présentes. Si les aéronautes de 1870 eussent été mieux pourvus de moyens d'action, nul doute qu'ils n'eussent égalé la gloire de leurs prédécesseurs.

Si leurs succès ne furent pas brillants, considérés au point de vue absolu, ils le furent, si on les compare aux tentatives des Prussiens, car les Prussiens voulurent pouvoir dire : Nous aussi nous avons nos aéronautes, et il paraît que cette fantaisie leur coûta fort cher. Comme dans toute cette armée, prétendue si savante, il n'y avait personne qui sût ce que c'était qu'un bkllon, ils prirent la résolution d'acheter à la fois le ballon et l'aéronaute. Ils acceptèrent les services d'un aventurier améri-

cain qui s*était rendu célèbre en Europe par des ascensions manquées à Turin, et qui leur vendit fort cher un ballon de rencontre, acheté en Angleterre. Cet aéronaute mercenaire, indigne fils delà grande République, ne réussit même point à gonfler son aérostat.

Ses patrons se dégoûtèrent bientôt de ses services, et après avoir échoué auprès des Prussiens, il s'adressa aux Français. Il alla à Bordeaux où il tenta des expériences qui eurent, à ce qu'il paraît, l'issue qu'elles méritaient d'avoir. Il faut espérer que la délégation de Bordeaux n'eut point la faiblesse d'accepter les propositions venant d'une source pareille.

Les expériences des aérostats républicains servirent au moins à mettre en évidence un fait remarquable, prouvant combien l'on avait eu tort d'organiser des départs nocturnes. On essaya de percer de balles un ballon retenu captif à 400 mètres du sol. Jamais l'expérience ne réussit, quoique l'on employât les meilleurs tireurs. Com-

bien le tir était plus difficile lorsque le ballon flottait au gré des vents dans Tatmosphère, avec une vitesse très-grande, sans que les Allemands pussent connaître la vitesse de translation et la hauteur! Cependant c'était en vue de ce danger chimérique que des pédants trembleurs dérobaient les ballons républicains à la lumière du soleil.

L'expérience ne pouvait avoir lieu qu'au centre d'un polygone assez vaste, dont des sentinelles faisaieat écarter les curieux, car les balles retombaient à terre avec une vitesse terrible, et s'applatissaient sur les pierres avec une force effrayante.

La pesanteur leur restituait progressivement tous les éléments de vitesse qu'elles avaient soustraits pendant la phase ascendante. Cette circonstance prouve que les Prussiens couraient plus de dangers que les aéronautes, en tirant sur les ballons.

Sans doute plus d'un soldat du despote germanique a dû être atteint par les projectiles qu'il lançait stupidement dans le airs.

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