Kalunga mazingu
BALUBA
(Congo.)
D, 103 (suite).
1° Les fétiches en bois : a) des chefs; b) des autres individus ;
2° Les fétiches en os de bêtes ;
3° Les fétiches en dents de bêtes ;
4^ Les fétiches des génies qui fument ou ne fument pas;
50 Les fétiches des sociétés secrètes ;
6° Les fétiches mihake, c'est-à-dire bourrés d'ingrédients magiques.
Quelle est, aux yeux de nos Baluba, l'origine des mikisi mihake?
Voici. Un jour le génie Ngoy alla trouver Nkulu, et lui dit : « O grand génie, ne vois-tu pas combien les hommes sont malheureux; la maladie, la guerre, la famine, toutes sortes d'éléments destructeurs s'acharnent contre eux, et ils se trouvent absolument impuissants à les combattre; donne-moi le remède à tant de maux». Nkulu acquiesça à sa demande. Il prit au fond du lac Kisale, lieu habituel de son séjour, une statuette longue d'un pouce, destinée à servir de prototype. « Ngoy, dit-il, en la lui remettant, voici un remède infaillible contre toutes sortes de maux. Va dire aux hommes de sculpter des fétiches comme celui-ci et apporte-les moi. » Ngoy exécuta cet ordre. Il appela un Bwana Kilumbu, sorcier lui apprit à sculpter des statuettes semblables. Ce sorcier en fit de différentes grandeurs et de divers modèles et les remit à Ngoy qui les remit à Nkulu. Celui-ci, alors, fit connaître les formules magiques, les
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ingrédients à mettre dans les fétiches, détermina la puissance des génies et ordonna aux morts, dont les os sont mêlés parmi les ingrédients, d'être les compagnons des génies, voire même les messagers de leur puissance.
Qui fabrique les fétiches, les mikisi mihake?
Il y a beaucoup de fabricants de fétiches imprégnés d'ingrédients magiques. Les sorciers et les devins en font tous. Les confréries ont leurs ingrédients spéciaux, celle des Bakazanzi surtout. Cependant, le fabricant attitré, quasi officiel, c'est le Bwana Mutombo.
Pour devenir Bwana Mutombo, il faut s'exercer d'abord à sculpter le bois; le sculpteur, une fois maître de son art, va s'initier chez un Bwana Mutombo pratiquant. Moyennant redevance, l'élève féticheur apprend la vertu secrète qui est inhérente aux plantes, aux os des animaux et des hommes, etc. Car chaque plante, chaque arbre, chaque os d'homme ou de bête possède une puissance déterminée qu'il lui faut connaître. Quand notre Bwana Mutombo a tout appris et retenu, il peut se promener désormais l'herminette sur l'épaule. C'est le signe de la profession. îl est assuré de trouver une clientèle.
En somme, par tout ce qui précède, on a pu voir que nos fabricants de mikisi font, ici, comme parmi la plupart des peuplades d'Afrique, des fétiches et des amulettes pour tout et pour tous. Celle-ci préserve de l'astuce des voleurs, celle-là de la morsure du serpent; l'une rend invulnérable, l'autre éloigne les maladies, la malchance, les mauvais sorts. Grâce à ces talismans, pas une misère qui n'ait son antidote, pas un désir qui ne puisse être satisfait; il suffit d'aller trouver, les poches bien garnies, un sorcier ou un membre des nombreuses confréries du pays.
BALUBA
(Congo.)
D, 103 {suite).
En quoi consistent ces mikisi, ces fétiches et amulettes?
Ces amulettes n'ont rien de remarquable; ce sont des fruits évidés, des cornes, des statuettes de bois ou d'ivoire, contenant à des places déterminées des ingrédients magiques. Ces ingrédients se composent le plus souvent de débris du règne minéral, végétal et animal mêlés ensemble dans une pâte de charbon de bois et d'eau ou de sang. On y trouve de la terre blanche appelée pemba, des morceaux de minerai de fer, du mica, des feuilles, écorces et bois concassés, de la raclure de racine, du jus de plante ; des griffes, de la peau, des morceaux de chair, du sang, des poils, des
plumes, des os, des excréments ; on y trouve même
des parcelles qui ont fait partie d'un corps humain, spécialement du sang, des os, de la salive, des cheveux.
Les amulettes contiennent plus ou moins des objets mentionnés ; toutes, je pense, ont quelque chose du règne minéral, végétal, animal, et aussi du corps humain. Ceci c'est la « médecine », sans quoi le fétiche ou l'amulette serait dépourvue de toute vertu.
P. Colle.
Baluba^ Congo, D, a, io3.
BALUBA
(Congo.)
D. — Vie religieuse.
a) Idées religieuses et philosophiques.